On pourrait se demander ce qu’allait faire Harry Bitan dans cette galère tunisienne. Ce restaurateur juif avait décidé de s’installer précisément à Houmt Souk, chef-lieu administratif de l’île tunisienne de Djerba.

Si l’on voulait se débarrasser des derniers Juifs de Tunisie, moins d’un millier dans l’île, quelques centaines dans le reste du pays, on ne s’y prendrait pas autrement.

Des 110 000 Juifs installés en Tunisie à la veille de l’indépendance, sous le Protectorat français, tous ont fait le choix de s’exiler. Mais il existe toujours des irréductibles, des amoureux de leur pays natal, pour miser sur leur avenir dans un pays musulman gangrené par l’islamisme.

C’est sans compter sur les extrémistes religieux islamistes qui, le 16 février 2017, ont exigé la fermeture du restaurant Oscar de Bitan sous prétexte qu’il servait de l’alcool dans un pays qui pratique la religion musulmane.

Ces fossoyeurs du tourisme feignent d’ignorer qu’il s’agit d’un restaurant casher, qui attire aussi bien les Juifs que les Européens à la recherche d’un lieu magique et d’une nourriture exotique de qualité.

Pourtant une certaine harmonie existe entre les différentes communautés préoccupées uniquement par le développement du tourisme qui garantit l’avenir de l’île. Des manifestants ont bloqué l’entrée du restaurant pour protester contre la vente de boissons alcoolisées.

Il semble que ce restaurant soit le seul visé puisque d’autres restaurants proposent de l’alcool à leurs clients. Le restaurant L’Oscar est bien évidemment victime d’antisémitisme pour décourager les Juifs à continuer à vivre de manière permanente dans la région.

Ce n’est pas la première fois que Djerba manifeste ouvertement sa crise périodique d’antisémitisme.

Elie Trabelsi, l’inconditionnel tunisien de la communauté juive en Tunisie, avait exprimé, malgré son devoir politique de réserve, son mécontentement le 19 avril 2016 après les images qui avaient circulé sur les réseaux sociaux, montrant les élèves du Bac technique d’un lycée secondaire à Houmt Souk qui déployaient une banderole illustrant la croix gammée.

Elie Trabelsi, qui s’accroche à son rêve de coexistence pacifique entre les différentes communautés, continue à miser sur la Tunisie, quels que soient les aléas de la vie politique. Il a cependant estimé que ces comportements irresponsables risquent de transmettre un message très négatif aux touristes.

Le tourisme tunisien est moribond, c’est un excellent moyen de le tuer à jamais. Pour lui, le sit-in contre le resto-bar l’Oscar est hypocrite et raciste.

Enfin il sort de sa neutralité et il reconnaît les déviations de ceux qui ne sont plus une minorité et qui ont manifesté suite au renouvellement accordé à un Juif d’une licence de débit de boissons alcoolisées.

« C’est un sit-in hypocrite et raciste, ils oublient que dans le quartier il y a plus de 12 bars et prétendent que celui-là, comme par hasard détenu par un juif tunisien, a été à l’origine d’un suicide et de bien d’autres histoires toutes aussi tirées par les cheveux. Djerba appelle à être libérée des esprits malades ! »

Pourtant cet établissement avait obtenu toutes les autorisations légales, mais quelques dizaines d’hommes ont voulu s’opposer au renouvellement de la licence.

Ils ont bloqué Houmt Souk face à une police passive et ont exprimé leur opposition car « l’attitude des clients de l’établissement constitue une atteinte aux valeurs musulmanes de la communauté de Houmt Souk ».

Ils s’étonnent d’ailleurs que le resto-bar ait pu réussir à renouveler sa licence de débit de boissons alcoolisées. Ils prétendent que les fêtards qui sortent en état d’ivresse de l’établissement sont un danger pour l’île, tandis que le muezzin est certain que « les individus complétement saouls agissent de façon immorale ».

La police des mœurs a encore frappé ; la Tunisie se rapproche à pas de géant de l’Iran.

Ces extrémistes qui agissent au grand jour dans une impunité totale ne se rendent pas compte que Djerba risque d’être boycottée par les visiteurs étrangers, et pas seulement par les Juifs qui apportent pourtant une caution de sécurité et d’ouverture aux touristes du monde.

L’île des rêves risque de devenir à court terme l’île des cauchemars. Le gouvernement laisse agir ses propres ennemis en croyant les neutraliser pour les forcer à détourner la tête de la réalité économique du pays.

Nous ne sommes plus dans la Tunisie civilisée et éduquée chère à Bourguiba.

Mais paradoxalement, il existe toujours et encore des Juifs qui mettent leurs intérêts financiers en priorité, même si le danger règne et s’ils ne sont plus tolérés dans un pays musulman qui se transforme progressivement en un pays fermé dominé par la charia.

Il y a tellement d’autres pays où l’on peut faire des affaires !

https://benillouche.blogspot.co.il/2017/02/le-suicide-economique-des-djerbiens.html