Quel étrange dossier que celui proposé par Le Point dans sa dernière livraison : « Être Juif en France ». Etat des lieux ou…mode d’emploi?

Avant toute chose, saluons le beau texte liminaire de Saïd Mahrane dont la justesse de ton n’est pas la moindre des qualités  : vrai et intelligent, il est aussi retenu dans sa manière de tenter une introduction à la situation.

Ceci étant dit, que reste-t-il de ces pages une fois passé le réconfort des embrassades humanistes du Grand Rabbin Korsia et de la citation d’un livre de Marek Halter? Il reste comme un arrière-goût d’anachronisme.

Et? Aussi, l’amertume d’une logique inéxorable dans laquelle Shmuel Trigano voit  s’enferrer le réel des Juifs de France, depuis quelques années maintenant.

L’entretien avec Houellebecq ne nous apprend rien que nous ne sachions déjà : Besancenot ou Plenel, en bons trotskistes, font du sionisme l’épouvantail des banlieues où ils trouvent, à moindre frais, à rameuter leurs hordes de fans. Houellebecq ne s’exprime pas dans ces termes; il nomme ces messieurs, à dessein très certainement.

L’on sait, ces deux-là, l’islamistophilie chevillée au corps, aveugles au point de croire que dans une « alliance objective » le ridicule ne tue pas celui qui fait cavalier seul. Peu importe, on avait déjà compris, qu’à l’instar des Badiou et autre Morin, ils ne retourneraient définitivement plus lire la ligne qu’ils avaient sautée : depuis 1917, l’idéologie abrutit qui ne parvient à s’en éloigner !

De ce dossier, nous restera aussi la prestation encadrée de l’inénarrable Danièle Kriegel, correspondante de l’hebdomadaire à Jérusalem. Une dame pour qui le rôle du journaliste doit certainement consister à chercher les poux sur les têtes qu’il rencontre , voire d’en mettre s’il n’en trouve pas !

Dans son encadré, qu’elle titre : « France-Israël : de la passion à la méfiance « , Kriegel, sans les commenter, rapporte les propos de l’Ambassadeur Maisonnave qui ne voit dans l’israélien qu’un amateur de bonne chère française, de notre Côté d’Azur et des stations de ski hexagonales.

Quelle fréquentation , Madame Kriegel ! Il faut croire que vous passez le plus clair de votre temps sur les mêmes cinq cent mètres carrés de plage que Monsieur l’Ambassadeur, pour prendre pour argent comptant ses confidences. Ses regrets? Bon, si vous voulez.

Espérons que, la prochaine fois, la correspondante aura plus de chance et pourra rencontrer les dizaines de milliers de personnes qui, en Israël, lisent les auteurs français, notamment du Houellebecq comme en témoigne l’écrivain lui-même dans son entretien, et qui ne sont pas obsédés par les rendements du CAC 40.

Danièle Kriegel fera, (sans nul doute?) un second papier correctif où elle parlera de tous ces israéliens amoureux de la culture française, de ses arts, de ses humanités. Des milliers d’autres, et peut-être pas les mêmes d’ailleurs, qui pourraient lui raconter l’histoire de la désinformation à la française….Elle s’apercevra alors de l’incapacité de la plupart d’entre eux  à lui étaler les menus gastronomiques de notre capitale.

L’inénarrable correspondante continue, dans son encadré, sur le même registre d’un soi-disant dénigrement israélien de la France, en  convoquant une infime minorité de personnages de l’Etat Hébreu, fussent-ils journalistes, comme s’il lui était urgent d’opposer, aux autres articles du dossier sur les Juifs de France, le pendant négatif de ceux qui vivent dans un pays qu’elle ne porte que très modérément dans son cœur. L’histoire des poux sur la tête….

Oui, la liberté de la presse est un principe sacré ,mais avouons qu’en matière d’apaisement des esprits, on fait mieux !

Quant à Tareq Oubrou, recteur de la mosquée de Bordeaux, c’est avec une indéniable virtuosité qu’il assène aux Juifs, de France ou d’ailleurs, quelques légères claques amorties par des considérations historiques relatives à l’époque coranique ou à celle des lumières andalouses.

Il nous explique pourquoi la conscience musulmane, depuis la guerre des Six Jours, a essentialisé le Juif en tant que dominateur. Il applique sa claque en nous tenant par le col afin de nous conduire à son bon port :  » Être un  non-musulman n’a jamais été un délit en Islam », affirme-t-il…Soit, mais pas une sinécure , non plus, si vous permettez l’euphémisme.

Le recteur a dû plancher un bon moment sur la définition du « délit » pour arriver à ce tour de passe-passe dialectique qui ne paraît encore lasser personne. Rappelons-lui, pourtant, que le « délit » est toujours un « fait » et non un « état » ou dans la nature d’une chose en soi. Or, si ce n’est pas le fait juif que Le Coran met hors-la-loi c’est, quoi qu’il est prétendu, l’Être juif qu’il condamne dans ce qu’il porte par essence : la Loi, la Nation, la fin historique du paganisme.

Un islam réformé devra bien admettre un jour que la négation du  fait national juif revient à une négation de lui-même en ce qu’il est, lui, l’islam, fondé sur une origine abrahamique qui ne serait que fiction sans son établissement sur une terre. Mais c’est un autre débat.

Alors, pourquoi avoir mis ces points de suspension au titre? Pourquoi dire de ce dossier qu’il est étrange ?

Parce qu’il nous paraît précisément anachronique de vouloir, sous prétexte de couverture-appât, considérer le sujet ficelé par une juxtaposition d’articles dont l’articulation fait un peu bazar.

Ou bien, aurait-il suffi, pour aujourd’hui, de dire qu’être juif en France c’est être francais tels que nous sommes. Avec nos tous nos droits et tous nos devoirs. Ni plus, ni moins…Non, surtout pas moins !