Civilisations qui s’opposent, croisades meurtrières ou politiques perverties, notre jolie terre perd ses couleurs pour ne garder que celle du rouge qui ensemence la haine.

Mais, mais heureusement il y a l’art et la beauté, qui résistent, les seuls qui vraiment résistent, insolents et impertinents, suggèrent d’autres chemins de vie, et qui aujourd’hui sortent des musées et des dogmes pour écrire et démontrer sur les murs et dans les rues des villes que la beauté est l’unique outil capable d’apaiser et de modifier le cours d’une humanité perdue à elle-même.

Aujourd’hui à Wynwood, le street art a pris la ville d’assaut, mais sans arme ni roquette, juste avec des pinceaux, du ciment, des peintures, du bois, enfin n’importe quoi qui pouvait s’assembler pour créer non pas un, mais des milliers d’autres mondes, chatoyants, flamboyants et altruistes.

Murs, maisons, toits, sols, tout ce qui pouvait être peint ou travaillé est devenu couleurs, matériaux, formes à la gloire de la créativité, de l’anticonformisme, et de la liberté d’être et d’oser.

louise à Wynwood

Pour quelques jours à Wynwood-Miami, l’art « est » le monde, aux yeux de milliers de visiteurs qui en ressortiront surpris et bousculés dans leurs certitudes, mais emplis d’énergies nouvelles. Ils en repartiront avec quelque chose qui émergera peu à peu et ne les quittera plus : ils auront approché que la liberté est en eux et qu’il suffit de vouloir être libre, pour le devenir. La liberté n’est soumise à personne ni à rien, elle n’est pas collective, ni de clans, elle est dans les individus et inscrite en chacun d’eux.

Sans doute ce concept de liberté est-il plus facile à comprendre lorsqu’on est juif, parce que la pensée universelle du judaïsme nous permet d’être unique au milieu des autres.

Chacun de nous est l’autre, mais dans une fusion où notre âme reste unique et individuelle, construite du libre arbitre. Ce qui nous permet d’être attaché par un lien indéfectible les uns aux autres, mais d’être capables de penser individuellement des autres.

D’où sans doute aussi toutes les idées brassées en Israël sur une terre où religion, laïcité, démocratie et extrémistes, israéliens et arabes s’expriment dans ce qui peu paraître vu de l’extérieur, une immense cacophonie, mais qui pour les juifs est la normalité, où nous n’avons aucun problème de compréhension et d’écoute, ni de décryptage.

Aujourd’hui artiste et juive, je serai avec la « liberté en liberté » à Wynwood comme sur ma terre promise.

A 18h dans le soleil déclinant, elle fera flamboyer les couleurs sur les murs et les rues de ce qui était, il y a quelques mois encore, des entrepôts rouillés et vétustes dans un mauvais quartier dont personne ne voulait.

L’art et la beauté, la fronde, la dérision, l’impertinence et l’insolence toujours, démontreront que la liberté de penser est bien autre chose que ces manifestations d’un jour, oubliées dès le lendemain au profit de nouveaux pouvoirs ; prouveront que si l’amour ne nous sauve pas, l’art le pourra peut-être, ce dont je suis absolument assurée !