Les observateurs étrangers n’y comprennent rien, et y perdent leur latin.

Un jeune soldat israélien est arrêté et jugé pour avoir achevé d’une balle dans la tête un assaillant palestinien qui venait de poignarder un autre soldat, et qui avait déjà été « neutralisé ».

Tragédie ordinaire d’une réalité routinière dans la Judée-Samarie maintenue depuis 1967 sous occupation militaire. 

Enième exemple d’une schizophrénie israélienne chronique, cette schizophrénie qui rend fou les diplomates étrangers et ceux qui d’une manière générale tentent de suivre l’actualité de ce conflit.

Sa hiérarchie a voulu en faire un exemple d’intransigeance. Et le cirque a alors commencé. Le chef d’Etat-Major, le Ministre de la Défense, et dans un premier temps, le Premier Ministre se sont rangés derrière l’accusation publiquement.

Pourquoi vouloir à tout prix prendre le risque de médiatiser une affaire qui ne pouvait que provoquer une crise politique, et par ricochet affaiblir l’armée et les juges, poussés dans une situation intenable ? N’aurait-il pas été plus sage d’instruire et juger cette affaire à huis clos ?

Trop tard, le mal est fait, tous les médias s’emparent de l’affaire, chaque éditorialiste y va de son commentaire et de son analyse, les politiques se jettent dessus, l’instrumentalisent jusqu’à plus soif.

Le Premier Ministre fait volte-face en voyant l’écrasant soutien populaire pour le soldat, les ministres et parlementaires de droite font bloc derrière lui, les réseaux sociaux se déchaînent et Elor Azaria devient un héros et un martyr pour une grosse majorité, un meurtrier pour une petite minorité, et surtout une source d’embarras pour ceux qui voulaient un jugement en forme d’exemple.

Et au final, les juges sous une pression intenable passent pour des faibles, et les officiers pour des imbéciles, les uns et les autres pour des traîtres.

Cette affaire est plus que tout terriblement révélatrice de l’incapacité des leaders politiques israéliens à démontrer une vision claire pour le pays.

D’un côté, on répète à l’envi qu’on reste engagé par les accords d’Oslo et le concept de « deux Etats », de l’autre on fait tout pour que ce soit techniquement impossible. On explique que l’on veut des négociations directes, mais on continue à construire massivement en Judée-Samarie.

On veut qu’Elor Azaria soit jugé pour un acte que l’on explique inadmissible, et on requalifie le chef d’inculpation en « homicide involontaire ». On le traite de meurtrier, et on le juge à une peine de prison symbolique.

70% des israéliens se sont prononcés pour accorder l’amnistie à Elor Azaria. Un plébiscite populaire clair, massif et franc. La droite israélienne parle d’annexion, mais rechigne à donner un plan.

Pas question d’abandonner la Judée-Samarie, et pas question non plus de l’annexer. Et pas question d’y appliquer la loi civile. On y envoie des soldats, mais on attend d’eux qu’ils fassent la police. On les équipe d’armes de guerre, mais on ne veut pas qu’ils les utilisent.

Ici, comme pour le reste, ce qui est très clair, c’est qu’on ne sait pas ce qu’on veut. On veut tout, sans jamais prendre aucune responsabilité.

On préfère louvoyer, se contenter de valider des permis de construire, et surtout tabler sur une prolongation infinie du Status Quo, alors qu’il est intenable, immoral, et qu’il est devenu parfaitement évident qu’aucun état palestinien ne verra jamais le jour entre la Méditerranée et le Jourdain.

En plus de mettre en lumière cette schizophrénie israélienne, cette affaire révèle crûment l’étendue du clivage politique et idéologique en Israël.

Les officiers de Tsahal, les politiques et les magistrats qui ont réclamé une sanction sévère contre Elor Azaria, ont une fois de plus oublié que Tel Aviv n’est pas Israël, et que, s’il est vrai que Tsahal reste l’institution la plus respectée du pays, la parole du Ministre de la Défense ou celle du Chef d’Etat-Major ne sont plus sacrées depuis longtemps.

Ils ont oublié que le curseur politique et idéologique du pays n’a cessé de se déplacer vers la droite depuis Septembre 2000, a atteint un point de non-retour idéologique et que le peuple souscrit de moins en moins à la vision qu’ont les élites israéliennes de la démocratie.