Depuis plus de deux ans, l’Association de la Coopérative des Transports de Jérusalem exploite des minibus pour ses membres le week-end.

L’Association compte aujourd’hui des milliers de membres, dont la plupart n’ont pas de voiture et dont beaucoup n’ont pas de permis. Beaucoup sont des soldats, y compris des soldats seuls, qui veulent passer leurs week-ends avec des amis ou des proches qu’ils ne peuvent voir autrement.

Ils comptent sur la Coopérative pour leur permettre de voyager dans des lieux à des moments où les transports publics ne sont pas opérants, le jour du Shabbat.

Etant donné que ce service est considéré comme privé, disponible uniquement aux membres enregistrés, leurs conseillers juridiques sont certains qu’ils sont parfaitement légaux. Alors pourquoi le ministre des Transports, Yisraël Katz, a-t-il déclaré qu’il prévoyait de l’interdire ?

Katz cède à la pression de plusieurs députés ultra-orthodoxes qui ont déclaré publiquement qu’ils prévoyaient de durcir leur position contre toute activité gouvernementale le jour du Shabbat, y compris ce qui a été au préalable accepté comme nécessaire, les importants travaux sur les trains.

Ces députés n’ont certainement pas l’intention de permettre au ministre des Transports d’instituer des transports en commun le week-end, malgré les récents sondages qui montrent que 73 % de la population juive en Israël sont pour, ainsi que 20 % de la population israélienne non juive.

Bien que la Coopérative ne soit pas un moyen de transport en commun public, la fermer peut être un moyen pour Katz de gagner la faveur de ses collègues ultra-orthodoxes ou de les apaiser, au moins pendant un certain temps.

Mais en plus d’être un moyen de fournir à Katz quelques avantages fugaces au sein de la coalition, cibler la Coopérative et la question du transport le jour du Shabbat – ou plutôt son interdiction – est peut-être l’exemple le plus flagrant des liens inquiétants entre gouvernement néo-démocrate et coercition religieuse.

Après tout, les gens qui possèdent une voiture n’ont aucun problème à se déplacer le samedi. Le gouvernement se soucie-t-il de ceux qui n’en ont pas ?

Les députés dont les voitures sont payées par les contribuables, ou les ministres comme Katz qui ont aussi des chauffeurs, n’ont aucune idée de la frustration ressentie par les autres, piégés dans leurs maisons quand Shabbat arrive et sans possibilité de sortir pendant plus de 24 heures, toutes les semaines.

Le fossé entre les gens qui profitent de leur temps libre le week-end et ceux qui se sentent emprisonnés n’est pas seulement une question de religion mais un problème d’injustice sociale.

Cette coercition religieuse qui persiste et se propage est la collusion entre les élites économiques qui négligent les gens qui ne peuvent pas s’acheter une voiture et la détermination des extrémistes religieux à imposer leur mode de vie aux autres.

Ces deux groupes, agissant ensemble, engendrent les conflits qui creusent les divisions dans la société israélienne. Ils ont cimenté une coalition gouvernementale qui rassemble ces groupes, mais qui dissocie tous les autres.

Des problèmes similaires se retrouvent dans beaucoup d’autres problèmes qui sont généralement considérés comme des problèmes de religion et d’État.

Que font les Juifs non religieux en Israël s’ils veulent se marier ? Ils peuvent aller à l’étranger, à Chypre ou plus loin, et profiter d’une belle cérémonie. Ils peuvent payer un rabbin non orthodoxe pour les unir.

Mais s’ils ne peuvent pas se le permettre, ils n’auront pas d’autre choix que de se tourner vers un rabbin local ; même s’ils n’ont absolument aucune croyance religieuse et pensent que les pratiques religieuses sont superflues et étrangères à leur mode de vie.

Au quotidien, ils sont forcés, souvent inconsciemment, de payer un supplément sur pratiquement tous les produits alimentaires – sur l’eau et autres produits ménagers – pour soutenir des niveaux de casheroute qui n’ont aucun sens pour eux.

Depuis que les dépenses gouvernementales pour l’éducation dans les périphéries ont diminué, plus de parents envoient leurs enfants dans des écoles religieuses subventionnées, même si leur prosélytisme flagrant est carrément offensant.

Toutes ces situations existent en raison d’une alliance impie entre des représentants religieux intolérants et des groupes économiquement privilégiés qui sont soit insensibles ou tout simplement ignorants.

Les chefs religieux qui croient que la coercition est un moyen de répandre ou d’encourager l’adhésion religieuse se trompent : ce qui est forcé ne sera probablement pas bien reçu.

Le même plat offert d’une manière appétissante ou forcée provoquera des réactions opposées, tout comme les tentatives de forcer et d’imposer l’adhésion religieuse.

L’acquiescement cynique de dirigeants politiques tels que Katz, qui est lui-même complètement laïc, devrait lui coûter le soutien du public. Comment cette alliance peut-elle être rompue ? Ce ne sera pas facile.

Les dirigeants ultra-orthodoxes qui veulent se joindre à la coalition qui leur offre la meilleure entente se moquent de la démocratie et de l’idéologie politique. S’ils devaient répondre aux demandes du public, il y aurait des transports en commun, des mariages civils et de meilleures écoles demain.

S’ils avaient des principes politiques, leurs chartes de partie incluraient plus que l’aspiration à faire d’Israël un état halakhique.

De plus, si le gouvernement se sentait responsable envers tous les citoyens, il n’ignorerait pas de façon aussi flagrante les lois existantes – qui comprennent des clauses pour les transports publics – ainsi que l’opinion publique.

Ils préfèrent voir ceux qui les financent plutôt que ceux qui votent pour eux. Ceux qui s’opposent en principe à la coercition religieuse doivent se joindre à ceux qui n’ont pas d’autre choix.

Essayez de gérer un week-end sans votre voiture, sans devoir vous envoler à Chypre pour vous marier, et imaginez comment vous vous sentiriez si la seule façon que votre enfant soit pris en charge jusqu’à 16h00 est de l’envoyer dans une école dirigée par le Habad.

Les Israéliens doivent se réunir, s’organiser et changer les choses.

* l’auteur est la présidente du conseil (un poste de bénévole) de la Jerusalem Cooperative Transportation Association, une organisation à but non lucratif autorisée.