Chaque histoire de guet obtenu après des années de souffrance est toujours douloureuse. Le guet de Rivki l’est d’autant plus qu’il touche à l’histoire d’Israël et aux dilemmes d’un pays en guerre.

Au début des années 2010, Rivki et Yéhuda Haisraeli se marient. Un bébé naît. Puis Rivki attend un autre bébé. Un jeune couple qui débute sa vie en Israël.

Mais, en été 2014, éclate la guerre de  Gaza, Tsuk Eitan. Yéhuda, combattant dans l’unité d’élite Rimon de Guivati, est à quelques dizaines de mètres du commandant Hadar Goldin, lorsque l’officier est kidnappé par des palestiniens du Hamas, à Rafah, par un tunnel dont Tsahal ne connaissait pas l’existence. Yéhuda et ses soldats s’engouffrent dans le tunnel, pour retrouver Hadar, dont une partie du corps est toujours retenue, jusqu’à aujourd’hui, par le Hamas.

Yéhuda est grièvement blessé à la tête. Le blessé le plus grave de Tsuk Eitan.

Après plusieurs mois dans le coma, Yéhuda reprend connaissance mais a perdu ses capacités cognitives. Rivki, espère, mais comprend que le jeune homme meurtri qu’elle assiste, qu’elle soigne, est là, sans être là, touché dans sa chair et dans son âme par le conflit centenaire.

Il y a un an, Rivki a passé les fêtes de Shavouot dans le village où j’habite. Elle espérait encore, un peu. Un espoir ténu. Mais les mois sont passés. Elle a pensé à demain, pour elle, pour ses deux enfants. Avec beaucoup de dignité, la famille de Yéhuda et son rabbin ont soutenu l’idée d’un divorce. « Si Yéhuda le pouvait, il l’aurait fait… »

La Loi juive est très stricte. Un époux doit donner le guet, de sa propre volonté et en toute connaissance de cause. Ce qui n’était pas le cas de Yéhuda. Consulté, le Beit Din de Jérusalem, a demandé, s’il y avait l’espoir de quelques minutes de clairvoyance. « Faire comme si, pour libérer une jeune femme… »

Et le 29 mai dernier, la remise de guet a eu lieu, à Jérusalem.

Le nom du dayan n’a pas été publié. Mais le silence pesant du Tribunal rabbinique de Jérusalem montre que la procédure a été approuvée au plus au haut niveau. Décision, rare et très courageuse du point de vue halakhique, qui fera, il faut l’espérer, jurisprudence.

Quelques heures après la remise du guet Rivki a choisi d’écrire sur les réseaux sociaux, comme un besoin de dire, d’expliquer :

D.ieu a voulu que nous nous rencontrions pour la première fois il y a 5 ans et demi.

D.ieu a voulu, que nous décidions de nous rencontrer une seconde fois, bien que la première rencontre avait été un peu « décevante. »

D.ieu a voulu que nous nous aimions, que nous nous marions, que nous ayons un petit garçon et une petite fille.

D.ieu a voulu que nous passions ensemble deux années et demi, merveilleuses.

D.ieu a voulu que j’apprenne tellement de choses grâce à toi.

D.ieu a voulu que tu partes à la guerre.

D.ieu a voulu que toi ! toi !, tu recoives des éclats d’obus dans la tête.

D.ieu a voulu que nous passions des mois terribles, d’incertitude, d’angoisse, des mois de questions, d’hésitations…, que je tente peut-être, peut-être encore…

D.ieu a voulu que nous comprenions qu’un seul chemin existait.

D.ieu a voulu que je continue à vivre.

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