Troisième volet dans le cadre d’une série d’articles présentant le livre de Ben-Dror Yemini, « L’Industrie du Mensonge » à paraître bientôt dans sa version en français.

Après avoir présenté quelques faits et chiffres sur les réfugiés Palestiniens (voir volet II), admettons que ces derniers soient des réfugiés, en nombre et en statut, comme tous les réfugiés du siècle dernier. Plus de 50 millions d’hommes de femmes et d’enfants qui ont fui les conflits en Europe.

Nous serions en droit d’assumer donc que le traitement des réfugiés Palestiniens soit similaire au traitement des réfugiés Européens, tels qu’ils ont été prodigués par les instances internationales et l’ONU en particulier. Nous sommes aussi en droit de penser que les normes et les aspects juridiques appliqués aux réfugiés Allemands, Polonais, Croates, Grecs ou Serbes, pour ne citer qu’eux, soient aussi appliqués aux Palestiniens.

Encore une fois, il serait déplacé de demander à Israël de faire bande à part et de lui demander de ne pas respecter les normes internationales ou les conventions et les droits qui sont appliqués aux autres nations. Il n’y aurait aucune raison que l’État d’Israël fasse exception à ces règles et reçoive une dérogation particulière afin de ne pas s’y soumettre ! Si nous voulons que notre démocratie soit traitée comme égale aux nations, il faut savoir aussi en assumer les conséquences.

Nous entendons de toutes parts qu’Israël bafoue le droit et les normes internationales. Il serait donc judicieux et instructif de se pencher sur ce droit et sur ces normes, tout en ayant devant nous les revendications officielles des représentants palestiniens. Sur quoi se fondent donc les revendications palestiniennes quant au droit du retour ? Quelles ont été les normes appliquées par la communauté internationale aux autres conflits qui ont, eux aussi, engendré des réfugiés le siècle dernier ?

Légalement, les partisans du droit au retour se fondent sur la résolution 194 des Nations unies et sur cinq principes de base [1] :

  1. L’article 13 (2) de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme [2].
  2. Le Pacte international qui traite les droits civils et politiques, partie 1, article 12 (2) [3].
  3. La Convention sur l’élimination de la discrimination raciale, partie I, article 5, sous-article d (ii) [4].
  4. La charte des réfugiés de 1951, I, 3 [5].
  5. Un principe général du droit international, confirmé par les chartes des droits de l’homme américaines et européennes, l’Union européenne et le tribunal européen des Droits de l’Homme en ce qui concerne la Chypre, la Bosnie, la Croatie, le Kosovo, l’Ouganda, et d’autres endroits en Europe centrale et orientale.

Les juristes du monde entier s’accordent à dire que ces arguments n’établissent pas un droit de retour personnel ou politique et un fait est que malgré les déclarations des partisans de ce droit, ces conventions n’ont jamais été appliquées ni aux Allemands expulsés de la Tchécoslovaquie ni aux musulmans chassés de Bulgarie ou encore aux Grecs reconduits à la frontière Turque manu militari.

Il y a d’autres cartes avancées par les Palestiniens qui font entrer le lecteur dans une argumentation interminable appréciée particulièrement par les juristes eux-mêmes. S’il faut avoir quelques notions juridiques afin de comprendre les tergiversations dans leurs détails, il est donné à tout un chacun d’entrer dans le vif du sujet afin d’en comprendre surtout la complexité.

N’étant pas juriste et ne prenant nul plaisir à sillonner les chemins de la réflexion juriste, je pense que le plus important est tout de même la dernière ligne. Et cette dernière ligne est très loin de donner raison aux adeptes du droit de retour car il n’y a pas dans l’histoire contemporaine, d’exemples que nous puissions prendre afin d’appliquer ce droit. Il n’a jamais été appliqué à grande échelle. Nous pouvons examiner quelques exemples sur ce volet, ce sujet étant traité de façon approfondie dans le livre de Yemini.

2,5 millions d’Allemands ont été expulsés des Sudètes à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Les décrets « beneš » ont permis non seulement l’expulsion des Allemands mais aussi la confiscation pure et simple de leurs biens. Un dirigeant Tchèque a avoué que les Allemands ont subi une vengeance et une punition collective totalement injuste avec à la clef, des milliers d’assassinats après la fin de la guerre.

Les Tchèques et les Allemands ont malgré tout aujourd’hui des relations diplomatiques et humaines sans animosité outre mesure et sans que ce droit de retour eût été appliqué ou réclamé. Seuls quelques marginaux continuent d’essayer de vendre leur marchandise aux élections Allemandes avec un parti politique demandant réparation. Boycotte ? Semaines Germanophobes ? Blitz politique ou médiatisation d’une catastrophe humanitaire ? Vous faites rire les Européens qui ne sont même pas au courant de ces revendications saugrenues.

