Il est difficile de prouver noir sur blanc que le Qatar (comme l’Arabie saoudite d’ailleurs) finance des organisations terroristes.

Surtout, que ces financements sont le fait, la plupart du temps, moins de l’Etat qatari que de particuliers, de fondations ou d’organisations originaires du Qatar.

Mais par déduction et grâce à certaines révélations et enquêtes sérieuses, nous pouvons conclure que oui, d’une certaine manière, le Qatar finance (du moins de manière indirecte et discrète) des mouvements terroristes.

Pour rappel : En mars dernier, le sous-secrétaire américain au Trésor, responsable de la lutte contre le financement du terrorisme, a révélé que le Qatar, qui est pourtant un allié de Washington, finançait depuis de nombreuses années le Hamas.

N’oublions pas que durant la dernière opération israélienne « Bordure protectrice » à Gaza de cet été, le Qatar avait menacé d’expulser le chef du bureau politique du Hamas installé à Doha, Khaled Mechaal, si celui-ci acceptait les propositions égyptiennes dès le début du conflit…

Par ailleurs, les liens du Qatar avec d’autres mouvements dangereux pour le Moyen-Orient sont de notoriété publique. Ainsi, les relations du Qatar avec le Hamas s’inscrivent parfaitement dans la politique étrangère de l’émirat depuis quelques années…

En juin 2013, les Talibans n’ont-ils pas été autorisés à ouvrir un bureau diplomatique à Doha ?

Le rôle du Qatar semble aussi important en Afrique du Nord. Ainsi, la presse française et certains spécialistes ont révélé que le Qatar apportait un soutien financier à des éléments djihadistes dans le Nord du Mali mais aussi à certaines tribus séparatistes touaregs.

Les services spéciaux français mais aussi algériens ont alerté les autorités françaises sur un probable financement d’Aqmi (Al-Qaïda au Maghreb islamique) par Doha. D’ailleurs, avant l’intervention de l’armée française au Mali, rappelons que la seule organisation humanitaire autorisée dans le nord du pays était le Croissant-Rouge du Qatar…

En Libye aussi le Qatar est soupçonné d’entretenir des liens très étroits avec des groupes islamistes depuis la chute de Kadhafi, comme s’en était alarmé le Premier ministre libyen de transition, Mahmoud Jibril…

Quant à la Syrie et l’Irak, ce sont peut-être les zones où le Qatar a été le plus actif ces dernières années. En effet, depuis le début de la guerre civile en Syrie, le Qatar, dans sa véritable lutte d’influence avec l’Arabie saoudite, a mis toute son énergie pour dominer l’opposition syrienne.

C’est pourquoi, jusqu’à la scission d’avril 2013, le Qatar a soutenu le Front Al-Nosra. Cette organisation, qui rappelons-le, est affiliée à Al-Qaïda et inscrite pourtant sur la liste noire des terroristes de Washington ! Après le printemps 2013, lorsqu’Al-Nosra s’est donc séparé de l’Etat islamique (EI) dirigé par al-Baghdadi, Doha s’est alors tourné vers l’EI à l’inverse de Riyad qui poursuit son financement d’Al-Nosra.

Toutefois, le Qatar peut encore être amené à soutenir des milices se revendiquant d’Al-Nosra pour des intérêts ponctuels.

Enfin, le Qatar reste le plus grand bâilleur de fonds des Frères musulmans au Moyen-Orient et en Europe. Mais les Frères musulmans peuvent-ils être considérés comme des terroristes ? En tout cas, ils le sont officiellement pour l’Arabie saoudite, la Russie et le président égyptien Al-Sissi.

La stratégie du Qatar

Le Qatar est un petit émirat. Sa superficie est de 11 586 km2 et sa population s’élève à environ 2 millions d’habitants, avec une grande majorité de travailleurs immigrés. L’émirat possède de vastes réserves de pétrole et ses réserves de gaz le placent au 3e rang des producteurs dans le monde, après la Russie et l’Iran.

