Les Israéliens sont persuadés que les troubles qui ont éclaté à Jérusalem portent la main du Hamas, voire même de l’Iran. Les dirigeants estiment aujourd’hui, que dans le cadre de la crise du Golfe, qui sévit au sein des pays arabes, la recomposition du paysage politique est en cours.

Deux clans se sont constitués, qui s’affrontent par Gaza interposé. Le Qatar, la Turquie et le Hamas d’un côté, les Émirats et l’Égypte de l’autre avec Mohammed Dahlan comme trublion central.

Il est pratiquement acquis que l’Autorité palestinienne n’est pas responsable de la dernière conflagration car elle sait que les troubles se retourneront contre elle et amèneront le Hamas au pouvoir.

Mahmoud Abbas, conscient de l’indispensable coopération sécuritaire avec Israël, est toujours partisan d’une solution pacifique rapide, a fortiori lorsque lui et son adjoint, Saëb Erakat, ont de sérieux problèmes de santé.

Le Hamas, de son côté, aime jeter de l’huile sur le feu pour pousser Israël vers des représailles qui feront l’objet de condamnations internationales.

Mais il ne semble pas en état d’organiser de telles émeutes alors que l’Iran dispose en Cisjordanie de puissants relais et participe au financement de toutes les opérations armées.

La crise des portiques est partie d’Oum El-Fahm, ville israélienne qui est depuis des décennies un bastion du mouvement islamiste israélien de Cheikh Raed Salah, emprisonné après avoir été accusé de contact avec un agent iranien.

L’Iran se justifie en expliquant que son conflit avec Israël est de nature théologique. Les services de renseignements israéliens ont la redoutable tâche de comprendre comment et par quel circuit l’aide financière et logistique iranienne est parvenue jusqu’à Oum El-Fahm.

Cela justifie pourquoi Benjamin Netanyahou a été modéré dans ses réactions vis-à-vis de l’Autorité, en donnant même l’impression de reculer.

Le Hamas exploite toutes les ouvertures politiques en organisant des réunions avec les Émirats et surtout avec l’exilé palestinien Mohamed Dahlan, l’ancien homme fort du Fatah qui a retourné sa veste.

Le régime de Gaza ne cherche pas d’avancées politiques mais plutôt des solutions pour son économie moribonde. Dahlan a promis des aides concrètes, en particulier le transfert immédiat de carburant à la centrale électrique de Gaza à un prix modéré et le remplacement des lignes électriques vieillies qui relient à l’Égypte.

À moyen terme, il a constitué aux Émirats arabes unis, où il vit, un fonds d’investissement pour la construction d’une nouvelle centrale électrique dans la bande de Gaza et d’une usine de dessalement de l’eau de mer du côté égyptien de Rafah.

La centrale électrique d’un coût de 100 millions de dollars serait construite dans un délai de 18 mois tandis que l’Égypte envisagerait l’ouverture régulière du passage de Rafah dès la fin du mois d’août.

Le Hamas est persuadé que, lorsque la crise de l’électricité sera résolue, que le passage de Rafah sera ouvert avec pour corollaire la libre circulation des marchandises, alors le calme social et sécuritaire reviendra.

Israël estime de son côté que le Hamas aura du mal à se lancer dans une aventure militaire avec le risque de voir toutes ces réalisations détruites par Tsahal.

L’Égypte y trouve aussi son compte sur le plan sécuritaire avec en filigrane le retour au pouvoir en Cisjordanie de son poulain Dahlan. Ainsi le Hamas a créé le 28 juin une zone tampon à sa frontière pour limiter les échanges entre Gaza et les djihadistes du Nord-Sinaï.

Les Émirats cherchent certes à renforcer leurs alliés, l’Égypte et Dahlan, mais aussi à bouter hors de Gaza le Qatar qui a rompu ses liens avec les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite, le Bahreïn et l’Égypte. Le Qatar est accusé de soutenir les Frères musulmans contre l’Égypte.

Le Hamas sait qu’il devra choisir même si le Qatar a beaucoup aidé le Hamas durant le siège imposé depuis 2007, à travers des projets sociaux, sanitaires et économiques et le versement de 12 millions de dollars pour soulager la crise électrique de Gaza.

Le Qatar a été à l’origine de la construction de grands projets résidentiels tels que la ville de Hamad. Mais l’ingratitude n’est pas un sentiment nouveau si l’Égypte et ses alliés peuvent apporter une ouverture sur le monde extérieur qui ne peut être envisagée par le Qatar.

Les Émirats peuvent se substituer financièrement au Qatar qui a envoyé, le 7 juillet, son ambassadeur à Gaza pour confirmer que son pays continuerait à soutenir les islamistes.

La Turquie a choisi le parti du Qatar. Mais ils font profil bas en laissant leurs media marquer leur désapprobation quant à cette éviction de Gaza.

Le 26 juillet, le journal qatari Al-Araby Al-Jadeed a publié un article où il accusait le Hamas « d’être prêt à changer ses alliances politiques, surtout avec le Qatar en échange de la nourriture offerte par les EAU et l’Égypte.

Les offres de Dahlan à Gaza sont de simples tentatives de l’Égypte et des Émirats arabes unis pour sortir la bande de Gaza de l’influence du Qatar ».

Le journal turc Yeni Safak a abondé dans le même sens le 26 juillet en «prétendant que Dahlan et le Prince héritier des Émirats, Sheikh Mohammed bin Zayed, mettent en place un camp d’entraînement militaire à Gaza pour des centaines de personnes dans le Sinaï qui seront ensuite envoyées pour attaquer le Qatar et la Turquie».

Évidemment le Hamas nie ses intentions de choisir un clan plutôt qu’un autre : « Le Hamas ne s’alignera pas avec un parti arabe contre un autre, et c’est un problème que nous devons clarifier vis-à-vis de tous les pays. Le Qatar a confirmé que ses projets sont en cours à Gaza et que tous ses engagements seront réalisés selon le plan ».

Mais il n’est donc pas impossible que Gaza devienne le terrain où se jouera un nouveau conflit entre l’Égypte et le Qatar, dans une sorte de concurrence menée à son paroxysme. Le Moyen-Orient risque d’être le théâtre d’une rivalité qui peut mener à l’aventure.

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