Les élections pour la présidence du Consistoire Central sont proches, ce sera le 19 juin. On ne peut pas parler de suspens puisque deux candidats sont en lice, l’actuel Président Joël Mergui et Evelyne Gougenheim pour une candidature de témoignage qui donne l’impression d’une pluralité et presque d’une ouverture car c’est la première fois qu’une femme brigue la présidence et non sans mal (sans mauvais jeu de mot) puisque des Rabbins ont cru bon démontrer pourquoi une femme ne pouvait être légitime ce qui n’est pas bien glorieux, mais passons…

Les élections sont donc proches et les esprits s’échauffent comme d’habitude dans la noble institution. C’est une sortie très remarquée de l’un des administrateurs de l’ACIP qui fait aujourd’hui débat. Jean-Alexandre Buchinger a envoyé un courriel à de nombreux Rabbins pour les alerter du « danger » que représente l’actuel Grand Rabbin de France Haïm Korsia suspecté de « tendre les bras au judaïsme réformé ».

Pour l’auteur du courriel, la dissidence libérale viendrait gangréner le Consistoire, tel un cheval de Troie. Les libéraux sont dans la place et y sont entrés sournoisement à travers Haïm Korsia. Vous trouvez que c’est exagéré, « qui veut noyer son chien l’accuse de la rage ». C’est précisément ce que tente de faire Monsieur Buchinger d’une façon assez sournoise et pour le moins inélégante.

Car au fond dire du Grand Rabbin de France qu’il tend les bras au judaïsme réformé, qui n’existe pas en France sous cette appellation soit dit en passant, c’est accuser Haïm Korsia de ne pas être le garant du judaïsme orthodoxe qu’il devrait représenter. Cette même accusation avait été portée contre son prédécesseur le Grand Rabbin Gilles Bernheim. Non, ce qui apparaît insupportable pour certains chez Haïm Korsia est le fait qu’il soit un Rabbin moderne et ouvert sans pour autant ne rien céder à son orthodoxie. Ce qui effraye certains est dans les apparences : une longueur de barbe non règlementaire, l’absence du port d’un chapeau, le fait de serrer la main aux dames…

Les gardiens du temple considèrent que le Consistoire devrait être une institution figée dans la plus stricte orthodoxie. Haïm Korsia lui est un Rabbin ouvert qui accepte le dialogue même avec les libéraux. Je pense pouvoir rassurer Monsieur Buchinger en affirmant que j’ai une certaine connaissance du « judaïsme réformé » pour lui dire que si Haïm Korsia ferait un bon rabbin de communauté libérale, il ne s’y sentirait probablement pas très heureux.

Car, contrairement au Consistoire, le Judaïsme libéral prône l’égalité totale dans le culte et dans la pratique entre les hommes et les femmes, car le judaïsme libéral considère que le guet (le divorce religieux) doit s’effectuer de facto après un divorce civil, car le judaïsme libéral considère qu’il y a une hiérarchie dans les Mitsvot et qu’il peut être admis d’en enfreindre une de moindre importance pour en accomplir une estimée plus élevée, car le judaïsme libéral ne juge pas la pratique de ses semblables mais cherche à les leur enseigner.

Non, Monsieur Buchinger, le Grand Rabbin Korsia n’est pas libéral. Il est votre Grand Rabbin et, je vais vous faire une confidence, nous nous sentons même représentés par lui dans bien des domaines car, lui, ne cherche pas la division.