Il y a quelques mois, dans une des pires semaines de la guerre, je me suis rendue à l’enterrement du soldat Max Steinberg, tué lors d’une bataille dans la bande de Gaza.

Max, jeune américain de 24 ans, avait découvert Israël deux ans plus tôt grâce au projet Taglit. Il était tombé amoureux de ce pays, si loin de son Amérique natale, mais si proche de son cœur. Après avoir décidé de faire son alyah, il s’était engagé dans l’armée et avait tout fait pour être dans la « meilleure unité », celle de Golani.

Nous étions plus de 30 000 à saluer son héroïsme. Quatre-vingt dix-neuf pour cent des gens présents ne l’avaient jamais rencontré. Nous avions découvert son nom et son visage quand les noms des soldats tués avaient été divulgués.

Touchés par son histoire, un jeune américain quittant Los Angeles pour s’engager dans les rangs d’une unité combattante, nous étions présents.

Toute la mosaïque israélienne s’était retrouvée dans les allées du cimetière militaire du mont Herzl : Sabras, nouveaux immigrants, religieux, laïcs, séfarades, ashkénazes. Tous debout, sous le soleil de plomb du mois de juillet, pour rendre un dernier hommage à ce soldat, hier inconnu, et afin de soutenir sa famille.

En passant les portes du cimetière, j’avais une grande crainte. Je redoutais l’oraison funèbre des parents, Evie et Stuart, arrivés pour leur première fois en Israël, quelques heures plus tôt des USA. Ma hantise était qu’ils fassent preuve de colère vis-à-vis de l’Etat d’Israël. Cet État si lointain qui leur avait pris leur enfant.

Mais quand les parents de Max commencèrent à parler, les larmes coulèrent d’elles-mêmes sur mon visage. Evie et Stuart remerciaient l’Etat Juif. Ils exprimaient leur reconnaissance pour tout ce qu’Israël et ses citoyens avaient fait pour leur fils. Israël avait métamorphosé Max. Celui-ci était tombé amoureux de ce petit pays et de ses habitants qui l’avait accueilli comme un fils et comme un frère. Il s’était senti « à la maison » comme il ne l’avait jamais ressenti jusqu’alors.

Plus les parents parlaient, plus une phrase retentissait, de plus en plus fort, dans ma tête. « ארץ ישראל איננה דבר חיצוני, la Terre d’Israël n’est pas quelque chose d’extérieur ». C’est par ces mots que le Rav Avraham Yits’hak Kook commence son livre Orot Israël, « Les lumières d’Israël ».

Je n’avais jamais vraiment compris cette phrase jusqu’à ce mercredi du mois de juillet. Ce que la famille et les amis de Max décrivaient, c’était l’effet immédiat que cette terre et ses habitants avaient eu sur ce jeune américain.

Max avait découvert en Israël quelque chose qui l’avait profondément lié à cette contrée nouvelle. Faire son alyah, avait été pour lui, comme retourner à quelque chose de plus authentique, déjà présent dans le secret de son âme.

Chaque année, le jour de Yom Hazikaron est un moment où tout se fige en Israël. Pendant ces quelques heures qui précédent la joie de Yom Haatsmaout, nous nous arrêtons et nous rappelons le souvenir de ceux, sans qui, nous ne pourrions être là aujourd’hui.

Et ce souvenir nous ramène à nous-mêmes et à nos vraies valeurs ; à celles qui nous mènent ou bien nous freinent.

L’histoire de Max m’aura appris que certaines choses sont invisibles à l’œil nu, bien qu’elles tissent leur toile au plus profond de nous. Notre attachement à nos traditions et à nos valeurs est bien plus ancré que nous ne voulons parfois l’accepter.