Avec ce temps de neige et aussi les anémones qui poussent dans le désert… eh oui !

L’aurore boréale semble couvrir Oslo en dépit de l’histoire et de toute expérience raisonnable, alors que les Ukrainiens se font massacrer pour l’Etat de « Nouvelle Russie-Novarossiya » et que la paix devait surgir de Belarus (anciennement la Russie Blanche). Il est vrai que les amandes poussent vers le printemps, entre le monastère russe Gorensky et l’Hôpital Hadassah… sauvé de la ruine et de la corruption, sans doute l’un des lieux les plus « consensuels » d’Israël. Temple de la paix et Assemblée de toutes les nations pour guérir tous et chacun.

Est-ce absurde ? La question est qu’il faut tout pardonner… Sans être dupe, sans que les gens vous prennent pour un idiot, car c’est fréquent, surtout dans le monde religieux un peu trop cosmopolite de la Terre Sainte et Affiliées.

Il est possible de pardonner sans cesse, sans relâche, sans même que cela soit compréhensible ou humainement supportable. Dieu sait que nous pouvons pardonner. C’est ce qu’Il fait si nous le faisons d’abord. Nous en sommes plus rarement conscients.

Il y a un côté dérisoire sinon grotesque à affirmer cela dans un univers aussi paganisé. Même christianisé, le monde de la Foi authentique témoigne d’une bien pauvre capacité à pardonner.

La trahison, le mensonge se retrouvent toujours dans la corruption, dans le vagabondage de pensées qui se voudraient intelligentes et philosophiques.

Dieu est tellement Autre que nous avons du mal à comprendre que nous sommes créés à Son Image et à Sa Ressemblance.

Tel est le prix du Pardon. Savoir de manière intime, par quelque chose d’encore plus intime que l’intime conviction, que nous pouvons effacer, pardonner, racheter, oublier le mal et le dépasser, bref savoir que nous avons été rachetés. C’est l’âme du Kippour. C’est la respiration de la Communauté d’Israël.

Pourtant, celui qui pardonne ignore tout autant ce qu’il fait. Mais il agit ainsi d’une manière qui ne sera pas compréhensible, sinon peut-être sur un temps impossible à déterminer.

« Absous, remets, pardonne et rachète Dieu, / ainsi que toute la Maison D’Israël ainsi que l’étranger que demeure avec lui car toute le peuple (des êtres humains) a failli ». C’est sans doute l’une des prières les plus profondes d’Israël qui ignore le plus souvent que les traditions chrétiennes orientales la reprennent quasi mot pour mot.

Ne rejeter personne et tout supporter, en bien comme en mal. Il ne sert à rien de rendre le mal pour le mal. De rendre la haine pour le mépris.

On trouve toute une « faune » de « para-chrétiens en mal d’eux-mêmes, de Juifs inaccomplis, de personnes chrétiennes qui sont plus juives que les Juifs »; tout cela baigne dans une quête profonde d’identité qui ne peut s’effacer en quelques lignes corrigées et re-corrigées à la hâte pour cause d’ouverture au monde.

Que sont ces implosions de haine et de tueries sauvages, d’ignorance crasse des autres comme souvent de soi-même ou de ceux que l’ont affirment comme siens, ces brasiers de sang et d’irrespect ou chacun ne voit que sa tribu, son clan et s’étonne que les nations tremblent comme la terre ou les raz-de-marée.

Il y a alors une force spirituelle « inédite » : le pardon. Le pardon n’est pas la réconciliation. Je ne fréquente que des gens qui finissent par se détester à force de vouloir se réconcilier de manière fictive.

Voici ce qu’a vécu aujourd’hui l’Eglise de Jérusalem et que je reprends d’un article précédent :

Après l’office des vêpres du dimanche soir qui précèdent l’entrée dans le temps du Grand Jeune (Carême) qui débute le lundi […], le clergé et les fidèles accomplissent un rite profond et signifiant, riche. C’est le dimanche du pardon (прощеное воскресенье).