Il possède en outre le revenu par habitant le plus élevé de la planète et grâce à leurs richesses, les émirs qataris utilisent la « diplomatie du chéquier » pour étendre leur influence, soutenir des mouvements auxquels ils s’identifient, et contrer leurs rivaux saoudiens et surtout iraniens (comme on l’a vu en Syrie à propos de l’acheminement du gaz…).

Le Qatar a donc exploité le chaos provoqué par les « Printemps arabes » afin d’aider les Frères musulmans à renverser les régimes traditionnels arabes. Doha a alors présenté la Turquie islamo-« démocrate » d’Erdogan (proche des Frères musulmans) comme un exemple auprès des Américains.

Ces derniers, comme les Français d’ailleurs, dépassés par les évènements et surtout à cause de leur naïveté et leur méconnaissance des réalités du monde arabo-musulman, ont cru que c’était alors le « sens de l’Histoire » (qui n’existe pas en réalité) et qu’enfin la démocratie allait voir le jour dans le monde arabe.

Ce fut une grave erreur d’analyse !

Aujourd’hui, la stratégie du Qatar est en échec partout : en Syrie, en Tunisie et en Egypte… Doha n’a plus que la cause palestinienne pour exister dans le jeu diplomatique régional. Mais le Hamas, financé par les Qataris, n’a plus aucun soutien et est plus que jamais isolé (Même le Hezbollah et l’Iran, malgré un soutien de façade, ont rompu avec le mouvement palestinien).

Et la France dans tout ça ?

Le gouvernement français nie la collusion entre le Qatar et les terroristes, pourtant dénoncée par de nombreux spécialistes. Pour quelles raisons ?

Actuellement en France, il y a un sentiment de méfiance envers le Qatar notamment depuis la divulgation du département d’Etat américain concernant les financements de l’EI et d’Al-Qaïda par certaines fortunes du Qatar.

Les récents et tragiques attentats de Charlie Hebdo et du supermarché cascher de la Porte de Vincennes n’ont fait que relancer, au sein de la société française, et à juste titre, le débat sur le rôle du Qatar dans le financement d’organisations terroristes.

Le problème est que certains pays occidentaux, comme en premier lieu la France, cherchent toujours à attirer l’argent et les investissements du Qatar notamment dans les sports et les médias (voire l’industrie de l’armement !), au risque parfois, comme cela a été relevé par certains experts, d’enfreindre la loi sur les avantages fiscaux préférentiels.

Rappelons aussi qu’Airbus a déjà effectué sa première livraison de l’A350 à la compagnie Qatar Airways… et que Paris espère toujours vendre son avion de combat Rafale à l’émirat.

C’est peut-être la raison pour laquelle, les Occidentaux et particulièrement les dirigeants français, sont si discrets sur ce sujet. Ne fermeraient-ils pas les yeux sur certaines activités du Qatar dans le but de ne pas « contrarier » un important partenaire commercial ?

Par ailleurs, certaines rumeurs révèlent que lors de la libération d’otages, certains pays européens ont demandé au Qatar d’être le médiateur et de payer des rançons aux organisations terroristes…

Pour la France, depuis plusieurs décennies et surtout depuis les émeutes de 2005, les autorités ont cru bon de laisser le Qatar (en autre…) financer diverses associations dans les banlieues françaises, dans le seul but d’acheter la paix civile.

En octobre 2012, Yves Bonnet, l’ancien responsable de la DST (Direction de la Surveillance du Territoire, Ex-DCRI et Ex-DGSI) a pourtant affirmé que le Qatar finançait des réseaux radicaux présents sur le territoire.

Reste à savoir si les attentats de janvier dernier suffiront à réveiller les consciences. Les responsables français ont perdu beaucoup de temps.

