Il faut se rendre à l’évidence que le scénario catastrophe d’une élection de Marine Le Pen à la présidentielle reste du domaine de l’improbable. Les hommes politiques jouent à se faire peur ou plutôt à faire peur aux électeurs pour que ceux-ci orientent mieux leur vote.

Les électeurs français sont peut-être des veaux, selon la terminologie gaullienne, mais ils sont responsables et jamais ils n’hypothèqueront leur avenir entre les mains d’un nationalisme anachronique.

Si Marine Le Pen peut ratisser large au premier tour, elle manque de relais pour le second, question de pures mathématiques. Les quelques groupuscules qui la rejoindront ne suffiront pas à entraîner une majorité à voter pour elle. Certes, Philippe de Villiers a confirmé son ralliement à Marine Le Pen, mais que représente-t-il sinon lui-même dans son château vendéen.

Souverainiste, candidat aux élections présidentielles de 1995 et 2007, il n’avait pas ménagé « son admiration pour Marine Le Pen ». En février, il avait vanté la « carrure présidentielle » de la candidate du FN, jugeant ses prestations télévisées « tout simplement excellentes ».

Le député Henri Guaino, pourrait la rejoindre mais il s’agit d’un homme seul, qui d’ailleurs n’a pas réussi à engranger quelques parrainages d’élus. Il serait hésitant en raison de certains éléments atypiques qui soutiennent la candidate FN et qui s’opposent à sa pensée gaulliste.

Si Marine Le Pen attire les voix des déçus et des ratés, elle est plombée par son entourage sulfureux qui entache sa candidature. Ses amis, jusque-là dans l’ombre, réapparaissent à la lumière à l’occasion d’affaires financières. Frédéric Chatillon, Philippe Péninque ou Axel Loustau, visés par la justice financière, ont un passé lourd d’antisémitisme.

Leader du Gud, syndicat étudiant musclé d’extrême droite des années 1990, Frédéric Chatillon s’est reconverti dans les affaires en fondant une nébuleuse d’entreprises, dont l’agence de communication Riwal créée en 1995 pour la diffusion des documents de propagande du parti.

Il avait rencontré Marine Le Pen à l’université de droit d’Assas. Frédéric Chatillon est un ami d’Alain Soral et de Dieudonné avec qui il avait voyagé en 2006 en Syrie et au Liban, pour ensuite organiser une campagne de promotion de la Syrie, avec un bus arborant le slogan « Syrie, une nouvelle aire ».

Chatillon, qui a été renvoyé en correctionnelle pour le financement des campagnes 2012, vient d’être mis en examen dans l’enquête sur les municipales, européennes et départementales 2014-2015. Il s’était distingué en posant en 2012 avec «une petite bière à la santé» de l’ambassadeur américain Christopher Stevens assassiné cinq jours plus tôt en Libye.

En septembre 2009, Chatillon avait accompagné au tribunal correctionnel Dieudonné et l’historien révisionniste Robert Faurisson, qui nie l’existence des chambres à gaz nazies. Il s’était vanté la même année, dans un documentaire, ses relations « galvanisantes » avec Léon Degrelle, collaborateur belge de la Seconde guerre mondiale.

Philippe Péninque, conseiller de l’ombre de Marine Le Pen, est décrit comme le parrain de la bande et joue le rôle d’avocat provocateur.

Autre ancien du Gud, Axel Loustau, est élu régional FN francilien, trésorier de Jeanne, le micro-parti de Marine Le Pen, et membre du triumvirat chargé des finances de la présidentielle 2017. Filmé en 1992 en compagnie de Chatillon alors qu’il rendait visite à Degrelle, il lui avait lancé : « Mon général, c’est un très grand honneur ».

Axel Loustau, autre proche de l’équipe de campagne, était apparu sur deux photos en 2011 en train de faire un salut nazi lors d’une soirée privée. Il a été accusé récemment d’antisémitisme ou de sympathies pour le nazisme, le bras droit tendu, la main levée.

Et il n’y a pas que les gudards dans l’entourage de Marine Le Pen. Un autre membre de l’équipe de campagne, l’ex-dirigeant identitaire niçois Philippe Vardon, désormais conseiller régional FN en Paca, a été accusé par Christian Estrosi, patron LR de la région, d’être « héritier de Goebbels », le chef de la propagande nazie. Au parti ils sont nombreux, avec Louis Aliot, vice-président du FN, à s’inquiéter de la place des gudards ou des Identitaires.

Si Marine Le Pen s’était engagée à nettoyer les scories de son parti, à savoir les anciens collabos et les anciens de l’OAS, les éléments antisémites figurent encore en bonne place dans son équipe de campagne. Cet entourage sulfureux lui apporte son réseau de financement indispensable pour sa propagande.

Elle se voit rattrapée par son officine de communication antisémite. Elle joue aussi à la naïve en s’affichant à Moscou avec un élu russe antisémite et homophobe, Vitali Milonov en prétendant ne rien savoir sur lui.

Marine Le Pen a tout fait pour dé diaboliser son parti mais certaines traditions sont trop ancrées pour le rendre républicain. Les Français, lorsqu’on les informe, en sont conscients et malgré tout le courroux qu’ils peuvent avoir à l’encontre des partis de gauche et de droite, feront toujours preuve d’un sursaut républicain qui enlèvera toutes ses chances à la candidate du FN, au second tour de l’élection.

Sa chance au deuxième tour, si Macron est élu, viendrait de François Fillon qui, d’une manière détournée, fera allégeance par dépit.

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