Quatrième volet dans le cadre d’une série d’articles présentant le livre de Ben-Dror Yemini, « L’industrie du mensonge » à paraître bientôt en français aux éditions Berg International.

Edward de Bono explique dans son livre « La pensée latérale », le mécanisme des associations de la pensée. Il décrit des « entonnoirs d’associations » qui freinent et restreignent le sens critique ou la créativité.

Ainsi, le mot « pneu » tombe dans un entonnoir d’associations qui mène aux voitures ou à la couleur noire alors que le nom « Israël » tombe dans d’autres entonnoirs, beaucoup moins probants.

Le problème est dû au fait que ces derniers ont été créés par une couverture médiatique omniprésente, et surtout une quantité inimaginable de mensonges à l’encontre de l’État hébreu. Malheureusement, cette couverture n’est pas seulement le fait de parias ou d’excentriques mais aussi celui de gens ayant une influence et un impact important sur la scène internationale.

Clare Short ancienne secrétaire d’État au développement international du gouvernement de Tony Blair nous dit que « L’oppression du peuple palestinien est une des causes principales de la violence dans le monde » .

Pendant la seule année de 2013, l’ancien secrétaire d’État Américain John Kerry est venu une dizaine de fois en Israël dans le cadre des pourparlers entre Palestiniens et Israéliens alors que pendant cette même année, il y a eu des dizaines de milliers de victimes dans des dizaines de conflits qui n’ont pas retenu ne serait-ce qu’une attention médiatisée du secrétaire d’État américain.

Le conflit Israélo-palestinien a, pour sa part, engendré 36 victimes palestiniennes pendant cette même année. Ce sont 36 victimes de trop, mais c’est encore moins que la moyenne journalière de beaucoup d’autres conflits à travers le monde.

Aron Gandhi, le petit-fils du Mahatma Gandhi a écrit sans sourciller que : « Nous avons créé une culture de violence (Israël et les Juifs en sont les plus grands acteurs) et cette culture de la violence va, éventuellement, détruire l’humanité » . La liste est longue et exhaustive, et c’est elle qui crée les entonnoirs d’associations dont parle De Bono.

Il est compréhensible, dans ce contexte, que des sondages montrent que le monde occidental est persuadé qu’Israël est responsable de la mort plus de 1.5 millions de Palestiniens durant la guerre d’indépendance et qu’ils ont perpétré des actes flagrants de génocide.

À chaque recrudescence de ce conflit, Israël se retrouve devant des accusations de disproportions par les mêmes Occidentaux qui, plusieurs décennies plus tôt, justifiaient les milliers de victimes civiles Allemandes pendant les bombardements alliés sur Dresde par exemple.

Il est ridicule d’essayer de chercher une déclaration prétendant que les Allemands ont été victimes d’une tentative de génocide à l’époque. Le décompte des victimes n’était pas un argument pour mesurer la sévérité du conflit et personne dans le monde n’a, à aucun moment, réclamé une proportion dans les réponses Anglaises aux attaques de l’Allemagne.

Cependant, aujourd’hui, la sévérité du conflit est souvent mesurée par le nombre de victimes tel qu’il est perçu et non pas tel qu’il est. Pourtant, les chiffres perçus sont très loin de la vérité, qu’elle soit relative ou absolue.

Combien de Palestiniens ont été victimes du fait de la guerre avec Israël en 1948 ? Combien de Palestiniens ont été tués par des Israéliens et combien par des musulmans ? Combien d’Arabes ont été tués par les juifs pendant les années de conflit et combien par d’autres Arabes.

Et surtout, est-ce que ces chiffres témoignent d’un conflit démesuré en comparaison à d’autres conflits similaires ? Afin de pouvoir répondre à ces questions, il suffit d’aller, une fois n’est pas coutume, dans les sites de données statistiques ouverts à tous sur la toile.

La tâche n’est pas immédiate car il faut savoir trier les sites farfelus, les mensonges et les contre-vérités afin de ne pas tomber dans des chiffres biaisés. Les deux côtés pèchent par la propagande et le populisme, il faut le dire, mais il y a suffisamment de sources sérieuses pour ceux qui veulent bien se donner la peine de les chercher.

