La reconnaissance par le Vatican de l’Etat imaginaire de Palestine vient jeter une lumière crue sur le sens de la mystique palestinienne de l’Union européenne et notamment de la France.

On sait que le modèle absolu du rapport du christianisme au judaïsme est la théologie de la substitution, à savoir l’affirmation que les Juifs n’incarnent plus la figure salvifique d’Israël mais les chrétiens, un « nouvel Israël ». Les Juifs ont cru, notamment avec la doctrine de Jean Paul II qui définissait les Juifs comme des « frères aînés », que la papauté avait abandonné cette doctrine.

La nouvelle théologie de substitution

La reconnaissance de la Palestine vient leur démontrer aujourd’hui qu’ils étaient bien naïfs. L’Europe métaphysique a trouvé dans le mirifique « peuple palestinien » le ressort d’une nouvelle théologie de la substitution, quoiqu’à la hauteur de sa propre démission identitaire puisque, désormais, l’Eglise n’incarne le nouvel Israël que « par procuration », en élisant les Palestiniens.

C’est-à-dire qu’elle poursuit toujours la relégation du peuple juif dont l’installation souveraine en Terre d’Israël représente depuis toujours pour elle quelque chose de spirituellement et théologiquement intolérable, au point qu’en élisant la Palestine, elle tente pathétiquement de brimer Israël dans son identité métaphysique et politique, le summum étant sans doute atteint avec le soutien à la redivision de Jérusalem qui verrait la muraille ouest du Temple de Jerusalem devenir le mur d’Al Bourak.

Pathétiquement en effet car l’Autorité palestinienne chasse systématiquement les Arabes chrétiens de Palestine avec la même intolérance qui est à l’œuvre dans le monde musulman aujourd’hui.

L’Etat concurrent

Sur l’échiquier symbolique et politique, la reconnaissance de la Palestine est, contrairement au mantra et au leurre programmé du « deux peuples, deux Etats » l’option d’un Etat concurrent d’Israël, sur la même terre, d’une dégradation du statut souverain du peuple juif, d’un abaissement symbolique de sa stature historique. Il ne faut pas être grand clerc pour le voir.

Déjà, c’est bien ce que déclare le nationalisme palestinien qui dénie à Israël toute légitimité, sur des bases tirées d’une guerre de religion contre le monde juif, menée sur toute la planète (« Boycott » et autres).

Mais c’est encore plus la conséquence qu’aurait cet Etat hypothétique sur le plan géopolitique, qui montre le dessein criminel du projet européen qui installerait une puissance hostile et terroriste au cœur du territoire israélien, diviserait son territoire national avec le couloir de Gaza, déplacerait 400 000 Juifs de Judée Samarie, condamnerait toute vie urbaine à Jérusalem, réveilerait l’irrédentisme des Arabes israéliens.

C’est dans cette impasse que l’Occident veut entraîner les Israéliens. Je ne vois pas autre chose dans cette folie qu’une sorte de vengeance métaphysique irresponsable.

La substitution « laïque »

Avec la résolution du Parlement français, votée, debout, sous les acclamations des députés, c’est d’une autre substitution qu’il s’est agi. Ces applaudissements donnèrent à cette séance l’intensité insoutenable d’un moment de fin des temps. Là aussi il faut comprendre la substitution, cette fois-ci « laïque » et politique.

Le statut symbolique et politique du destin collectif des Juifs dans la France d’après la deuxième guerre mondiale en est la clef. Ils avaient été exclus de la nation et d’une citoyenneté réputée individuelle, en masse, comme un peuple. Si la vie juive avait repris en France au sortir de la Shoah, c’est en vertu d’un pacte silencieux, passé au niveau de toute l’Europe qui redéfinissait ce destin collectif, non plus en termes tragiques et hors la loi mais en termes de reconnaissance politique et symbolique. La reconnaissance de l’Etat d’Israël en fut le symbole, en tout cas, aux yeux des Juifs européens.

Le vote pour la création d’un Etat concurrent et viscéralement hostile à l’Etat juif rompt ce pacte, non seulement dans une Union Européenne complaisante face à la flambée antisémite qui met Israël au ban de la morale et de l’humanité mais aussi active sur le plan international, avec l’ignoble menace de sanctions et de boycott, digne des années 1930, si Israël n’obtempère pas aux diktats d’une puissance qui fraie – la France vient d’en donner l’illustration – avec les dictatures et le commerce des armes, jetant déjà son dévolu sur les alléchants marchés d’un Iran atomique qui proclame ouvertement sa volonté d’exterminer les Juifs.

L’Europe joue ici son âme. Il faut espérer que le peuple juif souverain sache l’oublier, surtout résister à ceux qui en son sein répercutent cette injonction au suicide et se tourner résolument vers le continent asiatique, libre des fantasmes identitaires de l’Europe.

*A partir d’une tribune sur Radio J le vendredi 15 mai 2015