Vous avez aimé le Macron communicant de 2017 qui installait frénétiquement ses pouvoirs sous les ors de la république ? Vous allez adorer le Macron de cette année, acteur agissant sur les événements et les structures.

Cette période des vœux, naturellement propices aux verbiages les plus divers lui offre l’occasion de sculpter sa posture, de tracer son sillon, bref d’élaborer cette fameuse ombre chinoise qui sera le label identificateur de son quinquennat.

Les vœux traditionnellement classiques qu’il avait livrés aux Français avait un seul message : booster le gouvernement de ce Premier ministre toujours inconnu malgré ses deux prénoms, Édouard Philippe, de testostérones de la transformation profonde, « la réforme » étant devenue dans le langage politique ambiant aussi désuet qu’obsolète.

Il fait « agir », il faut continuer à « faire », il faut, comme dirait l’adage populaire, « frapper le fer quand il est encore chaud ». D’où ce paquet de projets de loi transformatrices annoncé pour cette année qui couvre un spectre large d’économie et de societé. Une stratégie du choc de la transformation qui part du constat que les Français sont actuellement disponible à accepter les thérapies les plus clivantes, les potions les plus amères. Leurs formes d’opposition politiques et de résistance syndicales ont été subrepticement démantelées pour les uns, anesthésiées pour les autres par un tsunami nommé Macron.

Puis vinrent les vœux catégoriels. Emmanuel Macron a eu l’occasion de déployer la palette colorée de ses pinceaux. La presse et les journalistes furent gâtés puisque les premiers, après les Français, à recevoir l’onction de l’Elysée. Entre Emmanuel Macron et les journalistes, l’histoire est encore à écrire. Dans la genèse de l’aventure Macron, les médias mainstream furent accusés d’avoir eu les yeux de Chimène pour cet étrange astre de la politique venu de nulle part installer une nouveau monde sur les décombres de l’ancien. Emmanuel Macron fut comparé à l’époque à une bulle médiatique gonflée à l’hélium de la flagornerie dont sont capables les courtisants les plus mielleux ou les opportunistes les plus rusés.

Cette lune de miel fut brève et se transformera plus tard en lune de citron quand les communicateurs du président de la république décrétèrent la stratégie de la parole rare. Une prise de distance hautaine mal comprise et qui donna lieu à une levée de bouclier qui reflète le dépit d’une presse enamourée.

Plus tard, l’Elysée reconnaître l’erreur de ces choix et comblera le vide par une parole présidentielle multi présente qui passera par l’incursion surprise et calculée dans l’émission populaire de Cyril Hanouna sur C8 et qui terminera l’année par une interview déambulatoire avec Laurent Delahousse sur France 2. Entre temps, Emmanuel Macron aura développé avec les médias une relation de fascination/méfiance. Cela s’est traduit par une présence accrue dans les médias mais jamais sans filet de sécurité. La preuve est que jusqu’à présent, Emmanuel Macron ne s’est pas encore laissé tenté par l’exercice fort périlleux de la conférence de presse totalement libre et spontanée.

Cet état d’esprit ajouté à l’expérience personnelle vécue avec certains médias nourrira chez Emmanuel Macron une méfiance et une défiance manifeste à l’égard de ce monde. Avec le projet de restructurer l’audio-visuel publique français. Emmanuel Macron n’hésite pas à le traiter de « honte de la république ». Avec l’objectif de nettoyer les écuries d’aujias, Il lance une véritable croisade contre les Fake News au point d’imaginer un projet de loi destiné à les extirper mais jugé par ses détracteurs comme potentiellement liberticide.

Aux autorités religieuses, Emmanuel Macron annonce son grand discours sur la laïcité prévue pour cette année. Entre sécularité à la française, posture œcuménique et laïcité défiée par les nouveaux entrants, il promet un grand discours destiné à recadrer et à fixer le débat en cours : « J’aurai un discours sur la laïcité (…) dépassionné, direct et exigeant, mais nous devons avoir un travail sur la structuration de l’islam en France qui est la condition même pour que vous ne tombiez pas dans les rets des divisions de votre propre religion et de la crise qu’elle est en train de vivre sur le plan international. »

Mais l’événement original de ces vœux fut non pas dans son contenu mais dans le casting des invités. Pour la première fois depuis de longues années, le recteur de la mosquée de Paris, l’inamovible Dalil Boubakeur fut écarté. Une crime de lèse baronnie qui renseigne sur la stratégie d’Emmanuel Macron de renouveler les interlocuteurs. La réaction du recteur est de nature à compliquer voire saboter le jeu de l’indispensable restructuration.

Aux corps diplomatiques, Emmanuel Macron redit sa volonté de jouer dans la cour des grands, de redonner à la France une stature et un rôle dans la résolution des crises et la pacification des peuples. Le président français est aidé dans cette immense tache par un alignement favorable des planètes. L’ère Macron intervient alors que les États Unis d’Amérique, jadis leader du monde, sont empêtrés dans une présidence en dents de scie aussi clivante qu’imprévisible et qui affaiblit fortement la parole et la crédibilité américaine. Cette ère Macron intervient aussi dans une séquence le pays fort de L’Europe, l’Allemagne, est dirigé par une femme, Angela Merkel, affaiblie par l’entrée en force de l’extrême droite au Bundestag et son incapacité structurelle à former un gouvernement de coalition.

Emmanuel Macron, en chef incontesté, peut marcher sur l’eau et espérer des réalisations diplomatiques triomphales qui remettent la France au centre de la conversation internationale.