Jamais je n’ai été aussi heureux de toute ma vie, comme si d’un seul coup, le ciel au dessus de ma tête s’éclaircissait et que tout devenait limpide. Mon mariage vient de fondamentalement changer mon existence et loin de moi l’intention de bouder mon plaisir.

Je suis en train de prendre les commandes, de naviguer ma propre embarcation et suis certain d’avoir choisi la meilleure des partenaires pour mener notre navette à bon port. L’année ne pouvait pas débuter de meilleure manière, cette décision s’avère déjà être comme ma femme, celle qui fallait prendre.

Tant de bonheur et d’excitation jaillit de moi, je n’ai pas soupçonné auparavant qu’il était même possible de s’approcher avec tant d’exactitude de la source même du ravissement, d’une si belle et infinie fontaine de joie.

Alors que j’écris ces quelques lignes, une curieuse pensée me traverse l’esprit , à quoi bon vous partager mon exultation et mes éclats de contentement? Pourquoi ai-je besoin de vous mettre sous le nez ces mots doucereux à la si banale odeur de rose ?

Ai-je oublié dans quel monde je vis pour me permettre un tel déchaînement d’amour et de passion ?  En une seule fois, je perds mes certitudes, comme si j’avais illicitement subtilisé un droit qui ne me revenait pas, ou en tout cas devait m’être restreint.

Mes frères se font assassiner aux portes de notre saint Kotel, à l’entrée des shopping center et aux stations de bus …et moi, je me pâme et me délecte plusieurs semaines après avoir vécu mon grand jour et vous déballe tout ça sans trop de pudeur. Ne serait-ce pas un peu déplacé ?

L’empire russe contre attaque à la frontière nord, ayant conclu un pacte avec l’Iran et le Hezbollah, la Syrie est à feu et à sang depuis 4 ans… Je reste toujours indifférent.

Si seulement je pouvais trouver les mots pour vous décrire cette sensation unique et imperceptible qui traversa mon corps entier alors que je m’avançais vers la houppa. Pendant la cérémonie même, sous le dais nuptial, j’étais comme illuminé d’une subtile et douce présence venue d’un autre monde, comme si ce moment contenait à lui seul les clefs de mon passé et de mon avenir.

À Gaza le terrain est de retour à sa situation par défaut: en ébullition. Cette fois-ci avec la Judée et la Samarie qui semblent être au bord de l’explosion, cela risque vraiment d’être le début d’une terrible vague de violence. Nul ne sait quelle sera l’issue de ce nouvel acharnement de haine.

J’aimerais tant rester sous cette houppa, continuer à toucher à cette sensation d’unité et de félicité. Des que je me rapproche, elle me semble à nouveau s’éloigner mais je parviens encore à la frôler du bout des doigts et alors le souvenir entier de ce corps qui tremble de tout son être s’empare de moi.

Le mois prochain je repars en milouim, mes réserves à l’armée c’est à mon tour de monter la garde et de protéger les miens. La réalité est si compliquée dans notre région, il n’y a rien à faire, impossible de descendre sa garde.

Il n’y a rien à faire non plus contre l’euphorie de mon mariage que je refuse de laisser s’estomper. Apparemment la vie d’un adulte responsable est colorée de ces contrastes, je préfère embrasser tous ces paradoxes que de les laisser me miner le moral.

J’aime tellement la vie et ma femme, le reste ne devrait être qu’un bruit de fond, un décor momentané dans lequel il serait  parfois plus ou moins agréable d’évoluer, ce que j’ai dans les mains, lui est inestimable et est le seul combat qui devrait être mené ; celui de pouvoir toujours aimer.