90% des Juifs noirs (dit Juifs éthiopiens) en Israël fréquentent les synagogues séfarades. Or, le judaïsme éthiopien possède une très riche tradition et l’Éthiopie est considérée comme l’un des berceaux de l’humanité. Et comment ?

Pour rompre avec la vision réductrice du judaïsme africain et permettre aux Juifs africains d’avoir un petit contrôle sur leur passé, la FJN a commencé son gigantesque travail de pionnier en puisant aussi bien dans l’archéologie que dans les traditions orales

Tel un arbre qui se nourrit des vents extérieurs mais reste solidement enraciné dans sa terre.

Car il ne faut pas oublier que l’Afrique a été vidée de sa substance et que ce qu’on lui apporte jusque-là contient beaucoup de vide.

Se réapproprier la totalité de son histoire, considérer les traditions orales comme sources valables d’éléments historiques, élaborer une pensée endogène, toutes ces idées originales à l’époque de leur conception commencent aujourd’hui à s’intégrer dans la problématique et le paradigme des recherches et travaux actuels sur le judaïsme africain qu’elles ressemblent à des lieux communs tant elles semblent aller de soi.

Dans le futur, perdre la paternité de ces idées et les voir tomber dans le domaine public ne pourra être qu’être un objet de satisfaction, car dans l’ancienne Afrique, il n’y avait pas de copyright sur les créations intellectuelles.

Développer une pensée endogène est une question de survie pour les Juifs africains ; et c’est cette pensée qui permettra aux Juifs africains de répondre aux questions.

Ce n’est qu’alors qu’une réflexion originale sur l’avenir du judaïsme africain pourrait se faire, hors des grilles de lecture dominantes.

Ce n’est que par une rigueur déchirante sur le plan historique que le judaïsme africain pourra se voir respecter.

Pourquoi une telle rigueur ?

Parce que trop longtemps les idéologies dominantes, européenne et arabe essentiellement, ont fait croire que l’itinéraire historique de l’Afrique ne commençait qu’avec son contact avec l’Occident et l’Orient (voir Hegel) et que l’essentiel de cette histoire se résumait à « l’épopée » coloniale du XIXe siècle et aux dernières décennies du XXe siècle, où le continent fut décolonisén et mal décolonisé.