Introduction

Tous ceux et celles qui ont plus de quarante ans se rappelleront certainement de ces arrivées massives de milliers de Juifs éthiopiens (1) en Israël dans les années 80 et 90.

Le rapatriement aéroporté de ces milliers de réfugiés, hagards, mal vêtus et souvent affamés avait ému le monde entier, et je me rappelle que beaucoup de gens avaient salué et félicité les autorités israéliennes pour ces opérations de sauvetages menées avec rapidité et efficacité.

Pour rappel …

Cela faisait des siècles que la communauté juive éthiopienne, établie principalement dans les provinces du Gondar et du Tigré au nord de l’Éthiopie, rêvait de revenir à Jérusalem. Et après que le Grand Rabbin sépharade, Ovadiah Yossef, reconnut officiellement en 1973 l’authenticité du judaïsme éthiopien, le premier ministre, Menachem Begin, déclara solennellement en 1977 qu’il fallait aller chercher les Juifs éthiopiens.

Cette année-là, trente familles juives immigrèrent d’Éthiopie vers Israël et jusqu’en 1984, ce ne sont pas moins de quatre mille Juifs qui regagnèrent Israël (2).

Puis, de novembre 1984 au début janvier 1985, l’Agence juive mit en place « l’Opération Moïse » afin de rapatrier quelque 6 500 Juifs éthiopiens qui avaient fui la guerre civile et avaient rejoint les camps de réfugiés au Soudan, après une longue marche à travers le désert. Malheureusement, l’opération tenue secrète fut interrompue par le Soudan le 5 janvier 1985, quand l’information fut révélée dans la presse. Ceux qui eurent la chance d’être secourus laissèrent derrière eux près de 4 000 compatriotes morts de faim et d’épuisement dans les camps de réfugiés et dans le désert soudanais.

Quelque mois plus tard, avec l’aide du gouvernement américain, « l’Opération Josué » permit le rapatriement de plus de 500 Juifs éthiopiens.

Et, en mai 1991, un troisième pont aérien fut organisé pour récupérer le reste des Juifs qui n’avaient pas pu quitter l’Éthiopie et qui avaient rejoint Addis-Abeba à cause de la guerre civile. Ce fut « l’Opération Salomon » où quelque 14 325 Éthiopiens immigrèrent en Israël. Le rapatriement aéroporté tenu secret se déroula en moins de 48 heures !

Ensuite, l’immigration vers Israël continua, mais plus sporadiquement et avec beaucoup moins de candidats.

Le cas des Falashmouras

Avec « l’Opération Salomon », l’immigration de toute la communauté Beta Israël semblait être réglée une fois pour toute. Mais, c’était sans compter sur l’arrivée d’un autre groupe de réfugiés n’appartenant pas à cette communauté.

Ces Éthiopiens que l’on appelle « Falashmouras » proviennent d’horizons très différents. S’ils sont en majorité des descendants de Falashas convertis au christianisme, d’autres sont des réfugiés économiques cherchant un avenir meilleur en Israël.

Ces gens n’étant pas considérés comme Juifs à part entière, ils ne bénéficient pas de la « Loi du retour », à moins qu’ils puissent prouver leur filiation juive et/ou qu’ils acceptent une conversion formelle.

Malgré une certaine réticence, le gouvernement israélien et l’Agence juive avaient finalement autorisé le rapatriement de 8 000 Falashmouras entre 2010 et 2013. La dernière opération aéroportée appelée « Ailes de Colombe » permit le retour des derniers 450 Éthiopiens le 28 Août 2013, mettant ainsi un terme au retour en Terre sainte de tous les Juifs éthiopiens.

Du rêve à la réalité …

En 2013, on dénombrait plus ou moins 131 000 Juifs éthiopiens installés en Israël, dont 47 000 nés dans le pays (3).

Malheureusement, pour certains d’entre-eux le rêve du retour en Terre promise a été quelque peu terni par la dure réalité de la vie quotidienne en Israël : les nouveaux venus sont parfois confrontés à un certain racisme ou à de la discrimination de la part des autres communautés.

Malgré les campagnes d’alphabétisation et les efforts d’intégration menés par l’Agence juive, certains ont encore des difficultés à s’intégrer dans cette société moderne où tout est si différent du mode de vie de subsistance dans lequel ces gens vivaient auparavant.

C’est ainsi qu’on remarque plus de pauvreté dans la communauté éthiopienne que dans le reste de la population israélienne. Certaines femmes ont même dû accepter un programme de planning familial visant au contrôle des naissances pour pouvoir s’installer dans le pays.

L’origine des Juifs éthiopiens

Il y a plusieurs hypothèses quant à l’origine des Juifs éthiopiens. Pour certains, ils seraient les descendants de la tribu de Dan. Lors du schisme entre la Maison de David (Juda) et la Maison d’Israël (les tribus du nord), après la mort de Salomon, la tribu de Dan aurait migré au nord de l’Éthiopie en remontant le Nil égyptien (4).

