Il me semble que certains pays comme la France ont deux histoires. L’une est officielle, écrite, connue : elle est tirée de l’Histoire.

L’autre est souterraine, rongée par la jalousie, la rancœur, la volonté de domination, pleine de passions refoulées : c’est elle qui fait l’Histoire. La prétention française à incarner l’universalité catholique, puis laïque, donne un sens particulier aux leçons tirées de son laboratoire sociétal.

En 2016, la réalité antisémite dépasse la convergence politique rouge-verte-brune, qu’évoquait il y a 15 ans Pierre-André Taguieff. La politique n’était déjà que le sommet poli d’un iceberg sociétal.

Emballement mimétique entre 4 antisémitismes :

L’antisémitisme est tout ce que les Chrétiens allemands ont conservé de la Religion de l’Amour écrivaient Adorno et Horkheimer en 1947. En France, Cathos de gauche et de droite gardent toujours hic et nunc cette ovine appétence pour le phénomène du troupeau, de la masse, de la puissance que cette dernière dégage. Une lente dégradation mue la religion de l’empathie en religion des masses, sans sa première subjectivité, mais avec, je le constate, un antisémitisme millénaire.

A ce dernier répond un antisémitisme, désormais sanglant, d’une population française de culture arabe ou de religion musulmane. Il est agité, maintenu comme un drapeau identitaire, tu hypocritement par ceux qui sont bien contents que « ce qui doit être dit » le soit par des plus radicaux qu’eux.

Il est rejoint par un quart monde d’origine européenne, destructuré, vivant dans l’immédiateté du fait de la crise sociale, culturelle et économique, évoluant au milieu de légendes urbaines et virtuelles. C’est un antisémitisme de dé-civilisé.

Un quatrième antisémitisme, institutionnel, laïc, géopolitique, est apparu, reprenant à son compte des thèses rouges et brunes. Hypocrite, il s’acharne sur l’unique Etat juif au monde. Il explique que, sans ce dernier, la paix règnerait. Il maudit Tsahal mais pleure le supplicié de Mauthausen et l’utilise pour mieux tancer son Etat-bouclier. Il se mobilise, non pour les Indiens d’Amazonie, Tibétains, Inuits, ou Gagudjus, en voie de disparition, mais pour les voisins d’Israël contre Israël.

Agnus Francorum, Agnus in Mundo ?

 

Finalement, le Juif, Français ou Israélien, semble être une variable d’ajustement, en voie de négociation entre les deux Histoires de France. Il est objectivé, potentiel Sacrifié à la Raison d’état, à « l’ apaisement », à la « pacification » des masses agitées.

En 2016, la question est de savoir si, pour les non-Juifs, comme moi, vivant dans des pays francophones, nous nous tairons ou si nous serons l’ange qui retient le bras d’Abraham sacrifiant Isaac ?