Pendant de nombreuses années, une des principales idées reçues en politique internationale était que si le conflit israélo-arabe était résolu, l’immense région s’étendant du Maroc à l’Inde serait beaucoup plus stable, beaucoup moins violente et que les relations entre l’Ouest et le monde musulman seraient plus harmonieuses.

Combien d’experts ont-ils répété ce point de vue comme un mantra ? Nous n’étions qu’une petite minorité à être dissidents.

Maintenant, cette vision des choses est évidemment dépassée. Seuls quelques irréductibles persistent à voir les choses à travers ce prisme.

Attention ! Je ne dis pas que le conflit israélo-arabe doit être mis de côté, voire oublié.

Ce que j’affirme cependant, c’est que la situation entre Juifs et musulmans est somme toute secondaire dans les convulsions qui secouent la planète – et que la résolution de celle-ci ne serait pas la baguette magique que plusieurs pensaient.

Qui sérieusement pense que l’établissement demain matin d’un État palestinien réglerait :

– La guerre civile en Syrie, qui est maintenant un cauchemar géopolitique ayant causé près de 200 000 morts dans lequel le Hezbollah chiite libanais et ses maîtres iraniens luttent aux côtés du régime alaouite de Bashar al-Assad contre des extrémistes sunnites eux-mêmes divisés en plusieurs groupes, notamment l’État islamique ?

– L’avancée et les atrocités de l’État islamique en Irak, groupe barbare qui décapite, crucifie, massacre allégrement, vend des femmes en esclavage ?

– Les divisions de plus en plus violentes en Libye, qui n’a presque plus rien d’un État fonctionnel, sombrant plutôt dans le tribalisme de ses différentes composantes ?

– Les différences de plus en plus prononcées entre les différents groupes composant le Liban, accompagnées d’une prise de contrôle de plus en plus effective par le Hezbollah sur la vie nationale libanaise ?

– La fin des persécutions des chrétiens dans le monde musulman et stopperait ainsi la fuite de ceux-ci vers l’Occident ?

– Le problème crucial du non-respect des droits de la personne dans tout le monde musulman ?

– La marche de la Turquie vers un régime de plus en plus autoritaire, de moins en moins laïque, de plus en plus conservateur et islamiste sous le contrôle de l’ex-Premier ministre, maintenant président Erdogan ?

– Les tentatives iraniennes de se doter d’armes de destruction massive ?

– Les exactions du groupe islamiste Boko Haram qui lui aussi massacre et kidnappe des jeunes filles pour les vendre en esclavage ?

– L’établissement de zones contrôlées par al-Quaïda au Yémen ?

– La situation difficile des femmes en Arabie Saoudite et ses pays
voisins ?

– L’inexistence de liberté de parole, de pensée, de religion ?

– Les conflits entre sunnites et chiites qui déchirent le monde
musulman ?

– Etc.

Je répète : je souhaite que le conflit entre Juifs et Arabes, entre Israéliens et Palestiniens se règle sur la base de deux États pour deux peuples.

Juifs et Palestiniens, formant des nations, ont le droit à l’auto-détermination.

Mais l’attention démesurée accordée à ce conflit a détourné l’attention de la communauté internationale de situations plus urgentes et plus dangereuses.

L’instabilité dans la région, combinée à la situation explosive en Ukraine et un affaiblissement marqué du leadership américain sous la présidence de Barack Obama, fera en sorte que l’avenir proche sera marqué par une complexification des enjeux géopolitiques dont l’issue est loin d’être claire.