L’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et Bahreïn, ainsi que l’Égypte, ont rompu leurs relations diplomatiques avec Doha, en raison de son soutien aux islamistes et de sa complaisance à l’égard de l’Iran. Ce minuscule émirat a été également exclu de la coalition militaire qui combat au Yémen les Houthistes soutenus par l’Iran.

Les pays membres du Conseil de Coopération du Golfe (CCG) subissent ainsi la crise la plus grave. Pour « protéger sa sécurité nationale des dangers du terrorisme et de l’extrémisme », l’Arabie saoudite a décidé de fermer ses frontières terrestres, aériennes et maritimes avec le Qatar.

Effectivement le Qatar héberge divers groupes terroristes qui déstabilisent la région, comme les Frères musulmans dont ils partagent l’idéologie, Daesh et Al-Qaeda. Il soutient des groupes terroristes soutenus par l’Iran dans la province de Qatif, où vit la minorité chiite du royaume saoudien. Il a enfin une capacité de nuisance au Bahreïn soumis à des troubles organisés par la majorité chiite de ce pays.

Les responsables Frères musulmans, expulsés d’Égypte, de Syrie ou de Tunisie, trouvaient refuge dans cet émirat tandis que des financiers du terrorisme agissaient au grand jour à Doha. Par crainte de son voisin menaçant, le Qatar ne s’est jamais montré hostile à l’égard de l’Iran, a fortiori puisqu’il partage avec lui un immense champ gazier dans les eaux du Golfe persique. Par intérêt il n’a jamais voulu prendre position dans le conflit chiite-sunnite.

Mais il n’a pas voulu suivre la stratégie des Américains de Trump, des Saoudiens et des Émiratis qui ont décidé de désigner l’Iran comme ennemi commun. L’émir du Qatar, Cheikh Tamim, avait été accusé d’avoir minimisé la menace iranienne. Mais sur cette question, par crainte d’une réaction violente de leur voisin envahissant, le sultanat d’Oman et le Koweït refusent également de faire de l’Iran leur bête noire et ne se sont pas associés à la mise en quarantaine. La fracture au sein du CCG est ainsi entérinée.

Le Hamas bénéficiait du rare soutien étranger et les voisins du Golfe avait exigé que le Qatar prenne ses distances avec le groupe terroriste de Gaza. Il semble que le refus du Qatar a engendré le blocus imposé par les Saoudiens.

Le ministre des Affaires étrangères de l’Arabie saoudite, Adel Al-Joubeir, avait exigé que le Qatar cesse de financer le Hamas et les autres groupes affiliés aux Frères musulmans : « Nous voulons que le Qatar mette en œuvre les promesses faites il y a quelques années en ce qui concerne le soutien des groupes extrémistes ».

Dans une attitude paradoxale, le Qatar avait financé le front de Al-Nosra et le Hezbollah alors qu’il s’agit de deux factions qui sont en guerre les unes avec les autres en Syrie. Le Hamas a en effet une relation compliquée avec l’Arabie saoudite qui n’a pas digéré la victoire du groupe « extrémiste » aux élections à Gaza, qualification donnée par le président Trump lors de son voyage à Ryad.

Dans le cadre d’un partenariat pragmatique, l’Arabie avait apporté son soutien au Hamas et accueilli ses dirigeants jusqu’en 2015. Mais l’accord nucléaire entre l’Iran et les États-Unis a fait basculer le Royaume et les Émirats dans le camp d’Israël avec une offre appuyée de normalisation des relations diplomatiques.

Les révolutions des « printemps arabes » ont créé une hostilité à l’égard des Frères musulmans auxquels le Hamas est affilié. Le Qatar a voulu se distinguer de ses alliés en maintenant de bonnes relations avec tous les Palestiniens, Hamas et Fatah, et a investi des dizaines de millions de dollars dans la reconstruction de Gaza.

Très lié aux Américains, le Qatar a voulu maintenir une politique indépendante vis-à-vis des Palestiniens entraînant ainsi des frictions de plus en plus visibles. Par opposition, les Émirats Arabes Unis accueillent et soutiennent l’archi-rival du Hamas, Mohammed Dahlane, qu’ils cherchent depuis plusieurs mois à imposer comme nouveau président palestinien. Le Qatar paie ainsi son rôle et son influence sur l’arène palestinienne auprès de Mahmoud Abbas et du Hamas.

L’administration américaine a fait pression sur le Qatar qui a une approche différente sur la question palestinienne en traitant avec le Hamas. Il est le seul soutien étranger du Hamas face à la forte pression de ses voisins du Golfe qui insistent pour réduire ses liens avec le groupe islamique.

Avec l’accord tacite d’Israël, le Qatar a investi à Gaza des centaines de millions de dollars pour les routes, le logement et un grand hôpital. Il représente un rare pourvoyeur d’emplois dans une économie dévastée par la guerre.

Le responsable du Hamas, Mushir al-Masri, a déclaré que l’appel saoudien au Qatar pour réduire ses liens avec son groupe palestinien était « regrettable et contredisait le soutien arabe traditionnel pour la cause palestinienne, cédant ainsi aux appels américains et sionistes pour mettre le Hamas sur la liste des groupes dits terroristes ».

Cette nouvelle situation affectera certainement le Hamas qui persiste à appeler à la disparition d’Israël et qui prépare systématiquement la prochaine guerre. Le Qatar est le grand financier de Gaza pour des projets importants. En 2012, l’ancien émir du Qatar, Hamad bin Khalifa al-Thani, avait visité Gaza, le seul chef d’État à le faire depuis que le Hamas est au pouvoir.

L’émir avait alors annoncé une subvention de 407 millions de dollars pour construire un complexe résidentiel de 3 000 unités à Hamad, quartier de Khan Younes. Deux phases du projet ont été totalement réalisées. Des entrepreneurs palestiniens ont signé avec le Qatar des accords pour la dernière phase de la construction mais ces accords pourraient être gelés dans cette nouvelle situation.

Le Qatar a également refait des routes, réparé ou reconstruit des mosquées et supervisé des dizaines de projets d’infrastructure. Il a également payé les livraisons de carburant et d’électricité venues d’Israël pour fournir de l’énergie à Gaza.

Dans la ville de Hamad, des drapeaux du Qatar flottent, des boutiques, une pharmacie, des magasins et des cafés ont été ouverts. La pression sur le Qatar pourrait augmenter l’isolement politique et financier du Hamas.

Pour compenser ce risque, une délégation de haut niveau du Hamas s’est rendue en Égypte pour tenter de réchauffer les relations, mais cela n’est pas gagné face à la volonté d’Al Sissi ne pas aider son ennemi potentiel. Le Hamas se retrouve dans une situation politique difficile.

https://benillouche.blogspot.co.il/2017/06/le-qatar-paie-aussi-son-soutien-aux.html