Élu à la Knesset sur un programme immobilier ambitieux et innovant, Moshé Kahlon, ministre des Finances, a tout raté. Il a surestimé ses capacités à faire plier les monopoles immobiliers. Ses électeurs ne lui pardonneront pas car ils ont misé sur cet exploit parce qu’il avait brisé le monopole des entreprises de téléphone mobile.

Son second de liste, Elie Elalouf, s’est lui aussi cassé les dents contre les monopoles alimentaires, responsables du surenchérissement du coût de la vie puisque les prix des produits de base sont 30% plus chers qu’en France.

Les services du Trésor israélien ont publié les résultats de l’industrie de l’immobilier qui montrent que l’année 2017 a été la plus faible de la dernière décennie en termes de nombre de transactions. La part des investisseurs immobiliers étrangers a diminué de 22% par rapport à 2016, après avoir déjà chuté de 29% en 2015.

C’est le résultat de la politique rigide de la Banque d’Israël qui bloque pratiquement les transferts de devises depuis l’étranger en imposant des conditions draconiennes difficiles à remplir, même pour les transferts légaux. Un résident israélien, qui vend son bien en France devant notaire assermenté, se voit refuser le transfert de ses fonds depuis son compte personnel parce qu’il doit tout justifier. La bureaucratie soviétique était plus compréhensible.

Il est probable qu’il s’agisse d’une volonté du gouvernement pour faire baisser les prix de l’immobilier par réduction de la demande. Dans le centre du pays, le nombre d’appartements achetés pour l’investissement est proche du plus bas historique.

Les investisseurs sont contraints de quitter la région centrale, y compris Tel-Aviv, Ramat Gan, Holon et Petach Tikvah, pour se déporter sur la périphérie nord, Nazareth et Tibériade, où les prix sont encore abordables. Pour résumer l’année écoulée, 17.400 appartements ont fait l’objet de transactions. Il s’agit du plus faible taux d’achat depuis 2003, année de récession économique en raison des conséquences de la guerre du Golfe et de l’Intifada.

En 2017, 1.700 appartements ont été cédés aux étrangers, le plus bas depuis 2002. Or paradoxalement, les taux d’intérêt historiquement bas auraient dû booster les ventes. Alors, par dépit, les Français en particulier se sont orientés vers d’autres marchés plus accueillants.

Le ministre Kahlon, avec mauvaise foi, reporte les causes de cette baisse sur les acheteurs d’appartements de luxe qui ont brisé l’élan de construction d’habitations à prix modérés pour les personnes à faibles et moyens revenus et pour les jeunes couples. Selon lui, les promoteurs gagnent plus à construire pour les classes favorisées.

Or il revient au ministre d’inciter les promoteurs à construire dans des terrains domaniaux offerts par l’État, comme du temps des années 1970 où Amidar et Solel Boneh n’avaient pas à payer le terrain qui intervient au moins à 30% dans le prix d’un logement.

Moshé Kahlon avait donc fait une promesse de campagne qu’il n’a pas tenue ou qu’il n’a pas pu tenir. Il existe beaucoup de terrains libres, en périphérie des grandes villes, pour la création de nouveau quartiers comme jadis Ramat Hanassi à Bat-Yam et Quiriat Sharett à Holon, aujourd’hui des petites villes à part entière. Il est évident que les entrepreneurs ne sont pas très chauds à gagner moins mais il faut les inciter ou les contraindre.

Moshé Kahlon sait utiliser les médias mais à présent il ne convainc plus quand il annonce qu’il «veut se battre contre les investisseurs». Au lieu de favoriser la construction à meilleur coût, il a institué une taxe de 1% sur le prix d’un appartement s’il s’agit du troisième investissement. Cette taxe avoisine les 20.000 shekels par an (environ 5.200 dollars). Il s’agit de décourager les 38.000 Israéliens qui détiennent trois appartements, les 10.000 qui en détiennent quatre et les 3.500 qui détiennent plus de cinq.

L’État dispose dans ses coffres de réserves en dollars qui explosent tandis que cette nouvelle taxe, qui lui fera entrer 23 millions de dollars par an, n’est pas justifiée. Et pourtant les défavorisés ne voient rien venir. Les jeunes ont du mal à payer des loyers devenus exorbitants à la suite de la raréfaction des logements locatifs et préfèrent s’expatrier à Berlin ou en France.

De nombreux Israéliens préfèrent dorénavant investir légalement à l’étranger. Ainsi un appartement de 120 m², au centre du XVIème arrondissement de Paris, se vend à un million d’euro (4,25 millions de shekels) pour le prix d’un 60 m² près de Rothschild à Tel-Aviv. Où est l’erreur ?

Or le gouvernement et le ministre ne réagissent pas face à cette fuite légale de capitaux israéliens vers des investissements en Europe. Moshé Kahlon, qui avait claironné qu’il ferait mieux que ses prédécesseurs, a bloqué la construction et aggravé les coûts locatifs que paient justement les jeunes qui ont voté pour lui.

Tous les secteurs sont touchés, les étudiants, les jeunes couples et à présent les nouveaux immigrants qui voient s’effondrer leurs rêves de faire leur vie en Israël, préférant retourner en France puisqu’ils ne s’estiment plus les bienvenus. Les immigrants de l’ère pionnière étaient mieux considérés qu’eux.

Les associations juives françaises, qui nous ont contactés, sont débordées par les demandes pressantes des familles totalement démunies, qui rentrent en France après avoir épuisé leurs économies et leurs rêves en Israël. L’alyah subit un choc et son volume se dégrade. Le sentiment sioniste se dissipe quand le ventre est vide. Mais Moshé Kahlon continuer de rêver et croit qu’il est écouté. La sanction des électeurs lui sera fatale.

Article publié dans Temps et Contretemps