Elle semblait indéboulonnable. Elle semblait être comme un roc et pourtant les électeurs allemands ne lui ont plus accordé leur
confiance comme ils avaient coutume de le faire depuis douze ans. Est ce la fin ? Est ce l’usure du pouvoir ? Est ce une excessive confiance en soi ?

Il ne fait pas l’ombre d’un doute que la chancelière allemande n’a pas tenu compte du désir des Allemands moyens de ne plus accueillir plus d’un million de réfugiés ou prétendus tels, disons des migrants dont la socio-culture n’a rien de commun avec les citoyens du bord du Rhin.

Certes, cela partait de bons sentiments, quoiqu’à l’arrière-plan, il y avait aussi le souci de pallier au manque de bras et de mains d’oeuvre dont l’industrie allemande va avoir besoin dans la prochaine décennie. Or, l’Allemagne n’a plus d’excédent des naissances depuis de nombreuses années.

Je me souviens d’il y a quelques années lorsque un autre gouvernement avait décidé de recruter des informaticiens venus des Indes ; cela avait soulevé une grande vague de protestations avec ce slogan, pas mal trouvé, que j’ai retenu tant il m’amusait : Kinder statt Inder (des enfants plutôt que des Indiens)

Angela Merkel avait sûrement la tête ailleurs lorsqu’elle a ouvert toutes grandes les portes de son pays à des migrants venus d’une autre culture et d’une autre civilisation.

C’est curieux de la part d’une femme allemande censée bien connaître la sensibilité de ses compatriotes, leur respect scrupuleux des normes et des règles, bref ce qu’on appelle outre-Rhin die deutsche Übergründlichkeit.

Avec tout le respect dû à une femme et à une dirigeante d’exception, il faut bien reconnaître qu’elle a fait un pas de clerc (falschen Schritt), car en permettant à tant de migrants d’entrer chez elle, elle leur a ouvert les portes de l’Europe entière. On connaît les réactions de la république tchèque, de la Hongrie, de la Bulgarie et surtout de la Pologne…

Ce fut une immense levée de boucliers (Schilderhebung). Ignorant les oppositions, la chancelière a voulu passer outre, avec les résultats que l’on sait. Le résultat des élections a montré qu’elle avait fait fausse route puisque son parti, qui commence à contester son leadership, enregistre le pire score jamais connu.

Et, ce qui est pire, après des semaines de dures négociations avec des partenaires politiques difficiles, elle n’est pas arrivée à constituer un gouvernement que les Allemands attendent.

Et je doute que les appels de l’actuel président F.W.Steinmayer parviennent à convaincre les libéraux ou les Verts à se montrer plus conciliants. Et comme la chancelière fait preuve d’une grande assurance, elle dit préférer un retour aux électeurs à un gouvernement minoritaire qui paralyserait son action.

Il est un autre aspect qui nous force à faire preuve d’une grande attention et à surveiller l’évolution outre-Rhin comme on surveille le lait sur le feu : c’est le rôle joué par l’Allemagne dans l’échiquier européen.

Même si certains Français à courte vue s’en réjouissent, pensant dans leur folie que les Français peuvent profiter de la situation, les plus lucides savent que ni Marcon ni l’économie française ne peuvent jouer un rôle prépondérant (Vorreiterrolle) : nous avons besoin de notre puissant voisin et allié.

Sans lui, nous ne pouvons pas procéder à la refondation dont l’Europe a tant besoin. Or, depuis quelques semaines, la chancelière n’en est plus une, elle expédie les affaires courantes, ne pouvant pas prendre d’initiatives sans l’aval de ses futurs alliés. Une épée de Damoclès plane au-dessus de sa tête…

Mais revenons sur les pommes de discorde qui ont provoqué l’insuccès d’Angela Merkel, laquelle joue gros ; car, quoiqu’elle en dise, par sa faute, une petite centaine de députés de l’AFD ont désormais leur place au Bundestag, ce qui est un novum depuis plus de soixante-dix ans ; et s’il devait y avoir de nouvelles élections, je parie deux cacahuètes que ce parti renforcera ses positions. Donc, Angela Merkel se trouve dans une passe difficile qui risque de mal se terminer pour elle.

Je n’hésite pas à dire que ce serait dommage bien que la vague dite dé gagiste (on jette par-dessus les anciens dirigeants et on en installe des nouveaux) ne puisse pas épargner l’Allemagne.

Aucun pays européen n’est immunisé contre cette démangeaison. Rappelons nous ce que disait le défunt chancelier Helmut Kohl, le père de l’unité allemande, lorsqu’il insista pour se représenter de nouveau devant les électeurs.

Je ne me laisserai pas enterrer vivant… Cela se comprend mais ce fut comme pour l’écrivain qui écrit le livre de trop ou le boxeur qui fait le match de trop… L’être humain, disait Socrate, suit toujours le daimon qui vit en lui.

Il est rare qu’un homme ou qu’une femme qui est au pouvoir, y renonce de soi-même, pensant que tout peut encore marcher comme cela a toujours été le cas. Je n’aurai pas l’inconvenance de comparer la situation présente de l’Allemagne avec qui se passe en Afrique avec un vieillard acariâtre de 93 ans qui refuse de passer la main.

Au lieu de partir avec les honneurs, il encourt tout simplement la destitution, couronnant ainsi près de 37 ans de règne sans partage au cours desquels il a ruiné son pays. Ce n’est pas le cas d’Angela Merkel. Et les semaines qui viennent seront décisives.

Même si un gouvernement minoritaire est constitué et bénéficiait de l’abstention des sociaux démocrates, la crise pourrait survenir à tout moment. Et l’Allemagne entretuerait dans une instabilité de mauvais aloi. IL vaut mieux trancher, même si cela comporte d’indéniables risques.