Certains citoyens israéliens ont dû s’inspirer des primaires françaises pour appliquer la même technique en Israël. En se souvient qu’en France, des électeurs venus de l’autre bord avaient pollué les élections internes pour faire élire le moins bon candidat.

Contre toute attente, Benoît Hamon avait pris la place de Manuel Valls tandis que François Fillon celle de Nicolas Sarkozy ou d’Alain Juppé. Par un système de vote faussé, les figures majeures des partis ont été éliminées au profit des seconds couteaux moins charismatiques.

En Israël, la situation est bloquée pour l’opposition car aucun parti n’est en position de devancer le Likoud qui caracole en tête dans les sondages en maintenant ses 30 députés, malgré les affaires judiciaires qui touchent le Premier ministre.

Des partisans d’un changement en douceur ont donc décidé d’agir de l’intérieur même du Likoud, en essayant d’influer sur l’ordre des candidats dans les listes aux prochaines élections. Ils ne se sont pas sympathisants du Likoud, n’approuvent pas l’idéologie du parti et seraient plutôt à l’opposé des thèses de la droite.

Ceux qui s’intitulent le « Nouveau Likoud », sont accusés d’être issus des rangs des travaillistes et de Meretz, et de vouloir prendre d’assaut le parti en s’inscrivant en masse pour participer aux prochaines élections.

Ils seraient déjà plus de 12.000 à s’être inscrits par Internet pour adhérer au Likoud afin de créer à l’intérieur une entité assez puissante capable d’influencer l’orientation du parti.

Le Likoud a pris tardivement conscience de la manœuvre et tente à présent de la bloquer parce qu’il estime qu’il s’agit d’une prise de contrôle hostile du parti et surtout d’une « méthode illégitime pour éliminer » politiquement Netanyahou.

Le parti a immédiatement suspendu les inscriptions en ligne et a prévenu que ceux qui auront agi contre lui seront automatiquement invalidés. Encore faut-il pouvoir les repérer dans la masse des nouveaux venus.

Aux dernières élections primaires de 2015, 96.651 adhérents étaient appelés à désigner leur dirigeant mais il n’y a eu que 50% de votants soit près de 50.000 voix.

Les 12.000 membres du « Nouveau Likoud » pourraient ainsi modifier de manière notable la désignation des candidats. Il est certain que ces militants n’ont pas l’intention de voter pour le Likoud aux élections législatives, même s’ils y adhèrent sans aucune conviction politique.

La décision de créer cette entité infiltrée n’est pas nouvelle ; elle date de la Révolution des tentes de 2011 durant laquelle les organisateurs avaient compris que le changement ne pouvait intervenir qu’à travers le parti au pouvoir.

Ils avaient espéré que les Travaillistes arriveraient au pouvoir mais ils ont déchanté en 2015 lorsque le «camp sioniste» a perdu. C’est à ce moment que l’idée du Nouveau Likoud a pris corps.

Le parti a tardivement pris conscience qu’un groupe puissant avait été créé sous son nez sans intention de suivre les directives du parti. Le Likoud a toujours eu la culture du chef suprême auquel on obéit, les doigts sur la couture du pantalon.

David Bitan, président de la coalition, a donc décidé d’agir vite. Il prétend que l’adhésion de ces nouveaux militants du Likoud est une « infraction pénale car il s’agit d’un réseau organisé de gauchistes qui veulent prendre le parti.

Le parti a le droit de se défendre. Si nous avons besoin de modifier la Constitution, nous le ferons ». En fait, le Nouveau Likoud a lancé une véritable OPA sur le parti mais en utilisant les procédures légales.

En revanche, ils démentent être des militants de gauche puisque la plupart d’entre eux ne sont pas encartés. Ils veulent le changement.

Ce n’est pas la première fois que le parti est pris d’assaut par un groupe contestataire. En décembre 2005, Moshé Feiglin se présenta au poste de leader du Likoud et obtint 12,5 % des votes en se classant 3ème sur 7 candidats, après Benyamin Netanyahou et Sylvain Shalom, ce qui constitua un très bon score et une grande surprise puisque ce n’était que la deuxième fois qu’il se portait candidat et n’avait jamais été élu ni à siéger à la Knesset ni à un quelconque poste gouvernemental.

