La diplomatie permet de régler des différends sans tambour ni trompette. Dans le conflit qui oppose les pays du Golfe au Qatar, les exigences faites au Qatar s’accompagnent d’accusations publiques, de récriminations quotidiennes et d’un ton dérogatoire qui permettent difficilement de faire marche arrière vers la sérénité.

Dans cette région du monde, perdre la face est plus qu’une humiliation : c’est une capitulation. Il en va de même avec l’Iran qui prend acte des sanctions occidentales et se conforte d’une aura de martyre. C’est également le cas pour la Russie dont l’économie croule et qui se replie sur la nostalgie de superpuissance en s’affirmant  militairement.

Avec de tels joueurs, l’effet domino est facile à prévoir, car l’état de la situation dans cette région du monde est aussi volatile qu’inflammable.

L’armée syrienne a perdu la majorité de ses soldats dont plusieurs se sont réfugié avec leur famille à l’étranger. Le recours au gaz sarin a déclenché une riposte américaine immédiate qui a détruit 20 % de l’aviation syrienne à la base de Shayrat. De toute évidence, l’armée syrienne ne peut reprendre les territoires anciennement occupés par l’État islamique et doit compter sur les milices chiites dirigées par l’Iran pour ce faire. Le 18 mai, les avions américains ont abattu de telles milices à Al-Tanf, à la frontière syro-jordanienne.

L’Iran est désigné comme État fauteur de troubles par les pays sunnites et les États-Unis. Le 18 juin, pour faire montre de sa puissance, il envoie des missiles bombarder l’est de la Syrie, zone que les milices chiites dirigées par l’Iran et les rebelles syriens soutenus par les États-Unis convoitent alors que l’État islamique est en recul. Ce faisant, il envoie un message aux États-Unis qui disposent de nombreuses forces dans la région, notamment après que le secrétaire d’État américain Tillerson a déclaré le 15 juin qu’un changement de régime en Iran faisait partie de ses visées.

Les pays sunnites exigent du Qatar de se distancer de l’Iran et le soumettent à un blocus en règle. La Turquie bénéficie des largesses du Qatar – qui comme elle, soutient la mouvance des Frères musulmans – et dépêche 3 000 soldats dans ce pays pour se défendre contre des ennemis communs indéterminés.

Bien qu’officiellement elle soit entrée en Syrie pour aider le régime syrien à combattre l’État islamique, la Russie a bombardé principalement les rebelles syriens soutenus par les pays occidentaux. Le 18 juin, les États-Unis ont descendu un avion syrien en mission de bombardement contre les forces kurdo-arabes à Rakka. La Russie a réagi en précisant que désormais, tout avion britannique ou américain à l’Ouest de l’Euphrate représente une cible potentielle.

Le 20 juin, lors de la visite du président ukrainien Porochenko, le président Trump a annoncé qu’il allait durcir les sanctions contre la Russie. Un drone iranien est abattu en Syrie.

Le 21 juin, un avion russe frôle un avion américain dans la mer Baltique et un avion américain rend la pareille. De grandes manœuvres militaires russes d’une ampleur considérable sont prévues dans l’Ouest de la Russie pour le mois de septembre 2017…

Dans la course vers la domination de l’est syrien, l’État islamique ne sera plus l’ennemi officiel commun. Les États-Unis ne semblent pas avoir encore défini une stratégie post État islamique. Les hommes de troupe et conseillers militaires américains se trouveront bientôt face à face avec les milices chiites sous obédience iranienne.

La Russie et l’Iran voudront bénéficier des dividendes de leur intervention respective. La Russie se considère comme la grande puissance dans la région. L’Iran qui a investi des dizaines de milliards en Syrie veut conserver ce pays sous sa tutelle.

En outre, la perspective d’une mainmise iranienne sur la Syrie inquiète au plus haut point les pays sunnites et Israël.

Israël ne veut pas de forces iraniennes (ou sous tutelle iranienne) à sa frontière. Les pays sunnites font publiquement état de leurs relations croissantes avec Israël et souhaiteraient probablement qu’Israël fasse face à l’Iran. Ils craignent tant la consolidation de la présence iranienne que l’ingérence iranienne au sein de leurs minorités chiites.

L’Arabie a capturé un bateau iranien chargé d’explosifs se dirigeant vers le champ pétrolier de Marjan. L’Iran accuse l’Arabie d’être derrière l’attentat contre le Parlement iranien, attentat qui a été revendiqué par l’État islamique.

Le ton monte. La crise actuelle dans ces pays riches en ressources pétrolifères pourrait dégénérer en une crise de l’énergie.

Bientôt, Trump et Poutine se rencontreront au sommet des G20 le 7 juillet. Ils auront tout intérêt à trouver un terrain d’entente pour déminer la situation actuelle.