La visite chaleureuse du Président Macron à la Grande Synagogue de la rue de la Victoire, à la veille de Rosh Hashana, représente sans doute un magnifique geste d’amitié et de solidarité à la communauté juive.

Les Juifs sont présents en France depuis la nuit des temps et demeurent des citoyens loyaux et fidèles de la République. Il est donc tout à fait naturel et normal que le chef de l’Etat visite leur lieu de culte et partage leurs projets et préoccupations. Toutefois, gardons toute proportion et évitons de déborder d’enthousiasme dans les réactions et commentaires.
Si demain Macron rend visite à la Grande Mosquée de Paris qui lui reprochera sa partialité ?

Les chefs de l’Etat français adorent les symboles, visiter les monuments nationaux et commémorer les grandes dates historiques. Célébrer en grande pompe un anniversaire, un jubilé, un centenaire ou un bicentenaire. Rendre un hommage vibrant aux héros, aux Grands hommes et aux Grandes dames de la nation qui ont marqué de leur empreinte un glorieux passé. C’est bien logique, une nation qui boude le passé et l’ignore ne peut agir au présent et construire un meilleur avenir.

Toutefois la grandeur d’une nation se mesure aussi par sa juste dimension, reconnaître modestement qu’un retour à la gloire du passé n’est pas une mission facile, ni une ambition réaliste. Le Turc Erdoğan rêve de devenir le Sultan ottoman, les Ayatollahs d’Iran souhaitent revenir à la grande Perse, et le Président Macron semble se conduire comme à l’époque des rois de France ou de l’Empire tout en se contentant de peu de territoires au-delà de l’Hexagone. Et alors ?

Le 11 novembre 2018 approche et voilà que le Quai d’Orsay annonce qu’il organise une première édition du Forum de Paris sur la Paix. Ce Forum sera adossé aux commémorations du centenaire de l’armistice du 11 novembre 1918. Le Forum de Paris sur la Paix sera inauguré par les chefs d’État et de gouvernement des 84 pays invités par le Président Macron.

Le gouvernement français prépare donc le terrain et de nouvelles initiatives. Cela se déroulera juste après la réunion annuelle de l’Assemblée générale de l’ONU, où Macron prononcera un discours très attendu. Le moment est donc propice face à l’impasse dans le processus de paix avec les Palestiniens et au décalage du « deal du siècle » proposé par le président américain.
Paris réaffirme sa position déclarée et inchangeable depuis plusieurs décennies : « préserver la sécurité de l’Etat d’Israël et œuvrer pour la création d’un Etat palestinien dont la capitale serait aussi Jérusalem. »

Par une curieuse coïncidence, c’est justement un 11 novembre 2004, jour de l’Armistice du premier conflit mondial de l’Histoire que Yasser Arafat mourut à l’hôpital des armées Percy à Clamart… Quelques heures après, sur le tarmac de la base aérienne de Villacoublay, le cercueil d’Arafat est recouvert du drapeau quadricolore palestinien et porté par huit soldats français de l’armée de terre. Au son de la marche funèbre de Chopin, trois compagnies de la Garde républicaine en tenue d’apparat rendent les honneurs…

Après la sonnerie aux morts retentit l’hymne national palestinien et la Marseillaise, joués par la fanfare militaire. Des drapeaux français et palestiniens en berne flottent au vent tandis qu’un avion Airbus de l’armée de l’air s’envole avec la dépouille vers les cieux, escorté par un autre avion de la République française avec, à son bord, le chef de la diplomatie…

Cet hommage sans précédent orchestré à l’époque par Jacques Chirac a dépassé l’entendement et toutes les directives protocolaires. Jamais dans les temps modernes, un pays occidental et laïc n’a réservé à un chef “guerrier”, à savoir à un chef terroriste d’un Etat étranger virtuel, une telle admiration en grande pompe et aussi solennelle… Et 14 ans après, toujours en ce jour du 11 novembre 2018, la France organise la première édition du Forum de Paris sur la Paix.

Il est clair que le problème palestinien sera à l’ordre du jour. Comment faire autrement après l’échec cuisant de la précédente conférence internationale pour la paix tenue le 14 janvier 2016, cinq jours seulement avant l’investiture de Donald Trump, et sans la participation capitale de l’Etat d’Israël ?

D’ailleurs, nous apprenons par le site officiel du Quai d’Orsay que « le pays de la Palestine » y participera et qu’un projet est déjà projeté pour « une reprise économique d’un quartier de Djénine… »

Voilà déjà 50 ans que tous les gouvernements français exigent un retrait d’Israël « des territoires » et notamment de Jérusalem-Est. Voilà un demi-siècle qu’ils affirment pouvoir garantir notre sécurité avec « des frontières sûres et reconnues. »
Cependant, à vouloir jouer à tout prix un rôle d’influence dans notre région, la France n’a pas respecté, par sa politique partiale, les règles du jeu et le vrai arbitrage.

Durant ces 50 dernières années, toutes les tentatives françaises ont avorté. La politique pro-arabe de la France durant ce demi-siècle, avec l’ouverture d’un bureau diplomatique palestinien à Paris et le honteux vote à l’UNESCO, a-t-elle été bénéfique ? Bien entendu que non. Pis encore, la France n’est-elle pas toujours la cible préférée des terroristes islamiques ? N’a-t-elle pas été en état d’urgence permanent durant plusieurs longs mois ?

La France d’Emmanuel Macron n’a pas changé cette politique traditionnelle incompréhensive. La politique étrangère est certes le « domaine réservé » de l’Elysée, mais ce Président comme ses prédécesseurs n’a pas réussi à mettre à l’écart le Quai d’Orsay.
La politique au Levant des diplomates du Quai d’Orsay n’est sans doute pas nouvelle mais elle devient vraiment pathétique.

Comment donc penser que la solution du problème palestinien par la création d’un Etat indépendant mais non viable réglerait plus facilement tous les problèmes de la région et écarterait les ambitions de l’Iran ou des terroristes de tous bords ?
Qu’ont fait les trois derniers gouvernements français pour éviter l’emprise du Hezbollah chiite au Liban ? Ont-ils réglé la crise en Syrie ? Qu’ont-ils fait pour éviter des massacres contre les communautés non musulmanes, contre les Chrétiens d’Orient ? Les Kurdes ou les Druzes ? Contre le nouveau massacre à Idlib ?

80 ans après la signature des Accords de Munich l’esprit munichois demeure-t-il vivace ?

Concernant Israël et surtout la solution du conflit avec les Palestiniens, Macron adoptera à l’instar de Pompidou, Giscard, Mitterrand, Chirac, Sarkozy ou Hollande, une politique d’intérêts et mercantile, sans aucun sentiment. Nous espérons qu’il tiendra toujours ses promesses. Luttera contre la délégitimation et tous les boycottages, notamment contre le BDS, et ne reconnaîtra pas unilatéralement l’« Etat palestinien ».

A ce jour, les paroles chaleureuses d’amitié et de franchise, les garanties sur la sécurité d’Israël dans « des frontières sûres et reconnues » que tous les dirigeants français ont souvent prononcées à Paris, à Jérusalem, devant la Knesset, restent toujours fugaces et partent à chaque fois en fumée. Elles sont désormais incompatibles avec la réalité sur le terrain et dans les arcanes de la diplomatie française.

Cet article a été publié le 9 septembre 2018 sur le site http://jcpa-lecape.org/