J’ai écrit sur l’importance de la visite du Pape François en Israël dans les relations judéo-chrétiennes. Sa décision de déposer une gerbe de fleurs sur la tombe de Théodore Herzl, fondateur du sionisme moderne 110 ans après que le pape Pie X lui ait dit: « Je ne suis pas en mesure de favoriser votre mouvement. Les Juifs n’ont pas reconnu notre Seigneur Jésus, par conséquent nous ne pouvons pas reconnaître le peuple juif. » démontre toute une évolution. Tout n’est évidemment pas réglé mais la direction est la bonne.

Mais il y a un sujet, trop souvent occulté dans la presse d’ici, qui mérite notre attention et la présence du pape en Terre Sainte est l’occasion d’en discuter: la situation des chrétiens dans la région qui a vu naître le christianisme.

L’État juif, un oasis pour les chrétiens

En vérité, la population chrétienne au Proche-Orient est en déclin partout… sauf en Israël.

Dans l’État juif, la population chrétienne est en croissance de près de 350% depuis l’indépendance. De 1995 à 2009, la communauté chrétienne a connu un taux de croissance de 26%. Par contraste, lorsqu’Israël a cédé Béthléem à l’Autorité palestinienne en 1995, 60% de la population était chrétienne. Maintenant, Bethléem est une ville musulmane, avec une minorité d’environ 20% de chrétiens. En fait, il y est même “difficile à un chrétien d’acquérir une maison ou un terrain parce qu’ “on ne cède pas la terre de l’islam à un croisé.’” (Le calvaire des chrétiens, Le Point no 1999, 6 janvier 2011, p. 42)

Selon le réverend canon Andrew White, alors vicaire de l’église St-George, la seule église anglicane d’Irak et dirigeant de la Foundation for Relief and Reconciliation in the Middle East, Israël est le seul endroit au Moyen-Orient où les chrétiens sont en sécurité.

Cette sitation est vraie malgré la campagne de vandalisme perpetrée par des extrémistes juifs, campagne qui a été fortement dénoncée par les autorités israéliennes et sur laquelle les forces policières enquêtent.

Danger dans les pays musulmans

L’écrivain Jean Mohsen Fahmy rappelait dans les pages du quotidien montréalais Le Devoir le 16 mars 2010 combien la situation des chrétiens est difficile au Proche-Orient.

De 20% de la population qu’ils représentaient il y a un siècle, ils forment maintenant 4% de la population proche-orientale. Certains les disent proches de l’extinction.

En Égypte, les Coptes, qui forment entre 5 et 10% de la population, ont peur. En 2013 seulement, 207 églises ont été attaquées et 43 églises complètement détruites. Certains coptes furent mitraillés à leur sortie d’église! Les coptes sont écartés de l’armée (centre du pouvoir), des forces de sécurité et des universités.

Les coptes sont très présents dans l’industrie touristique égyptienne. Lors de mon dernier séjour, j’ai eu l’occasion d’échanger avec plusieurs d’entre eux. Et lorsqu’ils baissent la garde, la crainte et la peur se perçoivent aisément.

En Syrie, depuis le début de la guerre civile, 450 000 chrétiens ont fui leur domicile et 1200 meurtres de chrétiens ont été répertoriés.

En Arabie Saoudite, seuls les musulmans peuvent être citoyens, juges et membres du gouvernement. Il y est même interdit de pratiquer une religion autre que l’islam (ce qui est ironique lorsqu’on sait que l’Arabie Saoudite finance la construction de mosques à l’étranger).

On le sait, les non-musulmans sont sous la coupe d’une interdiction complète d’entrer dans les villes de La Mecque et de Médine. Peut-on imaginer les cris qui seraient poussés si, par exemple, Israël empêchait l’entrée des non-juifs dans la ville sainte de Jérusalem ou si le Vatican empêchait l’accès de ses lieux saints aux musulmans?

Ceci est sans parler, si j’élargis un peu, du kidnaping de 250 jeunes chrétiennes par les islamistes du Boko Haram au Nigéria, les persecutions au Soudan ou en Somalie. Je pourrais – malheureusement – continuer longtemps.

Le christianisme: le religion la plus persécutée au monde?

Le christianisme est possiblement devenu la religion la plus persécutée du monde. Ses adeptes quittent les Territoires palestiniens, le Liban, la Syrie, l’Égypte, l’Irak, etc.

Et que fait l’Occident? Que disent les défenseurs des droits de la personne chez nous? Où sont les manifs? Les pétitions? Les campagnes de dénonciation? Les activités politiques en faveur des minorités chrétiennes? C’est comme si, se sentant coupable de son histoire, le monde occidental laisse à leur sort des gens qui, pourtant, ont de profonds liens avec lui.

J’espère que le pape profitera de son passage au Proche-Orient pour mettre le sujet de la situation des chrétiens sur l’agenda international des situations à corriger. Il est plus que temps.

Pour un dossier en profondeur de la situation des chrétiens au Proche-Orient, voir du Jerusalem Center for Public Affairs: http://jcpa.org/article/middle-eastern-christians-battered/