L’expression, ou plutôt l’accusation a fait le tour des salles de rédaction, il n’en fallait pas plus pour que l’exécutif s’en inquiète et, par sa voix la plus autorisée, réagisse fortement, même depuis l’étranger.

Aucun autre dirigeant en Europe ou ailleurs, ne se serait inquiété par une telle démarche, la presse étant libre et les manchettes des journaux dépendant de rédactions autonomes.

Mais voilà, nous sommes en France, pays qui tient plus à l’égalitarisme qu’à l’égalité, mais sans vraiment le savoir. Qu’est-ce qui a provoqué cette brusque poussée de fièvre ?

Le projet de la loi de finances, le budget où est supprimé l’impôt sur la fortune (ISF), remplacé par une taxation sur l’immobilier…

Comprenne qui pourra. Mais ce n’est pas contre cela que la presse et les Français se sont enflammés, c’est pour tout autre chose. C’est parce que les signes extérieurs de richesse n’étaient plus taxés comme les yachts de luxe, les grosses voitures et les chevaux de course… Sans oublier les lingots d’or.

Mesdames, Messieurs, celui qui tient la plume depuis plus de dix ans et qui écrit chaque jour que fait un éditorial pour vous, est un fonctionnaire, soumis à l’impôt comme tout le monde et œuvre à la TDG bénévolement. Je n’ai jamais eu un café payé par la rédaction et je n’ai jamais rien demandé.

Par ailleurs, n’étant pas envieux de nature, comme le sont les citoyens de ce côté-ci de la frontière, j’ai toujours considéré que certaines couches de la population avaient le droit de jouir de leur argent et de leur réussite. Mais voilà, c’est la loi inverse qui règne en France.

Si vous dépensez votre argent honnêtement gagné et que les autres n’en ont pas assez ou pas du tout et sont obligé de vivoter, eh bien en France cela ne passe pas.

Si vous affichez une grande réussite, vous devez vivre cachés, ne pas vous montrer. Si cela apparaît au grand jour, le gouvernement est lui-même menacé, c’est presque un trouble à l’ordre public… Souvenez-vous de Jacques Chirac et de sa suppression de l’ISF…

J’avoue que je n’ai jamais pu comprendre cette mentalité : si on veut vivre luxueusement (ce qui n’est pas mon cas) eh bien, il faut s’en donner les moyens et ne pas envier la réussite des autres, si soi-même on n’a pas réussi et qu’on ne parvient pas à quitter la messe compacte de l’humanité moyenne et sans relief. Mais voilà, aucun gouvernement, même de droite, n’a réussi à rééduquer les Français dans ce sens.

La richesse, l’opulence du voisin est une aiguille dans leur œil, cet œil toujours prompt à se muer en mauvais œil, à scruter le voisin, son mode de vie, ses gains, etc…

Sont ce les bases chrétiennes du pays qui expliquent qu’on n’aime pas les riches (François Hollande, mais aussi les Evangiles : un éléphant passant par le chas d’une aiguille)…

Pourquoi envier son voisin ? Et pourquoi le gouvernement est-il en train de préparer en catastrophe de nouvelles taxes frappant les signes extérieurs de richesse ?

Il redoute des manifestations de colère comme si, dans toute société humaine de tendance libérale, tout devrait être égalisé comme une coupe de cheveux, rien ne doit dépasser : c’est le pays où le principe suivant pour vivre heureux vivons cachés, est un principe intangible.

Mais comment voulez vous que ceux qui développement l’économie, créent des richesses, restent en France, si on les prive de jouir de leurs biens honnêtement acquis ? Ou alors, être riche est une offense à la bien-pensance ? E celui qui parle ne défend pas sa paroisse est un simple professeur des universités qui ne dispose d’aucun signe extérieur de richesse…

Pourtant, cette haine de toute richesse chez l’autre est congénitale ici et la panique qui s’est emparée du gouvernement est significative.

Au lieu de dire courageusement qu’il fallait favoriser le retour de dizaines de milliers de gros contribuables et que cela pouvait stimuler l’économie, on agit comme s’il était interdit de gagner de l’argent ; mais alors comment faire pour le pays se redresse ?

Ce n’est pas avec des fonctionnaires qui attendent sagement la retraite et les congés pays que cela va changer. L’un des ministres a eu le courage de dire que ce n’était pas un budget pour les riches mais pour le plein-emploi. Encore une fois : vous ne pouvez pas empêcher de jouir de leur luxe des gens qui développent l’économie.

Faudrait-il vivre nécessairement dans les arrondissements et les banlieues les plus pauvres de Paris et de sa région pour trouver grâce aux yeux de ce cher Français moyen qui croit que tout s’acquiert pour toujours, rien ne se conquiert chaque jour !

Le père de l’actuel chef du Medef avait jadis écrit un livre qui n’était la septième merveille du monde mais où il inventait un nouveau sigle caractéristique des Français : l’IAA, à savoir l’irréversibilité des avantages acquis… Ce n’est hélas plus de notre monde.

Dans de nombreux pays, les retraités travaillent pour arrondir des fins de mois difficiles, aident leurs enfants et petits enfants, bref s’activent sans compter éternellement sur l’Etat, la puissance publique… Même des journalistes de renom ne font plus la fine bouche.

Au lieu d’inventer de nouvelles taxes ou d’alourdir des taxes existantes pour complaire aux attentes envieuses des Français, le gouvernement devrait ignorer les spasmes de l’opinion. Sinon, cela ne servirait à rien d’avoir voulu dépasser le clivage gauche / droite. Puisque à la première bourrasque, on retombe dans le clivage d’antan…