La guerre d’indépendance de l’Algérie qui s’est déroulée peu après l’indépendance d’Israël a fait plus d’un million de victimes selon les sources officielles. Les sources françaises qualifiées de tendancieuse parlent, elles, de 250 000 victimes en plus des 1 000 000 de musulmans qui se sont opposés au FLN.

Les massacres ont continué après que les Français eurent quitté le pays avec des estimations allant de dizaines de milliers à 150 000. Des émeutes créant une guerre civile après des élections contestées ont engendré plus de 100 000 autres victimes.

Deux guerres civiles au Soudan se sont soldées avec 500 000 victimes dans la première et près de 1.9 millions dans la deuxième selon des estimations modérées. Les réfugiés eux se comptent par millions. Les massacres ayant frappé la région de Darfour ont été estimés par le Lancet à près de 300 000 morts.

Le tristement célèbre Biafra ou la population a été affamée a mort a perdu plus de 300 000 hommes, femmes et enfants dans les combats et près de 3 millions sont morts de faim et de maladie, affamés intentionnellement.

Personne chez les officiers de l’armée de l’air égyptienne, y compris un certain Hosni Moubarak, n’a été poursuivi en justice pour avoir délibérément abattu les avions de ravitaillement.

L’invasion Russe en Afghanistan a créé près de 900 000 victimes. Après les Russes, et avant l’invasion américaine, quelque 400 000 tués ont été recensés. Après l’invasion américaine, qui a été vivement contestée par le monde en général, il y eut entre 47 000 et 61 000 victimes.

En Somalie, 50 000 habitants ont été éliminés sous le règne de Mohamed Siad Barre entre 1969 et 1990. Depuis la fin de ce règne sanguinaire, près de 500 000 personnes ont perdu la vie suite à une guerre civile interminable.
La volonté d’indépendance du Bangladesh a été étouffée par le Pakistan qui a envahi la région et tué près de deux millions de civils.

Cette liste aussi est malheureusement longue et comporte d’autres pays et d’autres régions comme l’Indonésie avec plus d’un million de morts, l’Irak de Saddam Hussein – des millions de morts -, le Liban – plus de 150 000 victimes et dont le chiffre le plus exagéré inculpé à Israël se tient à 18 000, le Yémen – 150 000 victimes, la Tchétchénie – entre 50 000 et 100 000 victimes – et les conflits limités comme ce fut le cas en Jordanie en 1970 (30 000 Palestiniens), le Tchad (75 000 civils), le Kosovo (10 000 morts), le Tadjikistan (50 000), la Turquie et ses 40 000 Kurdes décimés ou encore la Syrie avec une moyenne de 6 a 8 morts par heure depuis près de 5 ans (et à l’heure où ces lignes sont écrites, ce massacre continue).

Ces chiffres sont terrifiants. Ils sont aussi inconnus, tout comme les chiffres des victimes palestiniennes en général.

Le conflit israélo-Arabe a causé un maximum de 13 000 victimes palestiniennes dans la guerre de 1948 et au plus 11 000 Palestiniens depuis la conquête israélienne de la Judée, la Samarie et la bande de Gaza en 1967.

Le total des victimes Arabes depuis le début du conflit est évalué à 100 000, chiffre comprenant les guerres de 1948, 1956, 1967, 1973, les deux guerres du Liban et les différentes opérations militaires d’Israël qui ont toutes été défensives ou préventives.

Il est important de dire une fois de plus que chaque homme tué et chaque enfant meurtri sont un monde anéanti et des rêves qui se sont brisés. La mise en place de cet indice, tel qu’il apparaît dans le livre de Yemini, ne veut pas banaliser la mort ni minimiser le drame du conflit Israélo-palestinien.

Il ne veut en aucun cas blanchir l’État Hébreu des erreurs commises pendant les combats ni celles qui ont pu être commises pendant les pourparlers quels qu’ils soient. Il est cependant important de comprendre les proportions du conflit afin de savoir lire les déclarations ridicules de ceux qui disent que nous sommes en face d’une « culture de la violence qui va, éventuellement, détruire l’humanité ».