J’ai eu l’occasion il y a quelques jours de participer à une conférence organisée par l’agence juive. De nombreux professionnels de l’éducation étaient réunis, c’était pour moi une chance de découvrir cette organisme ainsi que son fonctionnement intérieur.  

Le rôle de l’agence juive à été crucial et déterminant avant la fondation de l’état d’Israël, l’organisation officiait comme gouvernent de facto pour la population juive en Israël. Pendant les décennies qui ont suivi l’indépendance, elle s’est muté en organe gouvernemental chargé de l’immigration juive en Israël.

En tant que jeune juif de Belgique, je me souviens avoir grandi avec ces brochures et ces prospectus éducatifs qui nous invitaient à venir prendre part à l’entreprise sioniste. C’était encore l’époque où on nous vendait Israël comme une terre de kibboutzim, gorgée d’idéalisme et d’espoir. J’ai fait toutes mes classes dans des écoles juives, je me suis laissé bercer au rythme des chants et mélodies hébraïsantes que nos shlihim (envoyés) chantonnaient à cœur joie.

Ces dix dernières années nous assistons à un remaniement idéologique qui va même jusqu’à redéfinir le rôle même de l’agence juive.

Le sionisme ne vend plus comme autrefois, Israël ne peut plus être présentée comme un pays à développer, comme une terre à fleurir. Israël à pendant de nombreuses années réussi à réunir autour d’elle la plupart des juifs du monde, créant un consensus, la plupart des juifs se portant en avocat d’Israël et de son gouvernement. Ce n ‘est malheureusement plus le cas aujourd’hui .

Ces derniers temps, le vent à tourné, Les dirigeants d’Israël rivalisent d’avidité et de soif de pouvoir, les abus en tout genre sont devenus légion, le leadership israélien a perdu tout crédit aux yeux des juifs du monde, comme aux yeux de nombreux israéliens d’ailleurs. L’identification avec un Israël corrompu, surpuissant ,sûr de lui devient de moins en moins naturel pour les juifs de diaspora.

Ne voulant pas se laisser dépasser par les événements, l’agence juive a su composer avec ces changements et a mis au goût du jour un nouveau terme issu de la recherche universitaire : « peoplehood », en français je me permettrais « peuplitude », le fait d’appartenir au peuple juif.

Etre juif ne passe plus via la filiation avec Israël mais via un dénominateur commun beaucoup plus large, qui remonte à nos origines ancestrales.

Nous parlons donc d’une attache à un peuple, à une histoire. Au lieu de nous rassembler autour d’un état moderne, nous retournons en arrière, à ce qui nous lie tous par un lien indéfectible, nous allons nous abreuver à la source. Nous nous connectons à notre souche, notre ADN, notre héritage et patrimoine commun.

Qu’il soit de Boston, Melbourne, Buenos- Aires ou Bruxelles ,le  juif mangera une matza la soir de pessah. D’où qu’il vienne, le couple juif se mariera sous une houppa et le marié brisera le verre en mille éclats en souvenir de notre temple détruit il y a deux mille ans déjà.

Nos millénaires d’histoire parlent d’eux même, il sont le ciment de notre identité, notre cohésion même, notre raison d’être. Quoi de plus normal finalement que de se retrouver autour de ces valeurs qui nous définissent bien plus que quelconque considération politique.

Il est indiscutable que le pays d’Israël est vital et crucial à la survie de notre peuple mais notre pérennité ne sera pas garantie par le sionisme. Notre futur nous sera assuré par la sauvegarde de notre passé, par notre capacité à redécouvrir les trésors du passé  et notre aptitude à continuer à les conserver et les transmettre aux générations futures.

Il y aura toujours une place pour chaque juif du monde en Israël, ce qui m’inquiète le plus est de savoir si il y a encore une place en nous pour notre âme juive qui ne demande qu’à être réveillée. Cela ne dépend que de notre bonne volonté.