A la suite de l’agression lundi d’un enseignant juif à Marseille, le président du consistoire israélite de la ville conseille aux juifs de ne plus porter la kippa jusqu’à nouvel ordre – un avis cependant loin d’être partagé par les autres autorités juives.

Critiqué de toute part, Zvi Ammar n’a trouvé quasiment aucun partisan à sa proposition. La grande majorité des juifs ou de leurs représentants ont pris leurs distances et n’ont pas hésité à le critiquer ouvertement.

Prétendre avoir raison, c’est assurer qu’est vrai ce qui pourtant ne va pas de soi, et va même contre l’évidence immédiate. C’est recourir une instance capable de fonder le jugement que je prononce sur un fait ou une situation. A cette occasion, Zvi Amar se trouve seul à défendre une position que tous les autres attaquent et assez logiquement la question de l’énoncé vient alors à se poser pour lui. Mais comment savoir de quel côté se trouve la raison?  Et qu’entend-on ici par « avoir raison » ?

Aborder dans ce cadre une réflexion de fond sur le port de la kippa, c’est s’engager résolument dans un combat qui touche au vivre ensemble, aux responsabilités et aux solidarités auprès de personnes de confession juive.

Le port de la kippa devient ici un acte politique important, à la fois par les valeurs et les engagements dont il témoigne.

Trop souvent, ne pas penser comme les autres est considéré comme un tort, au point qu’on confond loi et opinion. Avoir une idée singulière revient à avoir tort !

Qu’importe la vérité, est ce que les nécessités politiques obligent Zvi Amar à penser comme tout le monde ?

En un premier sens, il est bien possible qu’un seul raisonne juste quand tous ceux qui s’opposent à lui se contentent de suivre les opinions ou les croyances qui ne reposent sur aucun fondement juridique juif.

Choulkhan Aroukh , Orah haim 91:3.
« Interdit de prononcer le nom de Dieu tête découverte et de rentrer tête nue à la synagogue  »

Le port de la kippa n’est pas une mitzva et n’est pas le principe fondateur du judaïsme. Malgré sa forte connotation religieuse, la kippa n’est cependant pas obligatoire. Elle peut donc être remplacée par un chapeau, une casquette ou tout autre couvre-chef.

On voit ici que la conviction de la majorité n’est pas un critère de validité.

Aujourd’hui, semble-t-il que comprendre le port de la kippa n’a jamais été aussi nécessaire. En soi, l’idée même de comprendre n’est pas neutre politiquement, et la charge politique qu’elle recèle tient à ce qu’elle commence déjà par une remise en question des évidences enracinées en nous.

L’idée de comprendre le port de la kippa devient une idée profondément politique car elle suggère une distanciation première par rapport au contenu du discours commun massivement véhiculé par les médias et les politiques.