Grâce à leur expérience, les services anti-terroristes français sont parmi les meilleurs du monde et ils ont toujours réussi à venir à bout de vrais réseaux terroristes islamistes, organisés et souvent commandités par l’étranger (Attentats des années 1980, prise d’otages du vol d’Air France en 1994, attentats de 1995, gang de Roubaix en 1996…).

De plus, depuis la fin des années 1990, ils ont démantelé nombre d’autres réseaux en gestation. Ainsi, depuis 2012, avec Merah, puis Nemouche, Coulibaly et les frères Kouachi (1), ce type de terrorisme a évolué. Aujourd’hui et malheureusement demain, nous serons la cible plus d’« assassins solitaires » (à l’image de ce qui s’est déjà passé au Canada, en Australie mais aussi en Israël) que d’équipes réellement structurées.

C’est pourquoi, il est inévitable de durcir la lutte (peut-être avec de vraies mesures d’exception telles que celles qui ont permis de vaincre l’OAS au début des années 1960 ?) et stopper les coupes budgétaires dans la sécurité intérieure et la Défense (en faisant aussi payer par exemple l’Europe puisque la France est en première ligne dans la défense des intérêts de celle-ci).

Aussi, au-delà du financement étranger de certains groupes radicaux, il faudra surtout s’attaquer sans tabous au mal profond (banalisation de l’antisémitisme, plus de mille français partis faire le Jihad en Syrie, refus des minutes de silence dans certaines écoles, plus de 20 000 twitts « je suis Kouachi ! » et généralisation des théories complotistes après les attaques…) qui touche depuis plusieurs décennies une partie de la jeunesse française. Celle-ci, mal intégrée, travaillée par son islamité et, facilement manipulable, se sert finalement d’une « cause sacrée » pour justifier sa haine de la France et de l’Occident.

Pour cela, l’amélioration des conditions socio-économiques ne suffiront pas. Car il ne faut pas exagérer : les banlieues françaises ne sont ni Soweto, ni les favelas brésiliennes, ni Gaza et parler d’apartheid en France est faux et surtout stupide !

Ce sont surtout des révolutions coperniciennes qui seront nécessaires dans l’éducation nationale (arrêt des répentances et de l’autoflagellation historiques) et dans la justice (fin du laxisme général et de la victimisation des délinquants).

Peut-être faudra-t-il aussi et surtout un nouveau concordat avec la création d’un véritable islam de France, sans influences extérieures et dont l’organisation pourrait alors s’inspirer de l’islam en Russie.

Enfin, c’est une refonte totale de la politique proche et moyen-orientale de la France qu’il faut entreprendre : mettre fin à ce que Hubert Védrine nomme l’ « irreal politik ». Il faut une bonne fois pour toutes bannir les politiques de gribouille comme la politique (pro ?)arabe de la France vieille de 50 ans mais qui ne cesse de démontrer largement ses limites depuis des années.

La Méditerranée est plus que jamais la frontière la plus importante de l’Europe et en premier lieu de la France, notamment sur les questions d’immigration et du terrorisme.

Par conséquent, et c’est urgent, il faut une nouvelle politique méditerranéenne où l’émotionnel, le « business », les idéologies et les partis pris s’effaceront enfin devant une politique basée, certes sur une collaboration sécuritaire étroite et solide, mais surtout sur une grande politique de coopération et de développement économique, intelligente et ambitieuse.

Il en va de l’intérêt vital des pays du Sud et de leurs populations…mais aussi du notre !

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Notes

(1) Coulibaly (qui se réclamait de l’EI) et les frères Kouachi (qui eux se revendiquaient d’Al-Qaïda) étaient amis mais leurs attaques, malgré les dires du premier, ne semblent aucunement en coordination. Sans logistique, sans véritable organisation digne de ce nom, je crois plutôt que la déclaration officielle d’Al-Qaïda au Yémen, suivant les attentats, ressemble plus à une « récupération » qu’à une réelle revendication…