Que l’on veuille bien le reconnaître ou pas le résultat de cette primaire a fait l’effet d’une bombe. Des forces jusqu’ici contenues par la tyrannie des médias et l’étouffoir des instituts de sondage se sont violemment libérées, faisant voler en éclats le cadran qui les maintenait prisonnières.

Et de vrai, nul ne sait ce qui va se passer lors des vraies consultations électorales, je veux dire la présidentielle de 2017 et dans son sillage les élections législatives.

Donc, la première leçon à tirer est celle de l’afflux des électeurs pour un choix qui n’est qu’un préliminaire. Des heures durant, dans le froid sous la pluie, un dimanche de fin novembre que les familles passent généralement bien au chaud, les gens se sont déplacés pour voter. Et ils n’étaient pas moins de quatre millions. Un record !

Et comment ont-ils voté, tous ces gens ? Leur premier objectif fut d’infliger un cinglant démenti aux enquêtes des sondeurs, un peu comme si l’écho de l’effet TRUMP se faisait sentir même dans une vraie fausse élection. Car, répétons-le, il ne s’agissait que de préliminaires, les choses sérieuses n’arrivant que bien plus tard, dans environ 7 mois.

Certains commentateurs à courte vue nient tout effet Trump ; ils se trompent comme ils se sont – si souvent -trompés.

Je pense que la profession de sondeurs, et même de commentateurs de la chose politique, va connaître une mutation à nulle autre pareille. Et cela pose le problème de la relation des élites et du peuple. Ce petit peuple auquel les journalistes et les commentateurs dictaient avec arrogance dans quelle direction il devait se diriger a secoué le joug insupportable de la bien-pensance et du politiquement correct pour donner libre cours à leur propre penchant.

Attention ! Je ne minimise pas le danger d’un tel comportement. On a besoin des élites. Il est de bon ton de critiquer l’ENA et les énarques. Mais que les énarques fassent grève une seule journée en France et le pays cessera de tourner rond, normalement.

Depuis Platon et Aristote, depuis la plus haute Antiquité grecque, on a eu recours aux élites. La seule chose, c’est qu’Aristote n’a pas écrit que La politique, il a aussi rédigé L’Ethique à Nicomaque et L’Ethique à Eudème. Et élus et élites ont eu tendance à l’oublier. Il faut retrouver le sens de l’intérêt général. La politique doit cesser d’être un métier. Il y a dans ce pays des gens qui font de la politique depuis près de cinquante ans, et rien d’autre. Que voulez vous ? À la longue les gens veulent s’en débarrasser.

Il est un autre enseignement à tirer de ce scrutin qui fait couler tant d’encore, même ici en Israël où le journal télévisé a montré Nicolas Sarkozy et François Fillon, se répondant en quelque sorte, l’un à l’autre. Cet enseignement, c’est le désir brûlant d’une alternance. Certes, ce sont les opposants au gouvernement actuel qui ont voté, ce n’est donc pas une surprise qu’ils souhaitent un changement. Ce qui me frappe, c’est leur nombre.

Enfin, le troisième enseignement de ce scrutin, c’est que l’on va vivre un véritable saut dans l’inconnu. Il est évident que c’est F. Fillon qui va l’emporter et rien n’indique qu’Alain Juppé, symbole de l’ancien système, ira jusqu’au bout. Il a commis une erreur en disant dès la première phrase de son discours dimanche qu’il continuait le combat, ce qui signifie que la pensée contraire l’a un peu effleuré tout de même.

Enfin, on se trouve devant deux ou trois inconnues : François Hollande pour lequel j’implore un peu de justice, quelle que soit sa décision, n’a rien dit sur ce qu’il pense faire.

Quant à Marine Le Pen, allons nous vivre avec elle ce que l’on vient de vivre avec A. Juppé, c’est-à-dire une dégringolade lors du vrai scrutin ? Et j’en viens au dernier point, Emmanuel Macron…

La France est trop conservatrice, trop traditionaliste pour nommer un (à peine) quadragénaire à la présidence. En outre, il faut de l’argent, et pour en avoir, ainsi que des parrains, il faut un parti. Et il n’en a pas vraiment. Ce n’est pas « En marche » qui pourra y suppléer.

Dans le livre de Daniel, modèle classique de toute apocalypse juive (le voyant de Patmos s’en est lui-même inspiré), on met en garde contre celui qui voudrait déchiffrer les carnets de la Providence. Qui pouvait prédire, même au matin du 9 novembre, la victoire de Donald Trump ? Personne, pas même le principal intéressé.

Le problème qui se présente à nous derrière cette élection de dimanche est toujours le même : la France peut elle se réformer ? Les Français cesseront ils enfin de descendre dans les rues et de bloquer toutes réformes alors que le pays en a un besoin vital ?

C’est un philosophe, donc un non-politique qui le dit et le répète.

Consentons enfin aux sacrifices nécessaires et cessons d’être, comme le disait le grand constitutionnel, un agrégat inconstitué de peuples désunis. Redevenons, comme sous le général de Gaulle, une France unie ou presque. Car jusqu’à présent c’est une partie du pays qui a gouverné contre l’autre…