Il faut savoir lire entre les lignes, et mon impression des extraits du rapport de Yossef Shapira, ne va pas plaire aux associations des droits des migrants, pas du tout.

Le rapport, ou du moins ce que j’en perçois par les extraits, n’encourage pas le gouvernement à régulariser, ou tout du moins à traiter les requêtes des demandeurs d’asile est africains, ça n’est pas non plus un rapport critique de la politique de détention à Holot (qui a pour but de cibler le plus grand nombre de migrants possible), ou une critique de la controverse quant aux destinations des pays tiers accueillant les demandeurs d’asile retournés volontaires (il convient de préciser que les politiques de Retours Volontaires Assistés sont toujours controversées mais pas propres à Israël).

Le rapport ne touche pas non plus au Temporary Protected Status qui permet aux migrants de demeurer en Israël, mais ne correspond pas à une résidence, en effet le statut ne leur permet pas de travailler ni de poursuivre leurs études. Très peu de demandeurs d’asile ont en leur main un permis de travail permettant de subvenir à leur besoin dans la légalité. Ici encore il faut reconnaitre que le TPS n’est pas unique a Israël, les Etats Unis l’ont utilisé, et prolongé d’ailleurs pour les Haïtiens sur le sol Américain, et que l’Union Européenne adopte une politique similaire pour pallier aux questions de réfugiés de courte durée, en donnant un statut de protection temporaire.

Ce rapport vient compléter la politique gouvernementale, l’auteur est clairement conscient que l’objectif n’est pas d’accorder l’asile aux migrants, et au contraire prévient l’administration des flux à venir, et les met en garde contre de futures critiques quant à leur traitement.

« Les solutions adoptées par le gouvernement, y compris l’expulsion des migrants vers un pays tiers leur [permission] de quitter volontairement le pays, et la création de centres de détention, permettront de réduire le nombre d’étrangers résidant en Israël, mais même si ces solutions sont mises en œuvre, il faut prévoir pour les années à venir un afflux de dizaines de milliers de migrants en Israël qui ne seront pas admis dans les centres de détention », énonce le rapport, notant que les centres Saharonim et Holot du sud ont une capacité maximale de 9 000 personnes.

Seuls les Erythréens ayant entré le territoire avant 2008 et les Soudanais avant 2010 peuvent être détenus à Holot, les flux de migrants ayant nettement diminués depuis, les dates choisies permettant de détenir le maximum de migrants possible à Holot.

M. Shapira, décrie l’absence de politique du gouvernement israélien quant à la question des demandeurs d’asile, cependant la réaction du Ministère de la Santé ne peut être plus claire :

« Le ministère de la Santé, cependant, explique que les migrants ne reçoivent pas de soins médicaux afin de les inciter à quitter le pays, et insiste sur le fait qu’un changement de politique devait venir des hautes sphères du gouvernement. » 

Le bureau du premier ministre a raison, le gouvernement a bien une politique officieuse et officielle : celle de l’attrition, rendre la vie aux migrants intolérable afin qu’ils participent au programme de retour volontaires assistés ou par leurs propres moyens.

D’ailleurs le refus par le gouvernement d’accepter ces critiques basiques quant à la dignité humaine tels que l’accès aux services de santé en dit long sur la mentalité qui prévaut au sujet des migrants dans les « hautes sphères » dont parle le ministère de la santé.

La question des demandeurs d’asile en Israël est pressante, pour une part parce qu’elle a débuté il y a maintenant  sept ans avec les départs des réfugiés soudanais en Egypte fuyant les persécutions sur place, mais perdure jusqu’aujourd’hui sans solution en vue pour les cinquante mille demandeurs d’asile.

Le débat est extrêmement polarisé les associations victimisent les migrants (Ce sont tous des refugiés !) et le gouvernement criminalise à large échelle (Ce sont des tous des infiltrés !). Il est clair que tous les migrants africains en Israël ne sont pas des refugiés de manière légitime, et n’obtiendraient pas le statut ailleurs qu’en Israël, et il est aussi absolument certains que ces migrants ne sont pas les fantômes des terroristes « infiltrés » qui ramènent le pays a de souvenirs traumatisants.

Ce qui est sûr c’est que l’absence de solution, les détentions indéfinies, l’absence d’accès aux services basiques met Israël en porte-à-faux avec ses obligations internationales.

Il convient bien sûr de ne pas oublier qu’Israël tente de se consolider comme Etat Juif, en conflit ouvert avec une grande partie de ses voisins, et que dans ces conditions il est peu vraisemblable qu’Israël régularise cinquante mille musulmans (africains de surcroit) sur son sol. Après tout le Liban n’a jamais régularisé la situation des palestiniens apatrides sur son territoire, pour donner un autre exemple régional, et ses refugiés sont maintenant la depuis plusieurs générations.

Mais Israël se veut une démocratie occidentale, et dans ce contexte, même si l’objectif n’est pas la régularisation massive, est ce qu’Israël veut se retrouver avec une population sur son sol, sans droit, ni statut, sans accès aux soins et services de bases ? Tour à tour criminalisé, marginalisé et victimisée aux grés des besoins politiques des « hautes sphères » ?

La migration est un paradoxe en soit, et la manière dont différents pays traite de la question change du tout au tout : les USA avancent vers une solution pour 11 millions de clandestins, tout en déportant 400000 personnes par an, la France déporte les Roms à tour de bras, l’Arabie Saoudite a déporté 120000 Ethiopiens dans un seul effort logistique.

La situation Israélienne n’est pas la seule loin de là, mais le gouvernement à une responsabilité quant aux gens qui sont sur son sol, surtout quand ils se présentent dans le besoin. Il n’a aucune obligation d’accorder l’asile a toutes les personnes qui le demandent, mais de respecter la dignité fondamentale des êtres humains est quelque chose que l’Etat Juif devrait comprendre, et promouvoir comme exemple dans la région.

Les réactions défensives des autorités et l’admission par le Ministère de la Santé parlent d’elles même: le gouvernement israélien ne respecte pas les droits basiques des migrants, et le fait dans le but précis de les encourager au départ.

On ne saurait être plus clair.