Les spectaculaires manifestations de juifs noirs qui se sont produites dans les villes israéliennes ont particulièrement mis en lumière l’ampleur des inégalités sociales et l’impact profond qu’elles ont sur les minorités juives noires.

Jusqu’à présent, les discussions sur les minorités ethniques israéliennes s’étaient concentrées sur les disparités entre les problèmes culturels et sociaux de ces communautés et leurs exigences, des exigences jugées incompatibles avec la société israélienne moderne, considérées aussi comme autant d’obstacles à l’intégration des juifs noirs, et donc impossible à incorporer aux normes d’une *israélianité* vague mais soutenue par les autorités.

Le droit à la parole des êtres font partie de tous les déterminismes socioculturels qui ont préparé et disposé mentalement les peuples.

Dans les sociétés où la parole des uns se fait par d’autres, il y a un processus de déshumanisation qui peut s’expliquer par la difficulté qu’il y aurait pour les uns (juifs blancs) comme pour les autres (juifs noirs) à s’individualiser.

La conséquence directe de cette difficulté à individualiser l’autre est l’invisibilité dont souffre les juifs noirs dans la société israélienne majoritairement blanche.

C’est ainsi qu’à l’invisibilité des juifs noirs dans le système cognitif et culturel d’une société israélienne dominée par les juifs blancs, va répondre la « spectacularité », une dimension nécessaire pour simplement apparaître dans ce contexte – de la mise en scène dans des représentations.

Cette visibilité est atteinte par une forme de « monstruosification » qu’assure en particulier le maquillage outrancier des juifs blancs qui veulent parler au nom des juifs noirs, c’est-à-dire un excès de présence et de visibilité, dont l’importance est attestée par le fait de ces spectacles de *moi, je parle à ta place*, à la faveur d’un stupéfiant glissement ironique dit complexe de supériorité.

La mélanine, ce petit pigment de notre peau, marginal au regard de tout ce qui nous différencie les uns des autres, semble pourtant tracer une frontière nette.

L’amertume est très présente, à propos de l’identité nationale souvent interrogée, parfois soupçonnée, comme s’il existait une contradiction, à tout le moins une tension entre leur apparence noire.

Les fréquents allers-retours entre le passé africain et le présent israélien des juifs noirs donnent à voir tous les obstacles à surmonter afin que le taux de mélanine soit aussi peu pertinent que le nombre de cheveux ou la longueur du pouce pour hiérarchiser les individus entre eux.