On assiste aujourd’hui à quelque chose comme une nouvelle forme d’engagement intellectuel, dans un certain nombre de débats relatifs à la communauté juive.

Il y a un effondrement des grands systèmes idéologiques qui structuraient la pensée juive.

Un certain nombre de secteurs de recherche se sont développés sur la question juive noire et précisément parce que ceux qui les portent sont engagés dans des causes liées à leurs champs d’étude. Autrement dit, on ne peut pas penser le développement de l’histoire des juifs noirs si on ne l’articule pas aux populations concernées, parce que, précisément, ces chercheurs sont aussi des militants juifs noirs. Ils pensent leur travail intellectuel et universitaire en articulation à des causes qui sont liés aux juifs noirs.

– Les éléments centrifuges de la condition juive noire :

Dans le monde juif noir, on a affaire à une très grande hétérogénéité d’origines et de cultures.

Par le terme juif noir, nous entendons cerner une expérience sociale ou plutôt des expériences sociales, infiniment variables dans le temps et dans l’espace.

La condition juive noire ne suppose pas l’existence de liens de solidarité entre les personnes concernées. Il serait d’ailleurs abusif de considérer qu’une expérience sociale commune créerait nécessairement des éléments de solidarité, cela est vrai pour les autres juifs, pour des professions et pour n’importe quel groupe social. Il est même frappant de voir que les groupes qui vivent des expériences quelconques, dans un ordre social quelconque, peuvent être traversés de tensions et de rivalités, exacerbées par la concurrence pour l’obtention de tel bien rare, de la stabilisation juridique ou sociale.

La question des formes de solidarité est importante, mais il convient, de la disjoindre, au moins analytiquement, de la question de l’expérience sociale.

Au-delà des récriminations et des tensions que l’on peut observer de la part des opposants sur ce sujet, il est intéressant d’observer que, malgré ce que les personnes peuvent dire, notamment dans des mouvements de colère ou de rejet, les juifs noirs ont en commun quelque chose.

Il ne s’agit absolument pas de construire un groupe qui serait uni par des expériences semblables dans l’ordre social. Les gens sont très différents, ils peuvent être différents politiquement, etc. Nous essayons de réfléchir sur le plus petit dénominateur commun, le précipité qui restera lorsqu’on aura fait le compte de l’infinie diversité des positions sociales, des trajectoires géographiques, socio-économiques, etc. Et ce précipité-là, ce plus petit dénominateur commun, c’est que, en dépit de ce que les gens peuvent eux-mêmes dire, il y a quelque chose comme une expérience juive noire.