search

L’économie israélienne passe à la vitesse électorale

Nouveaux billets de shekels israéliens, 24 septembre 2023. Illustration (Crédit : Hadar Youavian/Flash90)
Nouveaux billets de shekels israéliens, 24 septembre 2023. Illustration (Crédit : Hadar Youavian/Flash90)

À moins de deux mois des législatives israéliennes, l’heure des grandes manœuvres a sonné : subventions, primes et avantages fiscaux, tous les moyens sont bons, pour le gouvernement, quand il s’agit de s’attirer les faveurs des électeurs ; au risque d’aggraver le déficit budgétaire et de relancer l’inflation.

Une année électorale en Israël est toujours une excellente occasion pour les dirigeants d’utiliser leur pouvoir pour le bien du peuple ; plus exactement, ministres et députés accordent des avantages financiers et fiscaux destinées à soulager le portefeuille des électeurs indécis dont ils veulent s’attirer les faveurs.

À l’approche du scrutin du 27 octobre prochain, le gouvernement israélien est donc passé à la vitesse électorale ; il a multiplié les baisses d’impôts tout comme la hausse des subventions, autant de mesures destinées à des électeurs bien ciblés.

Baisses d’impôts

Le coup d’envoi de cette économie électorale a été donné en début d’année, avec la décision du ministre des Finances, Bezalel Smotrich, d’étendre l’exonération de la TVA sur les importations personnelles en provenance de l’étranger de 75 à 150 dollars.

Mal lui en a pris : la Knesset a rejeté cette proposition à deux reprises. Ce qui n’a pas empêché le ministre Smotrich d’utiliser le budget 2026 pour accorder des avantages fiscaux à des électeurs potentiels, comme :

  • la baisse de l’impôt sur le revenu des classes moyennes (revenu mensuel entre 16.000 et 25.000 shekels),
  • des réductions fiscales aux habitants de 58 localités de Judée-Samarie,
  • la remise à plus tard de l’instauration de nouvelles taxes, comme un péage urbain pour réduire la congestion automobile et la taxation des terrains inoccupés.

En ce début septembre, Smotrich a aussi promis d’abaisser la taxe sur l’essence, ce qui se traduira par une baisse du prix à la pompe : à quelques semaines des législatives, difficile de ne pas y voir une décision relevant du populisme électoral.

Et qu’importe si une baisse d’impôts en année de guerre est une mesure anti-économique par excellence, qui aggravera les déficits et l’endettement extérieur.

Transferts budgétaires

Durant l’été, la commission des Finances de la Knesset a tenu plusieurs séances marathon pour autoriser des transferts budgétaires estimés à plusieurs milliards de shekels et destinés principalement aux institutions religieuses et à la colonisation.

Certes, la Cour suprême a gelé temporairement une grande partie de ces transferts qui auraient dû bénéficier aux ministères dirigés par les partis religieux et de l’ultra-droite, comme :

  • le ministère des Colonies et Missions nationales,
  • le ministère du Patrimoine,
  • le ministère de la Sécurité nationale,
  • le ministère des Religions (et les Conseils religieux).

S’ils étaient finalement autorisés, ces transferts budgétaires se réaliseront sur le compte de plusieurs ministères qui verront leur budget rogné d’autant, notamment : Éducation, Culture et Sport, Environnement, Emploi.

Mesures ponctuelles

D’autres mesures plus ponctuelles ont été mises en place tout au long de 2026 par les partis de la coalition qui tentent de s’attirer de nouveaux électeurs. Par exemple :

  • les cartes alimentaires, sous l’impulsion du parti séfarade Shass pour aider les familles dans le besoin ;
  • le panier de 100 produits vendus à bas prix par la chaîne Carrefour, une initiative du ministre de l’Économie du Likoud Nir Barkat ;
  • des subventions renforcées au réseau scolaire de Shass et aux étudiants en yeshiva soutenus par le Judaïsme de la Torah.

Sans compter la promesse réitérée par Benyamin Netanyahou durant l’été d’accorder une rallonge astronomique de 400 milliards de shekels au budget de la Défense sur les 13 ans à venir, soit 30 milliards de shekels par an (10 milliards de dollars).

Bref, des promesses électorales qui, si elles se réalisaient, coûteront cher à l’économie israélienne et aux contribuables qui devront y mettre de leurs poches.

En 2026, l’économie électorale en Israël va bon train. L’électeur israélien en paiera le prix après le 27 octobre ; il devra verser davantage d’impôts pour combler les déficits, mais il recevra moins de services de l’Etat qui sera occupé à remettre l’économie sur les rails de la croissance.

à propos de l'auteur
Jacques Bendelac est économiste et chercheur en sciences sociales à Jérusalem où il est installé depuis 1983. Il possède un doctorat en sciences économiques de l’Université de Paris. Il a enseigné l’économie à l’Institut supérieur de Technologie de Jérusalem de 1994 à 1998, à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 2002 à 2005 et au Collège universitaire de Netanya de 2012 à 2020. Il est l’auteur de nombreux ouvrages et articles consacrés à Israël et aux relations israélo-palestiniennes. Il est notamment l’auteur de "Les Arabes d’Israël" (Autrement, 2008), "Israël-Palestine : demain, deux Etats partenaires ?" (Armand Colin, 2012), "Les Israéliens, hypercréatifs !" (avec Mati Ben-Avraham, Ateliers Henry Dougier, 2015), "Israël, mode d’emploi" (Editions Plein Jour, 2018) et "Les Années Netanyahou, le grand virage d’Israël" (L’Harmattan, 2022). Dernier ouvrage paru : "Juifs et Arabes israéliens, la nouvelle donne après le 7 octobre 2023" (Auteurs du Monde, 2026). Régulièrement, il commente l’actualité économique au Proche-Orient dans les médias français et israéliens.
Comments