Moshé Feiglin et ses amis d’extrême-droite avaient alors tenté de noyauter le Likoud pour empêcher toute concession politique et diplomatique qui comporterait un retrait des territoires. Ariel Sharon et Benjamin Netanyahou s’étaient alors battu ensemble contre ces factieux dont le nombre de sympathisants atteignait 7.000.

Mais les partisans de Feiglin ne connurent que l’échec. Ils n’avaient pas pu obtenir une quelconque victoire sur le désengagement de 2005 qui a bien eu lieu.

Moshe Feiglin n’a pas été élu à la Knesset de 2013. Une partie du groupe s’était par la suite totalement fondue au sein du parti jusqu’à ne plus se distinguer des militants fidèles tandis que d’autres, déçus, avaient quitté le parti. Faire de l’entrisme est une technique éprouvée dans les partis politiques. Parfois cela réussit, d’autres fois l’échec est total.

L’entrisme, terme issu de l’histoire du léninisme et du trotskisme, est une stratégie politique révolutionnaire qui consiste à faire entrer de manière concertée des membres d’une organisation militante dans une autre organisation rivale.

L’objectif est d’influer sur l’orientation et la puissance d’un courant d’idées au sein d’une l’organisation ciblée pour parvenir à infléchir la stratégie de l’ensemble de l’organisation. Certains électeurs du Meretz ou du parti travailliste veulent utiliser cette méthode qui crée le doute et la suspicion car elle rend difficile la détermination des bons militants du Likoud, des faux.

Le problème posé est difficile à résoudre. En effet imposer une période trop longue entre l’adhésion au parti et le droit de vote aux élections internes risque non seulement de décourager les nouveaux venus mais surtout de scléroser les instances dirigeantes qui finissent par vieillir et ne plus être efficaces.

Le Likoud a déjà pris des mesures contre les modalités d’inscription en ligne. Les nouveaux militants doivent se rendre, en personne, dans les bureaux du parti. Cela ne découragera pas les partisans du Nouveau Likoud, dès lors où ils ne sont pas fichés par ailleurs.

Les « Nouveaux Likoudniks » nient les accusations portées contre eux : « Nous ne prévoyons pas un coup d’État, nous ne sommes pas une cinquième colonne. Nous sommes là pour ramener les valeurs du Likoud à savoir une société exemplaire, une éthique et une moralité, en luttant contre la corruption et pour le droit.

Ce sont les valeurs qui devraient conduire le mouvement du Likoud. Ce sont les principes qui l’ont mené depuis ses jours de gloire. La suspension des adhésions est une action inappropriée et nous appelons le Likoud à permettre à nouveau au public de se joindre en masse».

l n’est pas certain que l’opération du Nouveau Likoud réussisse mais il s’agit d’un coup de semonce sérieux à l’intention du parti majoritaire qui devrait trouver une parade démocratique à l’afflux de nouveaux adhérents. Le risque est que les candidats voulant entrer au parti soit découragés et partent rejoindre une autre formation à droite ou au centre.

Cela est d’autant plus gênant qu’au même moment, le parti des sionistes religieux est dans la tourmente, déchiré à la suite d’une controverse.

Un haut membre de la direction du parti Bayit Hayehudi, le rabbin Israël Rosen, considéré comme l’un des plus grands rabbins du mouvement sioniste religieux, a annoncé qu’il démissionnait du parti en raison de l’emploi d’une porte-parole lesbienne par le président du parti et ministre de l’Éducation, Naftali Bennett.

Il risque d’être suivi par d’autres membres éminents. Le député Moti Yogev a déclaré à la Radio de l’armée qu’il « n’emploiera jamais de porte-parole lesbienne ». Le ministre de l’agriculture, Uri Ariel, a également attaqué Bennett pour son indulgence envers la communauté homosexuelle : « Bennett ne trouvera pas des électeurs parmi les hipsters [1] à Tel-Aviv, et ne les trouvera pas parmi les couples de même sexe ».

Dans ce brouhaha politique, Avi Gabbay aurait pu profiter de la situation pour faire entendre sa voix et faire venir à lui les déçus d’une certaine politique. Pourtant il se prétend ni de droite et ni de gauche. Mais il est inaudible. L’avenir dira si sa stratégie a été payante.

[1] Hipster : désigne un individu n’ayant pas adopté certaines habitudes consuméristes et socio-culturelles et se démarquant par un style vestimentaire et une attitude anticonformiste.

https://benillouche.blogspot.co.il/2017/08/le-nouveau-likoud-ou-lart-de.html