Pour aller au-delà de la montagne de critiques – souvent méchantes et purement émotionnelles – qui se déversent tous les jours sur les mesures prises par Trump sur le plan international, il est bon de se souvenir d’une anecdote que l’on racontait sur Kissinger aux beaux jours de la guerre froide entre les USA et l’URSS.

Ce jour là, un journaliste apostropha Kissinger : les Soviétiques ne seront-ils pas toujours plus forts que les Américains? Ce sont des champions d’échecs, leur jeu favori; les Américains, eux, n’excellent qu’au poker, un jeu simpliste, bien moins intellectuel que les échecs. Les Américains ne sont-ils donc pas condamnés à toujours perdre dans le jeu international ?

Après avoir réfléchi quelques secondes Kissinger aurait répondu : c’est vrai, le joueur d’échecs est bien plus fort intellectuellement que le joueur de poker. Mais, le problème est précisément que le joueur de poker est primaire et imprévisible. Dans une partie, il peut soudain donner un grand coup de poing sur la table où se trouve l’échiquier et faire voler en l’air les pièces du jeu d’échecs. Et gagner sans appel….

L’anecdote reflète exactement ce que Trump a voulu faire avec ses tweets -avant même son installation. Avec la Chine, par exemple : une déstabilisation de l’autre, pour remettre les compteurs à zéro. Et là où Obama s’était embourbé entre menaces sans crédibilité et yeux obligeamment fermés, Trump a réussi à créer un climat de crainte où l’autre aura peur de ce qui pourrait se passer avec un président aussi imprévisible. La Chine, avec son amour de l’harmonie, et sa ruse cachée de lent joueur de go s’est retrouvée contre le mur. Et ce ne sera pas fini de si tôt.

Dans ce contexte, l’article fielleux du New York Times recensant les « mensonges » de Trump et ses « contre-vérités » (28/1) paraît tomber à côté de la vérité. Trump n’est pas un journaliste ou un professeur; il n’est pas dans la recherche de la vérité. Il est dans l’action politique internationale et il agit en joueur de poker. Ce qui compte pour lui, c’est la puissance que donne la forme et non celle que pourrait donner la vérité du fond. Avec la forme, il compte déstabiliser l’autre et obtenir plus tard le fond. Le mensonge, au poker, s’appelle le bluff. Trump élève le bluff au rang d’arme immensément puissante de la politique étrangère américaine.

C’est comme cela, également, que nous devons lire les mesures de fermeture des frontières que le président américain a prises. Il fallait oser pour marquer le coup et ouvrir une brèche. Il fallait enlever aux « bleeding hearts » leur monopole du coeur qui fermait tout jugement politique. Il fallait montrer ce qui se cache aujourd’hui derrière le mot « réfugié ». Après, on verra ce qu’il faut garder des mesures et ce qu’on doit laisser tomber.

Au moins, on se sera frayé un petit chemin au travers de cette sirupeuse mélasse des bons sentiments qui aveugle et paralyse le monde aujourd’hui.