Depuis que la prédiction du passage au second tour de Marine Le Pen s’est réalisée, les médias, les réseaux sociaux et les personnages publics s’élèvent, s’emportent et se révoltent. Comment 7,7 millions d’électeurs Français ont-ils pu voter pour Marine Le Pen ?

La question est bien celle-ci, comment ont-ils pu voter pour Marine Le Pen ? Il ne s’agit pas de discuter du projet, ni de ses mesures qui ne sont pas plus extrêmes que celles de monsieur Mélenchon… Ce n’est pas son projet qui est remis en cause mais c’est sa personne, son histoire et son parti.

La majorité des opposants de Marine Le Pen attribue son succès a une campagne marketing, un renouvellement de la vitrine du Front National remisant les breloques racistes du père a l’arrière-boutique. Ils considèrent que les changements de direction et de discours que Marine Le Pen a initié il y a plusieurs années en prenant la tête du parti ne sont qu’une opération séduction mais qu’ils ne démontrent aucun remaniement en profondeur des éléments moteurs du parti.

Les opposants l’attendaient au tournant, ils étaient à l’affut du dérapage verbal qui allait enfin prouver au corps électoral français que Marine Le Pen n’était pas celle qu’elle prétendait, qu’elle était bien la digne héritière de son père et de ses frasques racistes.

Et comme attendu, l’occasion s’est présentée lorsque le 9 avril elle affirma sur les ondes de RTL que la France n’était pas responsable de la rafle du Vel d’Hiv. Levée de boucliers immédiate, malgré ses justifications tentant d’expliquer que la France à cette époque était à Londres, que sa position est relativement consensuelle dans l’histoire politique française : c’était effectivement celle de De Gaule ou Mitterrand. Le sujet abordé est miné, le réflexe anti-FN est déclenché. Il y a pourtant de quoi débattre : la France de Vichy, c’était la France. Le Maréchal Pétain a été élu, les pleins pouvoir votés, la police française a participé aux rafles. Les trois pouvoirs ont tous collaboré. C’était bien la France qui était responsable.

Cependant, cette réalité ne correspond pas à l’idée que Marine Le Pen se fait de la France. Sa France, c’est la France de la Résistance. Ses détracteurs peuvent lui opposer toutes les preuves possibles, rien n’y fera. D’ailleurs, ses détracteurs ne lui en donnent pas, le diagnostic est déjà tombé depuis longtemps : négationnisme génétique.

Ce qui est plus subtil, c’est que ses opposants la critiquent pour ne pas admettre que la France a été officiellement antisémite, qu’elle a sacrifié ses citoyens juifs pour une paix toute relative. Aujourd’hui, nombres de personnages publics et d’anonymes informatiques appellent à voter Macron parce que Marine Le Pen ne correspond pas à la France. En tout état de cause, elle ne correspond pas à leur idée de la France. Les réactions qu’elle provoque ne sont pas liées à son programme, mais à ce qu’elle représente. Ces personnes rejettent la possibilité d’un vote Le Pen pour la même raison qui pousse Marine Le Pen à dire que le Vel d’hiv ce n’est pas la France. Parce qu’elle ne correspond pas à l’image qu’ils se font de la France. Pourtant la réalité est toute différente. Cela fait plusieurs élections nationales que son parti et ses idées occupent une place majeure. En tout cas, pour 7,7 millions d’électeurs du premier tour, Le Pen, c’est la France.

S’en suit un torrent de consignes, d’injonctions à l’impératif et de jugements à l’emporte-pièce : « Il faut voter Macron ! » « Ceux qui votent Le Pen n’ont pas compris les dangers que cette dernière représente. ». Cette infantilisation des électeurs braque de plus en plus de Français qui en ont marre qu’on leur dise quoi faire. Les insultes, le sentiment de manipulation et autres arguments de mauvaises fois produisent un effet contraire : ils la favorisent.

Prenons l’hypothèse que le peuple Français n’est pas stupide et qu’il vote en conscience. Certes le FN a changé ces dernières années mais de deux choses l’une : soit il a assez changé pour répondre aux critères d’élection des Français, auquel cas, remettre en question son républicanisme est caduque.

Soit les critères d’élection des Français ont changé. C’est cette dernière hypothèse que les anti-FN refusent simplement d’admettre, jusqu’à renoncer à l’évoquer, même si la réalité les fait démentir.Le discours de Marine Le Pen trouve un écho en France. Refuser de l’admettre est absurde. L’attaquer sur d’autres considérations ne sert pas à combattre ce qui plait à une part importante de Français, à savoir ses idées.

La coalition de presque l’ensemble du paysage politique Français historique contre Marine Le Pen a un effet dévastateur si elle ne prend pas en considération ce qui attire de plus en plus de Français : ses prises de positions.

La non-élection de Marine Le Pen changera-t-elle la réalité de la société française ? Fera-t-telle disparaitre ses idées ? Cette élection présidentielle a vu le vote sanction s’imposer comme une arme majeure utilisée par les citoyens, le revers des anciennes personnalités politiques au pouvoir en est l’exemple.

À trop lui faire la leçon, le peuple Français va finir par retourner le bâton contre ceux qui le brandissent avec trop de mépris.