Pour d’autres, il s’agirait d’Éthiopiens issus de mariages mixtes et convertis au judaïsme depuis très longtemps. Et enfin, d’autres pensent qu’ils seraient les descendants des différents groupes de gens qui, depuis l’époque de la rencontre entre Salomon et la reine de Saba, ont maintenu d’excellentes relations entre Israël et l’Éthiopie durant tous ces siècles.

Que dit la Bible ?

Quelle que puisse être l’origine des Juifs éthiopiens, il faut savoir que leur existence est bien attestée dans les Écritures, et que leur retour en Terre sainte était également prophétisé depuis très longtemps ! Il semblerait même que la Bible nous donne des indications quant à leur origine.

Ne vous-êtes vous jamais demandé qui pouvait bien être cet eunuque éthiopien qui fut baptisé par l’Apôtre Philippe ?

« Philippe partit aussitôt. Et, sur son chemin, un homme apparut : c’était un eunuque éthiopien, haut fonctionnaire chargé d’administrer les trésors de Candace, la reine d’Éthiopie ; il était venu à Jérusalem pour adorer Dieu et il retournai chez lui. » (Actes 8 : 27).

De toute évidence, ce personnage important de la cour de Candace était un Juif éthiopien qui venait (peut-être régulièrement) à Jérusalem pour adorer au Temple. Cet épisode nous montre qu’au 1er siècle de notre ère il y avait déjà des Éthiopiens qui se rendaient à Jérusalem pour adorer le Dieu d’Israël.

Mais les relations entre Israël et l’Éthiopie sont bien plus anciennes que cela !

La rencontre entre le roi Salomon et la reine de Saba a probablement ouvert la porte à des échanges économiques et culturels intenses et durables entre les deux pays :

« 1 La reine du pays de Saba entendit parler de Salomon. Elle vint donc voir Salomon pour éprouver sa sagesse en lui posant des question difficiles. 2 Elle arriva à Jérusalem avec un grand nombre de serviteurs, et avec des chameaux portant des parfums, de l’or en grande quantité et des pierres précieuses. … » (I Rois 10 : 1 à 13).

Cette relation de confiance entre les deux peuples trouve probablement son origine à l’époque de l’Exode, car rappelons-nous que Moïse avait épousé une femme éthiopienne :

« Moïse avait épousé une femme Kouchite … » (Nom. 12 : 1).

L’écrivain antique Artapanos dans son récit sur la vie de Moïse rapporte également ceci :

« … 10 C’est ainsi que les Éthiopiens, ses ennemis pourtant, chérirent Moïse au point d’apprendre de lui la circoncision … » (Eusèbe de Césarée, La préparation évangélique).

Il est très probable que le peuple d’Israël, captif en Égypte, entretenait déjà de bonnes relations avec le peuple éthiopien. La Bible semble le démontrer indirectement, car un des peuples ennemis de l’Égypte pharaonique était le pays de Kouch (l’Éthiopie).

Et la Bible nous apprend que les Égyptiens redoutaient qu’Israël se rallie à cet ennemi potentiel.

« Il faut trouver un moyen pour limiter leur nombre. En cas de guerre, ils se joindraient à nos ennemis pour nous combattre et quitter le pays. » (Ex. 1 : 10).

Le judaïsme éthiopien

Un autre indice témoignant de l’ancienneté de la communauté juive éthiopienne se trouve précisément dans leurs coutumes religieuses. Le judaïsme éthiopien est considéré comme « archaïque », car il conserve des traditions pré-talmudiques. Bien qu’ils célèbrent les fêtes mentionnées dans la Torah, les Juifs éthiopiens ne connaissaient pas la fête de Hanoucca ni celle de Pourim ; ce qui indique que leur judaïsme était antérieur à l’exil babylonien.

Une prophétie accomplie à notre époque

Avec le retour des Juifs éthiopiens en Israël, nous pouvons affirmer qu’une prophétie s’est accomplie de nos jours !

« D’au delà des fleuves de l’Éthiopie, mes adorateurs, mes dispersés, m’apporteront des offrandes. » (Sophonie 3 : 10, version L. Segond).

« Ce jour-là le Seigneur, une fois encore, usera de son pouvoir pour récupérer ce qui reste de son peuple, ceux qui auront survécu en Assyrie, en Basse-Egypte, en Haute-Egypte, au Soudan, … » (Esaïe 11 : 11).

Que le Seigneur protège et bénisse aussi cette communauté !

Notes

1) Les Juifs éthiopiens se nomment eux-mêmes « Beta Israël » (Maison d’Israël), alors que les Chrétiens éthiopiens les appelaient « Falashas » qui est un nom péjoratif signifiant « intrus » ou « exilés ».

2) Les différentes sources consultées pour les informations chiffrées ne sont pas toujours identiques entre elles. Par conséquent, je vous propose le lien wikipédia qui me paraît assez complet: http://fr.wikipedia.org/wiki/Falashas

3) Autre source: http://www.israelvalley.com/news/2013/10/31/41628/le-sigd-est-fete-par-131-400-israeliens-dorigine-ethiopienne

4) Personnellement, cette hypothèse me paraît peu vraisemblable, au regard de certaines prophéties et de l’histoire du peuple d’Israël.

Jacquy Mengal