Ce mois-ci, nous marquons la commémoration du dixième anniversaire depuis l’expulsion des Juifs de Gush Katif, le territoire juif à l’intérieur de la Bande de Gaza.

Il est incroyablement symbolique qu’à la même période durant laquelle nous marquons la décennie écoulée depuis l’implantation du plan de désengagement, nous marquons également le premier anniversaire depuis l’opération “Bordure protectrice”.

Israël a quitté Gaza de manière unilatérale, espérant également qu’il s’agirait d’un pas vers la paix.

À ce moment, les opposants au plan de désengagement émettaient des avertissements concernant ce plan qu’ils considéraient être une dangereuse aventure qui résulterait en une désintégration de la sécurité des résidents du District sud d’Israël. Ils prévenaient que des tirs de roquettes depuis Gaza pourraient atteindre les villes de Ashdod et Ashkelon.

En réponse à ceci, les supporters du plan de désengagement ridiculisaient ces prédictions.

Meir Shitrit, alors membre de la Knesset du Likud, déclarait : “Certains affirment qu’il y aura une menace pesant sur les villes du District sud d’Israël. Je n’ai jamais entendu d’affirmation aussi ridicule”.

L’ancien député du Meretz Ran Cohen déclarait : “Le désengagement est bon pour la sécurité”.

Feu Ariel Sharon, alors Premier ministre, s’était dépassé, assurant “Ashkelon ne deviendra pas la première ligne. Ni Ashkelon, ni aucun autre endroit”.

Bien sûr, nous savons tous ce qui s’est véritablement produit : le désengagement a non seulement amené des roquettes sur Ashkelon, mais également sur Tel Aviv et même Haïfa.

Le député Orit Noked du Parti travailliste affirmait que le désengagement solidifierait les éléments modérés au sein de la société palestinienne. Toutefois, quelques mois seulement après le désengagement, le Hamas remportait les élections palestiniennes.

Le jour précédent l’expulsion des Juifs de Gush Katif, j’étais invité, avec un groupe de jeunes leaders juifs opposés au désengagement, à rencontrer le Consul Général d’Israël de Montréal.

Nous savions que notre opposition n’aurait que peu d’effet, mais nous tenions à exprimer nos pensées au représentant officiel du gouvernement d’Israël. Nous nous sommes principalement obstinés, s’entendant sur peu.

Toutefois, à la fin, je lui ai dit : “S’il est une chose sur laquelle nous pouvons tous deux nous entendre est que, concernant les questions de sécurité, nous espérons communément que le futur démontrera que j’avais tort et que vous aviez raison. Tous deux, nous espérons que le Hamas ne s’en trouvera pas revigoré et que des roquettes Qassam n’atteindront pas Ashkelon. Je prie que le temps prouvera que j’avais tort”.

Malheureusement, le temps démontra effectivement que les opposants au plan de désengagement avaient vu juste.

Les questions sans réponse

Certaines des questions touchant au plan de désengagement et à son adoption par Ariel Sharon demeurent sans réponse.

Comment est-il possible que le plus grand supporter des habitations juives en Judée-Samarie soit devenu son plus grand ennemi ? Qu’est-ce qui a pu enjoindre Ariel Sharon à faire campagne contre le plan de désengagement proposé par Amram Mitzna pour ensuite implanter un plus mauvais plan ?

D’autant plus, comment n’a-t-il pu avoir de freins et contrepoids au coeur du système politique d’Israël afin d’empêcher la tenue d’un tel renversement complet ?

Les coups contre la démocratie ne s’arrêtèrent pas là : alors que les opposants au plan de désengagement ont fait preuve de méthodes exemplaires lorsqu’ils ont protesté contre le plan démocratiquement, les méthodes du gouvernement étaient du pire type.

Comment oublier qu’en mai 2014, le Premier ministre Sharon a promis d’accepter les résultats d’un référendum interne du parti pour ensuite l’ignorer complètement dans sa défaite ?

Comment oublier qu’en juin 2014, alors qu’il n’avait pas la majorité dans son gouvernement, Sharon remercia deux ministres de l’opposition afin de manipuler les votes pour officiellement se bâtir une majorité ?

Comment oublier les arrestations arbitraires de mineurs basées sur des affirmations sans fondement à l’effet qu’ils menaçaient la sécurité du pays ? Comment oublier que des autobus, en chemin vers des manifestations légales, furent interceptés dans ce qui fut une atteinte aux droits de manifester et de l’expression libre ?

Ces jours furent les plus sombres de la démocratie d’Israël. Cette démocratie, pour laquelle nous sommes si fiers en raison de sa capacité à gérer les situations les plus complexes impliquant la population arabe d’Israël, a pourtant échoué aux tests les plus élémentaires relativement à sa population juive.

Le jour du désengagement, je travaillais dans un bureau à Montréal.

Mon collègue, non-juif, me voyait constamment rafraîchir la première page du Jerusalem Post avec une angoisse profonde.

Il me demanda : « Qu’est-ce qui ne va pas ? ». Je répondis : « Des choses se produisent en Israël. Il dit : « Oui, j’en ai entendu parler. Mais il y a quelque chose que je ne comprends pas. Pourquoi le gouvernement israélien ferait-il une chose pareille aux Juifs ? Ne devrait-il pas être l’État juif ? ». Je restai coi et le regardai avec admiration alors que je réalisai que sa question, innocente en soi, était tout à fait juste. Il continua : « Non, vraiment. Peux-tu expliquer ? ».

Même aujourd’hui, dix ans plus tard, je n’ai pas de réponse pouvant expliquer comment la plus grande démocratie du monde n’a su protéger le droit des gens pour qui elle fut créée.