Entre la Croatie et la Serbie, après les combats qui ont fracturé la Yougoslavie entre 1991 et 1995, nous sommes en face d’un retour de 200 000 Serbes dans des régions ethniquement peuplées par des Croates. Cette minorité atteindrait un seuil de 5 % de la population autochtone et ne menacerait donc pas l’homogénéité ethnique de la Croatie. Pour comparaison, la minorité musulmane en Israël comprend déjà près de 20 % d’une population totale de 8 millions d’habitants.

5 millions de réfugiés musulmans, selon les chiffres officiels réclamés par les organismes officiels palestiniens mettraient tout simplement fin à l’État Juif. Cela n’empêche aucunement les partisans du droit de retour d’arborer avec impudence l’exemple de la Croatie et de la Serbie pour demander que « justice soit faite en Palestine ». Seulement, ceux qui essayent de comprendre les cas cités dans les débats peuvent lire dans des sources ouvertes et accessibles à tous que la commission chargée de la réhabilitation des réfugiés Serbes a dit clairement qu’elle préférait installer les réfugiés dans des zones où ils étaient majoritaires [6] et ce afin de conserver la particularité ethnique de ces régions et d’éviter d’ultérieurs bains de sang.

Il faut comprendre donc que les revendications palestiniennes ne tiennent pas d’un droit international ni même de recommandations officielles comme celles qui ont été exprimées dans le cadre du conflit entre Serbes et Croates car ces dernières, comme dans tous les autres cas en Europe, essayent de régler le conflit en évitant d’en créer de plus importants.

Les prises de positions Arabes telles qu’elles étaient formulées après leur défaite en 1948 ne faisaient aucunement rappel à un droit de retour et pendant les pourparlers d’après-guerre, les Israéliens ont même accepté le retour de 100 000 réfugiés (conférence de Lausanne de 1949). Cette offre a été refusée à l’époque, comme toutes les autres offres israélienne depuis lors et jusqu’à nos jours, car cela signifiait, oh désespoir, la reconnaissance de facto de l’État d’Israël [7].

Nous pouvons donc mettre dans son contexte réel l’appel des pays Arabes qui demandent aux Juifs de « revenir chez eux », tout comme l’a fait Kadhafi quelque temps avant qu’il soit déchu de son pouvoir. Le problème est que les Juifs, non contents de se sentir chez eux en Israël, comprennent surtout que rien de logique ni de normal ne se tient derrière cette requête pour le moins burlesque. Lorsqu’un de mes amis a demandé à sa mère si elle n’avait jamais pensé faire un voyage pour se rappeler des paysages de son enfance à Kaboul (Afghanistan), cette dernière l’a regardé d’un air ahuri. C’est le regard des 830 000 juifs qui sont passés de statut de réfugié à celui de citoyen en moins d’une génération en Israël, comme il en a été le cas pour plus de 50 millions de réfugiés à travers l’Europe.

La compréhension du sujet sous ses aspects moraux, juridiques et historiques est une clef nécessaire certes, mais pas suffisante, pour approcher le conflit et proposer une solution qui soit vivable, équitable et juste pour l’ensemble de la région. Il faut aussi de la bonne volonté et beaucoup d’humilité afin d’accepter les erreurs du passé pour pouvoir regarder de l’avant.

Les revendications quant à un droit de retour sont fondées sur une volonté seulement, et non pas sur un droit international comme leurs partisans le crient sur tous les toits. Quelle est donc cette volonté ? Est-ce, comme nous le voudrions, la volonté de régler un conflit et de réparer une injustice selon des normes bien établies ou est-ce que ces revendications sont un moyen de pérenniser un conflit et, par la même occasion, la souffrance d’une population vilement utilisée par des fomenteurs de troubles ? Les militants humanistes à travers le monde, ne connaissent que rarement les faits et les contextes historiques, bien que ces derniers soient disponibles à tout un chacun. Il suffit de vouloir.

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[1]  « The Palestinian Right of Return » 

[2] <http://www.un.org/en/documents/udhr/>

[3] <http://www.ohchr.org/en/professionalinterest/pages/ccpr.aspx>

[4] <http://www.ohchr.org/EN/ProfessionalInterest/Pages/CERD.aspx>

[5]  <http://www.ohchr.org/EN/ProfessionalInterest/Pages/StatusOfRefugees.aspx>

[6] Ron Redmond, Porte-parole de la commission des opérations aux Balkans: « Nous attendons de ceux qui veulent partir qu’ils aillent dans les régions ou ils sont ethniquement majoritaire, et non pas minoritaire » (Traduit de l’anglais). Christopher S. Wren

[7] Elazar Barkan, No Return, No Refuge: Rites and Rights in Minority Repatriation, New York, 2011, p. 204, Neil Caplan, The Lausanne Conference 1949: A Case Study in Middle East Peacemaking, Tel Aviv 1993, p. 91.