La Liste arabe unie (RAAM, acronyme hébreu de Reshima Aravit Me’uchedet) a finalement refusé, il y a quelques jours de cela, de conclure un accord avec le Meretz s’agissant des votes excédentaires.

Ces votes, on le sait, sont ceux recueillis par les partis qui ont franchi le seuil d’éligibilité et qui, une fois leurs députés élus, disposent d’un reliquat de voix en nombre insuffisant pour leur faire obtenir un élu supplémentaire.

Pour éviter que ces voix soient improductives, qu’elles ne servent à rien, des accords peuvent être conclus entre partis, déterminant les modalités de transfert et la répartition des sièges supplémentaires ainsi acquis.

Si un accord de cette nature avait été conclu entre le Meretz et la Liste arabe unie, son avantage eût été double, tant pratique que, plus important encore, symbolique.

Au plan pratique, il aurait permis à l’Union sioniste de signer un accord de ce type avec le parti de Yaïr Lapid, Yesh Atid, évitant une déperdition de voix.

L’utilité du vote au profit du centre aurait été ainsi maximisée, les forces politiques composant ce centre s’en trouvant renforcées. C’est d’autant moins insignifiant dans le cadre de la compétition, serrée on le sait, entre le Likud et l’Union sioniste que celle-ci aspire à distancer le Likud de plusieurs sièges pour pouvoir être investie de la mission de constituer la coalition qui prendrait en mains les rênes du pays.

L’enjeu ? Un renouveau en matière économique et sociale tout comme en ce qui concerne la relance des négociations avec les Palestiniens.

La population arabe – ainsi que la population juive d’ailleurs – est à ce titre doublement concernée. Ayman Odeh, tête de liste de RAAM, a reconnu que la période où le parti travailliste, avec Yitzhak Rabin, dirigeait le pays avait été en quelque sorte un âge d’or pour les arabes israéliens.

Mais au-delà de cet aspect pratique, non négligeable comme nous venons de le voir, la symbolique qui aurait découlé d’un tel accord eût été essentielle. Elle aurait inscrit dans le concret une solidarité judéo-arabe en faveur du changement et attesté de la volonté des représentants de la population arabe de s’éloigner de la périphérie en termes de rapports de pouvoir pour y prendre la place qui doit être la leur dans un État certes juif mais qui est aussi, simultanément, celui de tous ses citoyens.

La Liste arabe unie a refusé un tel accord au motif peu convaincant que la proposition lui serait parvenue quelques heures seulement avant la fin de la période durant laquelle la conclusion de tels arrangements était possible.

Il n’y aurait donc pas eu le temps d’en débattre. Mossi Raz, en position éligible – mais limite – sur la liste du Meretz et qui fut la cheville ouvrière de cette tentative, a contesté cette version. Il a révélé sur sa page facebook qu’il en avait parlé il y a 12 jours avec Dov Khenin, le seul candidat juif de cette liste où il figure en bonne position au titre de son appartenance au parti communiste, l’un des composant de la Liste arabe unie.

Mossi Raz, selon ses dires, s’en serait également entretenu avec Ayman Odeh en personne quatre jours avant la fin du délai. D’autres évoquent un rejet plus radical de toute collaboration avec les « partis sionistes ».

Ce refus de RAAM est à mettre en relation avec d’autres constats que d’aucuns font, à savoir par exemple la marginalisation des courants laïcs au profit des religieux et des nationalistes, dont le manque de visibilité de Dov Khenin au cours de la campagne serait l’un des indices.

Pourtant, plus de 80 % des arabes israéliens étaient favorables à cet accord.

Malgré cela, les éléments les plus extrémistes, dont Hanin Zoabi, l’ont fait échouer. Sa représentativité est cependant moindre qu’il n’y paraît : moins de la moité des Arabes israéliens considèrent qu’elle est utile et un tiers qu’elle serait nuisible. L’échec de cet accord est donc aussi un échec de Ayman Odeh qui n’a pas réussi à imprimer sa marque sur cette liste dont la pérennité post-électorale est fortement sujette à caution.

Ce refus de rentrer dans le jeu politique et démocratique est sans aucun doute une erreur tactique qui entraîne une perte de voix pour la population arabe et un affaiblissement du centre politique (Meretz a signé depuis un accord avec l’Union sioniste mais les voix excédentaires de Yesh Atid seront perdues).

Espérons que cette erreur n’annonce pas une faute stratégique, de mauvaise augure quant à la solidité de la société israélienne dont la population arabe est partie intégrante.

Il convient de remarquer que les dernières prises de position de Ayman Odeh semblent plus ouvertes s’agissant d’un soutien éventuel et circonstancié au camp modéré qu’il dit ne pas exclure a priori, » la balle étant dans le camp d’Herzog ».