Rien de nouveau dans le fait que Marine Le Pen cherche à rompre avec l’antisémitisme originel de son parti, pour s’attirer les faveurs d’une partie de la communauté juive. Cela a d’ailleurs été une constante dans sa démarche politique.

Elle avait pour objectif de modifier l’image du FN véhiculée par les agissements et les paroles de son père. Les collaborateurs dont elle s’est entourée ont continué à peaufiner cette stratégie, aidée par la mise à l’écart des gourous extrémistes historiques tels Bruno Gollnisch, ou des militants de sensibilité « alternationiste et anti-technocratique » comme Jean-Claude Martinez ou enfin, d’ultras de l’Algérie française comme Roger Holeindre.

Elle avait vite compris, contrairement à son père, que l’antisémitisme était une tare capable de la bloquer dans son ascension. Elle avait donc tranché dans le vif en éradiquant les antisémites de son parti, les anciens collabos de l’occupation et les scories de l’OAS.

Elle n’a pas couru après le vote juif, qui n’existe pas en France dans une communauté de 200 000 votants, chiffre négligeable par rapport au corps électoral. Plus que sa position sur l’islam ou sur l’immigration, le verrou idéologique de l’antisémitisme empêchait les électeurs, juifs et non-juifs, de voter pour le Front national.

Elle en a vite pris conscience et n’a plus hésité à condamner ouvertement les propos de son père pour séduire ceux qui voyaient en elle le seul rempart capable de protéger la communauté juive contre l’antisémitisme islamique.

Elle y est bien parvenue en inspirant un groupe d’auto-défense juif à qui elle avait réservé une salle au « Paquebot », l’ancien quartier général de Saint-Cloud. Elle se glorifiait que des jeunes juifs nationalistes avaient rejoint le FN pour être formés par les cadres sécuritaires du parti.

Elle n’avait pas apprécié que son père déclare à Rivarol que « l’occupation allemande en France n’a pas été particulièrement inhumaine » et avait marqué son opposition en désertant les réunions du bureau exécutif et du bureau politique du FN.

Cette rébellion l’avait mise à la lumière des médias. Elle avait ensuite estimé que ce qui s’était passé dans les camps représentait le « summum de la barbarie ».

Mais Marine le Pen est loin de faire l’unanimité dans son parti car le racisme et l’antisémitisme sont ancrés dans les gènes du FN. Elle a échoué à canaliser les militants qui font preuve d’un record d’intolérance quant aux origines, aux couleurs de peau, à la religion et même à la culture de certains Français.

Les stéréotypes anti-juifs ne se sont pas estompés : anti-judaïsme chrétien, antisémitisme nazi à base raciale, pouvoir excessif des Juifs, accusations de communautarisme, double allégeance à base d’antisionisme, déni de pleine citoyenneté…

Les guerres avec les pays arabes ont généré une nouvelle judéo-phobie masquée derrière la critique d’Israël et appuyée sur la défense de la cause palestinienne.

Les francophones israéliens sont nombreux à soutenir Marine Le Pen, influant directement sur le raisonnement des Français de religion juive, puis sur les électeurs non-juifs. De nombreux sites juifs deviennent des relais du FN.

On se souvient que pour la présidentielle de 2012, le 500e parrain de Marine Le Pen fut un Franco-Israélien, élu de l’Assemblée des Français de l’étranger sur la circonscription d’Israël et ancien délégué UMP en Israël.

L’ancien président du CRIF, Roger Cukierman, avait créé de son côté la polémique en qualifiant Marine Le Pen « d’irréprochable personnellement ».

En fait, la communauté juive, en France et en Israël, a opéré un virage à l’extrême-droite de l’échiquier politique sur la base du seul sentiment anti-islamique. Elle prête de plus en plus l’oreille aux idées du parti de Marine Le Pen sous prétexte qu’elle aurait changé.

Les Juifs ne se cachent plus d’être frontistes et ils s’en glorifient même, alors qu’ils étaient nombreux à raser les murs quelques années auparavant. Cette évolution montre que le travail de Marine Le Pen a porté ses fruits en mettant en évidence un symbole : si les Juifs acceptent de voter pour le FN, alors le caractère « républicain » du parti serait avéré.

Certains sites ont sauté le pas. En posant la question ambiguë « les citoyens juifs de France ont-ils besoin de consignes de vote ? », ils ont laissé clairement entendre que le vote FN n’était plus interdit parce que Marine le Pen était parvenue à faire croire que son parti était nouveau alors qu’il est identique en tous points à l’ancien, celui de Jean-Marie Le Pen.

La présidente du FN veut absolument être reçue officiellement en Israël. Elle l’avait déjà annoncé dans notre interview de 2006.

Une photo avec le Premier ministre israélien serait pour elle la consécration. Plusieurs approches ont été tentées par des envoyés officiels ou occultes, en vain.

En 2011, son compagnon, Louis Aliot, était d’abord allé au Kotel puis avait compris qu’il devait caresser les nationalistes juifs dans le sens du poil.

Il s’était rendu dans deux implantations, les 12 et 13 décembre, à Eli et à Shilo en Cisjordanie, majoritaires en francophones inconditionnels. En rappelant la ligne du FN pour deux États, il s’était justifié : « On peut être contre les colonies et cette politique, et vouloir aller voir de quoi il retourne ».

Il était accompagné de l’éphémère candidat Michel Thooris qui s’était vanté d’entretenir de bons rapports avec plusieurs partis d’extrême-droite israéliens : « L’accueil dans les colonies a été plus que positif. On a rencontré nos compatriotes qui ont fait leur Alyah par idéal et par nécessité ; l’insécurité des quartiers ne leur permettait plus de vivre ensemble ».

Il avait ensuite déclaré ce que les francophones voulaient entendre : « Je soutiens de manière totalement inconditionnelle Israël. Il y a une désinformation énorme en France de la part des media. Les gens des implantations sont légitimes sur leur terre, sur celles de leurs ancêtres. Il y a un point de convergence sur la montée de l’islam radical. Aujourd’hui, la France est menacée par la montée des intégrismes. Je ne vise pas les musulmans modérés, intégrés qui sont des français à part entière. Israël, les Juifs, font partie de notre civilisation. La France a un idéal judéo-chrétien, l’islam radical n’a pas sa place sur le territoire français, sur le territoire de la République ».

Le secrétaire général du FN Nicolas Bay a récemment séjourné en Israël depuis le 25 janvier, sous le prétexte d’une visite privée.

Le but officiel du voyage était de « rencontrer des citoyens français vivant en Israël afin de gagner le soutien des Français juifs ».

Il n’a pas été reçu officiellement par les dirigeants israéliens mais il a réussi à immortaliser une réunion avec Arnon Afek, directeur général adjoint du ministère de la Santé et avec le commandant médical en tenue militaire du front intérieur de Tsahal, le colonel Eyal Furman.

Les francophones d’Israël exultent et ils tiennent à faire savoir que, pour eux, le FN est devenu un parti comme les autres et certainement moins dangereux que certains partis gauchistes qui soutiennent les islamistes.

Ils prouvent ainsi qu’en Israël au moins, Marine le Pen est dédiabolisée. Certains Juifs ont la mémoire courte mais la haine anti arabe surpasse tous les autres sentiments.

https://benillouche.blogspot.co.il/2017/01/le-fn-en-israel-un-non-evenement.html