Les zélateurs d’Ovadia Yosef on récemment commémoré le premier anniversaire de sa mort, survenue à l’âge de 93 ans à Jérusalem après une longue carrière de Grand-Rabbin et de guide spirituel de la communauté sépharade.

D’origine modeste, il s’est distingué dès l’enfance par ses capacités intellectuelles et sa mémoire, et fut pris en charge par des institutions talmudiques tout au long de sa formation. Une fois celle-ci terminée il développa une passion pour la Thora et consacra l’essentiel de sa vie à en approfondir la connaissance, devenant une autorité en la matière et publiant une cinquantaine de livres et de nombreux écrits témoignant d’une culture talmudique phénoménale.

Vers les années 1980, il entra en politique en fondant “Shass”, un parti politique avec pour clientèle la communauté sépharade. Fort de cette assise, il finit par exercer une influence déterminante dans la vie publique israélienne.

Il devint un politicien aguerri, mais au fur et à mesure de l’augmentation de sa popularité il se radicalisa pour stigmatiser quiconque n’adhérait pas à sa vision du monde.

Il fut d’une violence verbale inouïe en lançant des anathèmes incendiaires contre ses adversaires politiques. Afin de galvaniser ses partisans, il traitait d’antisémite viscéral ou d’ennemi du peuple juif tout magistrat ou ministre se réclamant de la laïcité, et appelait ses fidèles à les maudire.

D’après l’ex-ministre de l’Enseignement Yossi Sarid, le parti fondé par Ovadia Yosef avait été le plus corrompu qu’ait jamais connu Israël, et beaucoup de ses dignitaires ont fini en prison.

Ovadia Yosef stigmatisait les femmes, les arabes, les homosexuels, les laïcs, les intellectuels, les non-juifs et aussi les juifs qui n’adhéraient pas à sa mouvance. Il accablait les familles de soldats tombés en mission en attribuant leur sort au non-respect du shabbat.

Quand le Procureur Général décida d’inculper pour corruption un ministre de son parti, Ovadia Yosef prophétisa que la maison du Procureur serait anéantie par la volonté de Dieu, qu’il confondait parfois avec la sienne. Mais peut-être que son outrage le plus grave fut un sermon au cours duquel il attribua la mort des millions d’innocents de la Shoah à leurs manquements à la religion.

Il est vrai qu’Ovadia Yosef savait prendre des décisions courageuses en tant que Grand-Rabbin.

Au cours des années 1970 se posa la question des communautés juives d’Ethiopie malmenées par l’antisémitisme et éprouvées par la misère. Alors que certains rechignaient à recevoir comme juifs à part entière ces africains faméliques à la peau noire, Ovadia Yosef trancha en leur faveur en décidant de leur judéité, ce qui permit à Israël de leur accorder le bénéfice de la loi du Retour.

Après la guerre israélo-arabe de 1973 il y eut des veuves dont la mort du conjoint ne put être établie avec certitude. Ces femmes  ne pouvant être considérées comme veuves selon la Loi Juive, elles demeuraient interdites de remariage. Ovadia Yosef mit fin à cette aberration et permit à ces femmes de refaire leur vie.

Lors des accords d’Oslo Ovadia, Yosef fut consulté sur le point de savoir si la Loi Juive permettait l’échange de territoires contre la paix. Il se prononça en faveur d’un tel processus au motif que si c’était de nature à sauver des vies humaines alors c’était conforme au judaïsme.

Israël est une démocratie où l’on ne réprime ni les opinons ni les religions, où cohabitent majorité silencieuse et extrémistes tapageurs.

Mais les excès d’Ovadia Yosef ont mis en lumière l’anomalie que constituait la possibilité pour un rabbin d’intervenir dans la vie publique aux frais du contribuable.

Le fait que des décisions comme l’accueil de juifs en déshérence, le remariage de veuves de guerre ou l’acquiescement à des concessions territoriales soient subordonnées au bon vouloir du rabbinat est une bizarrerie incompatible avec la démocratie.

C’est donc la question de la séparation de la religion et de l’Etat qui doit un être revue, et non la liberté d’expression d’un guide spirituel.