L’Histoire du judaïsme africain devient comme cette auberge espagnole où chacun trouve ce qu’il y apporte. C’est d’ailleurs peut-être pour cela qu’on y trouve tant de clients si hétéroclites.

Le judaïsme africain jaillit de l’ombre pour passer au premier rang de la scène, il est devenu un objet d’intérêt. Bien des occidentaux, comme des « remote control », se posent les questions suivantes : “Mais, au fait, qui sont ces juifs africains qui défraient la chronique ? Qu’ont-ils fait jusqu’ici ? D’où viennent-ils ?”

Car on ne connaît bien un peuple comme un individu que si cette connaissance vient à l’idée de ce que nous nous en faisons.

En fait, l’histoire du judaïsme africain entre en scène à un moment où une évolution s’opère dans la conception générale de l’Histoire juive.

Les liens entre le monde hébraïque et l’Afrique Noire sont très anciens et remontent au temps biblique.

Mais avant de jeter un coup d’oeil sur les difficultés et les modalités de la recherche sur le judaïsme africain, il faut écarter rapidement l’idée des mythes dressés contre cette histoire.

L’anthropologie, c’est un domaine où l’Afrique Noire souffre le plus des préjugés. En effet, cette tendance constante est de multiplier à l’infini les catégories anthropologiques pour mythifier ce qu’on considère comme un mystère.

Le judaïsme africain est un mythe.

Dire du judaïsme africain sans aucune nuance qu’il est un mythe serait une erreur grossière.

Cette position est celle qui consiste à dire que l’Histoire de l’Afrique (Noire) n’existe pas.

– Dans son Cours sur la philosophie de l’histoire en 1830, Hegel déclarait:

« L’Afrique n’est pas une partie historique du monde. Elle n’a pas de mouvements, de développements à montrer, de mouvements historiques en elle. C’est-à-dire que sa partie septentrionale appartient au monde européen ou asiatique ; ce que nous entendons précisément par l’Afrique est l’esprit ahistorique, l’esprit non développé, encore enveloppé dans des conditions de naturel et qui doit être présenté ici seulement comme au seuil de l’Histoire du monde. »

– Coupland, dans son Manuel sur l’Histoire de l’Afrique Orientale, écrivait (en 1928, il est vrai) :

« Jusqu’à D. Livingstone, on peut dire que l’Afrique proprement dite n’avait pas eu d’histoire. La majorité de ses habitants étaient restés, durant des temps immémoriaux, plongés dans la barbarie. Tel avait été semble-t-il, le décret de la nature. Ils demeuraient stagnants sans avancer ni reculer. »

– L’historien Charles-André Julien, va jusqu’à intituler un paragraphe de son ouvrage sur l’Histoire de l’Afrique : “L’Afrique, pays sans Histoire” dans lequel il écrit : “l’Afrique Noire, la véritable Afrique, se dérobe à l’Histoire”.

Ces anthropologues qui articulent des thèses aussi racistes à l’encontre de notre histoire, développent des mythes d’autant plus venimeux. Le principal de ces mythes, c’est la passivité historique des peuples africains et noirs, en particulier. Cette idée se retrouve maintenant sous une forme ou une autre dans les ouvrages des maîtres européens de la science anthropologique sur le judaïsme africain.

Par nécessité et par conviction, nous rejetons la conception étroite et dépassée de l’histoire par les antropologues pour qui, certaines zones de l’Afrique seraient à peine sorties de la préhistoire. Par définition nous disons que partout où il y a l’homme il y a invention, il y a changement, il y a une problématique et une dynamique du progrès, donc il y a histoire au sens réel du terme.

La tradition étant chronologiquement et logiquement antérieure à l’écriture, elle nous offre des repères éprouvés. Bien sûr, les généalogies, les durées moyennes des règnes et des générations sont difficiles à établir. Mais la tradition possède des garde-fous qui en garantissent parfois de l’intérieur l’authenticité et la pureté.