Le rite est très long et solennel dans la tradition slave. Après une série de prières de repentance et de pardon, le clergé de tout rang et les fidèles se prosternent deux par deux – face à face, se demandent mutuellement pardon pour toutes les fautes volontaires et involontaires, conscientes et non-conscientes et se relèvent en s’embrassant dans l’espérance de la Résurrection.

Le rite que nous accomplissons au Patriarcat grec-orthodoxe de Jérusalem, est succinct. Souvent le clergé et les fidèles échangent en grec un “Καλή Σαρακοστή!” (bonne quarantaine = de jeûne), voire souvent “Καλό Πάσχα! (Joyeuse Pâque)”.

Le Patriarche Theophilos a lu, au début une prière pénitentielle qui implore le pardon de Dieu. On dit “tzom kal – צום קל” (jeune paisible, simple) en hébreu. La phrase est curieusement un décalque de celle que l’on dit pour le Yom Kippur, comme si l’on devait mettre l’accent sur le jeûne – en fait, l’accent est sur le pardon et, en hébreu il serait logique alors de dire “shalom uslikhah – שלום וסליחה”.

Le rite provient du Kippour ou “Jour de Grand Pardon”. Le pardon s’exprime de manière constante dans la prière chrétienne, mais uniquement en grec, dans le Notre Père qui indique : “Pardonne-nous nos offenses (péchés, remets-nous nos dettes) comme nous avons déjà remis, pardonne à ceux qui nous ont offensé”.

Le mois nouveau de Adar (rosh chodesh Adar = ראש חודש אדר) a commencé à la veille du Chabbat. La lune est alors née et on peut se réjouir, le Yom Kippour katan יום כיפור קטן – ou “Petit Jour de Pardon” avait été avancé au vendredi

Ces petits Yom Kippour ont été instaurés au 16eme siècle par l’Ecole de Safed puisque la lune est éclairée par le soleil par des reflets qui laisseraient croire qu’elle paraît, naît, grandit, devient pleine puis diminue et disparaît.

Ceci montre une permanence physique dans la fidélité de Dieu qui s’exprime par une dimension de double reflet : de la blancheur lumineuse de la lumière du soleil sur la lune et de ce reflet de la lune sur la terre.

Peut-on tout pardonner ? La question se pose de façon très réelle à tous les niveaux de la société, mais aussi de la nature humaine.

Il y a la question de Simon-Kaipha à Jésus : “Combien de fois dois-je pardonner ? Sept fois ?” – Jésus répond : “Soixante-dix (-sept) fois sept fois » (Matthieu 18, 21). Que la mesure soit de 49 ou dépasse 50, il ne faut pas penser que c’est une mesure déterminée.

Elle excède précisément, dans sa symbolique, les 500 qui était la mesure ou middah (mesure parfaite dans le Temple). Il n’est pas question d’un bâtiment ou d’une mesure rituelle.

Il y a une « plénitude ou surabondance » d’une autre nature. Le pardon se trouve à cette mesure.

C’est en cela que le “pardon” est l’âme du judaïsme ET du christianisme. Cela dépasse toute chose démontrable ou explicable. C’est immatériel et pourtant le pardon est sans doute la forme la plus élevée, la plus difficile à atteindre pour l’être humain.

J’ai entendu des sermons, des homélies savantes ou apparemment persuasives et théologiquement fondées sur le pardon et la nécessité de pardonner. Face aux travaux pratiques, ces paroles se montraient fumeuses et ineptes.

L’âme du pardon est de tout supporter, non que tout soit supportable, loin de là. Mais, très souvent au cours de la journée, me viennent les paroles du psaume “Ils ne savent pas, ils ne comprennent pas – לא יודו לא יבינו”.

Ne pas savoir, ne pas comprendre pourquoi.

Au fond, cette année sabbatique et de repos pour la terre, de remise des dettes selon la tradition juive, coûte très cher. Une année tissée de conflits, de terrorisme inédit et mondial, de débauche et de corruption.

Rien de particulièrement nouveau sinon que les circonstances peuvent nous inciter à une profonde introspection, un vrai « ‘heshbon-nefesh/חשבון-נפש ». Justement, comment mesurer la cohérence de densité humaine ?

