Le FN n’aime pas les populations arabes qui s’installent en France et c’est un euphémisme. Il fustige à longueur de discours les Musulmans mais il n’hésite pas à prôner les bonnes relations avec les pays arabes au nom de l’intérêt suprême du parti, – l’intérêt financier bien sûr.

Jean-Marie le Pen avait défendu le régime du président syrien Bachar al-Assad et s’était refusé à condamner la répression et les massacres en Syrie sous le prétexte que le président syrien « était aux prises avec une guerre civile ».

Par ailleurs, « il a regretté la paix qui régnait en Libye avant la chute du colonel Kadhafi ».

On se souvient surtout qu’en son temps, il avait également soutenu le président irakien Saddam Hussein. En 1990, lors de l’invasion du Koweït par les troupes de Saddam Hussein, il avait surpris l’ensemble du monde politique français en se déclarant opposé à l’intervention alliée. Joignant l’acte à la parole, il se rendit même en Irak rencontrer Saddam Hussein pour l’assurer de son soutien.

Sa fille Marine ne prend pas clairement position mais elle refuse de demander le départ du président syrien. De ce point de vue, elle suit l’idéologie de son père. On s’était toujours demandé quel sentiment animait le fondateur du FN qui ne cachait pas sa sympathie pour les régimes autoritaires arabes, peut-être parce qu’ils symbolisaient la force, l’ordre et le culte du chef omnipuissant.

Ce positionnement du FN n’est pas nouveau car il date des années 1980 qui ont vu la chute du mur de Berlin. Jean-Marie Le Pen, anti-communiste convaincu, défenseur de l’Occident chrétien, prétendait incarner la véritable droite, celle de Ronald Reagan. La chute du mur et l’éclatement de l’URSS avait déboussolé l’extrême-droite française qui avait perdu ses ennemis communistes à l’Est.

Alors le FN a reporté son combat à l’Ouest, contre les États-Unis accusés de défendre le métissage physique et culturel et d’étendre son hégémonie à travers le monde au point d’étouffer les identités occidentales. Dans cette logique de contestation systématique, le FN a défendu toutes les dictatures arabes contre les Occidentaux sous prétexte qu’ils persistent à tort à vouloir imposer la démocratie à des peuples qui n’y sont ni préparés et ni adaptés.

Marine le Pen a une position hésitante dans ce domaine, sans réelles convictions. Elle poursuit sa politique de dédiabolisation tout en composant avec les milieux anti-sionistes de son parti qui voient une justification à soutenir l’ennemi des Israéliens, Bachar Al-Assad.

Elle ne peut pas se permettre de se couper de cette frange pro-arabe et anti-sioniste mais, dans le même temps, elle veut développer ses relations avec la communauté juive et se rapprocher de l’État d’Israël qui ne cesse de la bouder. Cette compromission avec les pays arabes l’a rendue en effet suspecte aux yeux d’Israël qui a donc refusé toute normalisation avec elle.

Elle affirme cependant sa conception internationale en prétendant que « la chute des dictatures arabes laïques pourrait favoriser l’instauration des dictatures islamistes aux portes de l’Europe ». Mais cela ne l’empêche nullement de développer des relations cordiales avec l’Iran, pays islamiste.

Les raisons essentielles de ses relations avec les pays arabes sont liées à un besoin de financement du parti. L’argent n’a pas d’odeur. Aujourd’hui elle se tourne vers les Émirats Arabes Unis pour être financée sans que l’on ait d’informations sur les conditions posées à Marine le Pen. Il semble qu’elle se soit engagée à mettre hors-jeu le Qatar à leur profit.

Le Pen aux Emirats

Le marché proposé peut s’expliquer politiquement. En effet, le Qatar et les Frères musulmans sont des ennemis héréditaires. L’Arabie saoudite, le Qatar et les Émirats ne cachent pas leur lutte d’influence en France à coups de pétrodollars. Alors que le Qatar et l’Arabie interviennent dans le registre politique pour phagocyter les milieux politiques et diplomatiques français, les Émirats se positionnent en tête des investissements privés en provenance du Golfe en France.

L’actualité met les Émirats arabes Unis en première ligne comme source de financement du FN. Il n’y aurait pas d’opposition juridique à cette hypothèse mais la question de la contrepartie politique est ouvertement posée. On pense à une tête de pont FN pour introduire les Émirats dans l’économie française et dans sa politique internationale.

Le paradoxe tient surtout dans le fait qu’un parti ouvertement xénophobe tire ses sources de revenus d’un pays arabe. Le FN, qui axe l’essentiel de son discours sur la dénonciation de l’immigration maghrébine, qualifiée d’invasion arabe et musulmane, et qui en plus a été créé par d’anciens partisans de l’Algérie française et de l’OAS, tient un discours anti-américain radical et des propos qui démontrent un penchant pro-arabe.

Or il n’y a pas d’incompatibilité selon les dirigeants du FN. Wallerand de St-Just, trésorier du Front National, avait été clair au micro de France 3 : « S’il faut aller emprunter à l’étranger, nous irons emprunter à l’étranger, il n’y a aucune exclusive à ça. Que ce soit en Russie en Argentine ou aux États-Unis, et pourquoi pas au Moyen-Orient ». Voila qui est fait.