« To think out of the box » est une expression américaine qui signifie réfléchir autrement, en dehors de la « boîte ». C’est-à-dire raisonner en dehors des sentiers battus, des schémas dans lesquels notre esprit se trouve inconsciemment enfermé par le matraquage politique, médiatique, économique ou même communautaire.

Il en est ainsi du conflit israélo-arabe. Après 68 ans de conflit, et sans évoquer les discours extrémistes, globalement, deux pensées se confrontent, deux états pour deux peuples ou un état binational, mais sans jamais remettre en question un élément pourtant fondamental, la géographie.

Le monde entier nous a conditionné à penser que les frontières de l’Etat d’Israël se situent entre celles d’avant la guerre des Six jours de 1967 et celles de la fin de cette guerre. Bien évidemment, la question du retrait du Sinaï ne se posant plus et les Palestiniens ne revendiquant aucun droit sur le plateau du Golan, restent la bande de Gaza et la Judée-Samarie ou Cisjordanie.

Schématiquement, à gauche on estime que seul le retrait total ou quasi total (Barak et Olmert proposaient jusqu’à 97 % et des échanges de territoires pour les 3% restants) de ces territoires permettrait d’arriver à une solution pacifique du conflit, avec deux états.

Et à droite, on affirme que le retrait total de Gaza n’a rien réglé et qu’un retrait complémentaire de territoires à l’ouest du Jourdain ne ferait qu’empirer la situation sécuritaire, ce qui tendrait, à terme, à annexer des territoires fortement peuplés et donc à accepter le risque d’un état binational.

D’un côté, on ne se pose pas la question de la viabilité d’un tel état palestinien, de sa vulnérabilité économique, politique (comment ne pas craindre que cet état ne se transforme en quelques année en entité terroriste) ou sociale, et aussi malheureusement du risque sécuritaire induit pour Israël.

De l’autre côté, on minimise la dégradation sécuritaire réelle et ressentie par la population israélienne, l’isolement international inéluctable avec ses conséquences politiques et économiques, et surtout le dilemme moral entre ségrégation ou perte à terme de l’identité juive de l’état.

Or personne, à ma connaissance, des sphères politiques ou même militaires ne s’est posé la question géographique. Pourquoi se référer à ces lignes d’avant le premier jour de la guerre des Six Jours? En quoi ces pseudo-frontières, qui ne sont que les lignes de démarcation d’armistice doivent constituer la base du débat?

Personne ai-je dit ? Non, un homme et un seul a pensé réfléchir en dehors de la boîte, a osé reprendre le problème à sa base et sans les oeillères que le monde entier et nous-mêmes nous imposons.

Il s’appelle Giora Eiland, haut gradé de Tsahal en charge de la planification stratégique, ancien directeur du Conseil National de Sécurité et actuel dirigeant de l’Institut National des Etudes Stratégiques (INSS).

En 2008, il a présenté au Washington Institute un plan révolutionnaire, fondé sur des éléments factuels avérés, associant les principaux acteurs stables proche-orientaux, Jordanie, Egypte et Arabie Saoudite, et qui prend pour socle une re-fondation des frontières, y compris et surtout celles auxquelles on ne pense pas.

Ainsi on pourrait doubler la superficie de la bande de Gaza, pour la rendre économiquement viable, vers le sud en prenant une part du territoire égyptien contre une cession de territoires israéliens le long de la frontière avec l’Egypte, ce qui permettrait d’y installer un port ou un aéroport suffisamment éloigné et de créer un couloir le long de cette frontière entre Gaza et Aqaba en Jordanie par un tunnel sous-marin relativement court à distance d’Eilat.

Idem avec la Judée-Samarie dont Israël pourrait annexer une partie significative incluant toutes les implantations juives contre une session de territoires vers le sud et un accord de fédération jordano-palestinienne qui conférerait un statut de province autonome aux Palestiniens (comme pour le Kurdistan par exemple) au sein d’une fédération contrôlée militairement par les Jordaniens, assistés financièrement des Saoudiens, et dont la fiabilité à la surveillance des frontières avec Israël n’est plus à démontrer.

Eiland présente plusieurs variantes à ce plan qui regorge d’idées géographiques novatrices et dont l’immense mérite est de remettre au centre de la négociation les principales puissances régionales, dont l’intérêt pour la stabilité et le développement économique est plus qu’évident.

De nombreux points sont certainement à débattre mais l’essentiel est là: une perspective, un projet, et un chemin.

Et peut-être surtout, l’éclatement d’une boîte qui n’en finit plus de nous enfermer physiquement et mentalement.

Le lien ci dessous vous permettra de vous faire votre propre idée sur ce plan.

En ce qui me concerne, je dis: » Merci Général Eiland ».

Repenser la solution à deux états, de Giora Eiland.