La joie, celle de « chouchan Pourim/שושן פורים », est un débordement de joie parce que Haman est mort.

Mais sait-on alors ce que l’on dit puisque les Juifs ont exécuté ceux qui les persécutaient (Esther 9, 5-11 et ss.) après que d’autres « se soient faits juifs/מתיהדים » « car la crainte des Juifs s’était appesantie sur eux, » comme le précise le Rouleau d’Esther (Esther 8, 17).

Nous devons y penser car la Megillah est ce rouleau bref qui rend compte du projet planifié de l’extermination des Juifs et de leur salut sans aucune mention du Nom Divin dans la version hébraïque.

Avant d’essayer de saisir le sens d’un texte qui semble un conte et qui décrit une réalité faite d’exterminations et de sauvetage in extremis, il est opportun de réfléchir sur la signification de cette revanche en forme de talion qui semble hors d’âge… où en sommes-nous ? Aujourd’hui ? Là, ces jours-ci ? Est-ce vraiment compréhensible et comment ?

Car la confusion qui nous a saisis et à laquelle nous participons tous – même par omission ou sans adhérer à des décisions qui nous dépassent – nous ramène constamment à l’interrogation sur ce qui est juste et bon ou pervers et tressé de bassesses.

Telle est la question car nous vivons trop de tendances « à éprouver des satisfactions dans l’exercice de la méchanceté ».

N’est-il pas curieux que le mot « perversion » vienne du latin « pervertere » qui signifie « retourner, renverser » comme dans le cas de la conversion-techouva/תשובה ».

Ce sont ces stratagèmes tortueux qui amènent à changer le bien en mal, avec un réel appétit de destruction. Et pourtant, la pensée hébraïque joue sur le paradoxe de facettes qui peuvent tourner du mal au bien, comme dans le film « Le Dictateur » où le tyran Adolf se mue imperceptiblement en Charlot, homme bon et juste.

La langue hébraïque est claire dans ses mots : « kèn/כן = oui » est lié à la racine « Kun, Kavana, kivoun, kohen/כון, כונה, כוון, כהן = diriger, intention, direction et sacrificateur) et s’oppose à « lo/לא = non qui s’écrit à l’inverse du nom de l’Eternel ». (cf. Matthieu 5, 37 : « Que votre oui soit oui, que votre non soit non, le reste vient du Mauvais »).

La joie du mois d’Adar est comparable à celle qui traverse le Grand Jeûne ou Quarante Jours (Carême) des Chrétiens d’Orient dans leurs célébrations faites de paisible quiétude et de confiance.

Elle commence surtout par le 7 Adar, jour de commémoration de la naissance et de la mort de Moïse. Une soirée et une journée d’étude car celui qui a foi est conscient qu’il ne sait rien ou bien peu de choses. Il est pourtant possible de chercher et d’y trouver cette tranquillité d’être vivant.

Dans des périodes de grande confusion, il est facile de donner des avis, des conseils qui s’avèrent vides, sans fondement. Les possibilités médiatiques mettent en scène en 24/24 –  7/7 des scenarii inconsistants, virtuels et surtout éphémères.

Je le redis sans cesse : à Jérusalem, il y a des âmes qui crient, hurlent – non seulement les vieilles souffrances de la persécution anti-juive. Il y a le cri de l’âme de tout habitant, de tout peuple, langue, nation, de souffrances si peu comprises et explicables qu’il ne semble rester que la solution de la déraison.

Il faut cependant savoir que, trop d’êtres humains, de créatures vivantes souffrent et que cela va bien plus profond que toutes les vidéos et notre chasse à l’événementiel.

C’est curieux : le véritable péché de Sodome et Gomorrhe est celui de l’exclusion. C’est une perversion invariante dans la douleur qui affecte l’être humain. Le Petit Kippour comme le temps de Jeûne conviennent à maîtriser des pratiques, des actions, des comportements sociétaux où rien n’est plus évident.

C’est là que tout est possible à l’Eternel et que le pardon prend son sens sur un chemin pascal.