Monsieur le ministre,

La survivance du yiddish, sa capacité d’adaptation à des lieux et des environnements sans cesse nouveaux, de même que sa créativité phénoménale, doivent être finalement portées au crédit de ses porte-parole, les Ashkenazes.

Toutefois, son histoire, inextricablement liée aux vicissitudes, illustre la parfaite imbrication du destin du peuple juif. La capacité des cultures minoritaires à déborder les frontières politiques dépend, bien sûr, de la présence d’un environnement qui permette l’épanouissement des langues minoritaires.

Il a été parlé par les deux tiers des Juifs du monde, soit onze millions de personnes à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Depuis la Shoah, au cours de laquelle la majorité de la population juive d’Europe a été exterminée, il est en voie de disparition. Et l’Etat Israélien le considère comme un obstacle au développement de l’hébreu moderne et tente de l’étouffer à petit feu.

Avec le yiddish, nous sommes au carrefour de plusieurs intérêts : à la fois, voie d’accès au judaïsme traditionnel et manière de se réapproprier ce que fut la culture juive d’il y a soixante-dix ans. Ceci se ferait avec la complicité du gouvernement Israélien.

Mais de nos jours, le gouvernement témoigne au mieux de l’indifférence, au pire de l’hostilité à l’égard de la culture yiddish, considérée comme un héritage de l’exil, – alors qu’il existe pourtant une littérature yiddish en Israël, bien qu’elle soit minoritaire. Il s’est maintenu en tant que langue principale dans certaines communautés en diaspora comme en Israël.

En France, cet intérêt se développe peu à peu. De plus, on assiste à un regain d’intérêt pour le yiddish, en particulier en Europe, aux Etats-Unis et mine de rien, en Afrique. Aujourd’hui, au moment où dans le monde, les États réhabilitent les langues minoritaires, on aurait pu croire que le yiddish et l’hébreu entretiendraient des rapports de complémentarité, de connivence non seulement en raison du bilinguisme interne dans le système scolaire israélien.

Oït Azoï