Lors de sa visite de 2009 en Israël, Benoit XVI était apparu froid, distant voire parfois insensible pour ses hôtes israéliens. En revanche, une telle sensation ne s’applique pas au séjour du pape François dans une partie du monde si complexe. Il est vrai que son voyage de trois jours a semblé toucher israéliens et palestiniens, avec son dynamisme et ses initiatives impromptues, en particulier pour la paix.

Ce qui restera probablement l’un des moments  forts de la visite du pape en Terre Sainte est en effet, son invitation historique lancée aux présidents israéliens et palestiniens, à venir « prier pour la paix, à la maison [au Vatican] ». Il s’agit, on l’aura compris de tenter de relancer, sous un prétexte religieux, un processus de paix bien moribond depuis la réconciliation entre le Fatah et le Hamas, intervenue fin avril.

Avec ses armes qui s’appuient sur une foi à priori inébranlable et à la caution morale que lui confère son titre de chef du Saint-Siège, François a bien respecté son rôle de médiateur, de pont, d’intermédiaire pour la paix. A cet égard, on ne peut que se féliciter de cette initiative qui souligne un fervent désir de s’impliquer dans certains conflits internationaux comme ce fût auparavant le cas, en ayant décrété une journée de jeûne pour la fin de la guerre en Syrie. La diplomatie vaticane n’en est donc pas à son premier coup d’éclat.

Le pape souhaite imprimer sa marque afin de rehausser son influence et le poids de sa parole sur l’échiquier international. Pourtant, on ne peut qu’être sceptique face à ses déclarations, aussi pacifistes soient-elles.

Non pas qu’il soit blâmable d’agir, d’amener les deux belligérants autour de la table. Toutefois, il reste que la réalité demeure indéboulonnable. Malgré la bonne volonté du Saint-Siège, il semble difficile d’envisager un résultat tangible à cette tentative de restaurer le dialogue tant le problème apparaît plus profond qu’une simple question de frontières ou de leadership. Il réside effectivement davantage, en une difficulté d’accepter l’autre, de son droit à résider sur un territoire donné, d’une éducation ancrée un déni de l’histoire, tel la présence antérieure du peuple juif en « Palestine », du côté palestinien.

Par ailleurs, on peut retenir deux autres symboles de la visite papale. D’un côté, la visite imprévue du mur de sécurité entre Israël et la Cisjordanie. De l’autre, le recueillement sur le mémorial du mont Herzl dédié aux victimes israéliennes des attentats terroristes. Avec ces deux éléments, le Saint-Père voulait donner une image d’égalité en termes de considération de la souffrance des deux peuples.

Il a refusé de paraître plus proche de l’un que de l’autre des forces en présence. Son but était de compatir, profondément, envers les souffrances de chacun et de proposer une vision juste, équitable et impartiale de la situation actuelle. Son succès repose probablement dans la séparation, plus ou moins réelle dans les faits, entre religion et politique.

A ce titre, on peut dire que le pari est réussi, puisqu’en se livrant à un numéro d’équilibriste, il a su ne pas froisser israéliens et palestiniens.