Les Syriens sont mes ennemis. Je sais pertinemment que si je devais visiter ce pays en tant qu’Israélien, je ne sortirai pas vivant de cette aventure et je parle de la Syrie en temps de paix, non pas du pays se trouvant dans l’état chaotique d’aujourd’hui.

Les milices y sont aussi nombreuses que les hammams. Il y a les pros Assad et ceux qui sont contre. Les religieux et les laïcs qu’ils soient sunnites, chiites, ou alaouites. Les Kurdes du YPG, le Hezbollah libanais, les gardiens de la révolution iranienne, L’armée syrienne libre, Le front islamique, Al-Qaïda, Al-Nosra, l’État islamique et j’en oublie des dizaines… On n’y perd pas son latin car le latin n’y a jamais mis les pieds.

Même les Israéliens, selon un officier des renseignements, n’y comprennent rien. Qu’on aime ou pas les Israéliens, il est difficile de nier leurs capacités à recevoir des informations sur leurs voisins, et il est encore plus difficile d’ignorer les motivations qu’ils ont de comprendre ce qui se passe chez eux.

Les balles perdues et les tirs de mortiers ne restent pas sans réponses mais il est difficile d’en connaître les raisons car toutes les milices tirent sur toutes les autres milices. Cependant, il y a un sujet sur lequel ils sont tous d’accord : Israël. C’est la raison principale pour laquelle je dis que les Syriens ne sont pas trop ma tasse de thé.

Et pourtant.

Et pourtant, j’ai du mal à fermer l’œil depuis les nouvelles venant des États-Unis. Nouvelles reprises par la presse française et développée dans les réseaux sociaux pendant quelques heures. Je n’ai pas réussi à croire ce que je lisais et je n’ai pas réussi à me défaire de cette angoisse même pendant l’entraînement auquel je m’adonne le matin sur mon vélo, pédalant pendant une longue heure afin de rejoindre mon bureau. Pire que ça.

Au lieu de profiter du paysage de la vallée de Ela, celle qui vit jadis un combat célèbre entre David et Goliath, au lieu de m’investir dans l’effort physique et de me concentrer sur ses douleurs, je me suis surpris à verser des larmes d’impuissance et de frustration en pensant aux titres des journaux d’hier.

« Des crématoriums sont utilisés par le régime Syrien afin de brûler les corps de ceux qui sont assassinés ». Et ils sont assassinés parce qu’ils ne font pas partie de la bonne milice.

Ainsi, je me lève des cendres de 6 millions des miens pour évoluer dans un monde qui réussit à soulever le sujet des crématoriums pendant quelques heures seulement. La Syrie, selon différentes estimations, maintient un rythme de plus de 8 morts et 230 réfugiés-déplacés par heure depuis bientôt 6 ans.

Une ville de 10 000 habitants comme celle dans laquelle j’ai vécu en France, aurait été vidée de ses habitants en 43 heures, ou ils auraient tous été tués en l’espace de 52 jours. Deux villes exterminées entre le jour de l’an et le lundi de Pâques.

Et les gros titres des journaux se disputent les données des victimes Syriennes par les Américains qui bombardent je ne sais où. « Est-ce que le nombre des victimes est réellement de 230 victimes collatérales ou sommes nous en face d’un fiasco Américain », Trump oblige. Est-ce que le mur des lamentations est un site sous souveraineté israélienne, et si oui, est-ce que le monde reconnaît cette souveraineté. Libé fait même très fort en classant dans son « top100 » une pétition qui appelle à « l’arrêt des supplices des animaux que l’on applaudit ». On parle quand même du Moyen Orient dans ce journal en dénonçant l’annulation de la manifestation pour les homosexuels au Liban.

Je crois rêver. Je suis en plein cauchemar.

Des sources qui semblent être sérieuses clament que des centaines d’hommes de femmes et d’enfants sont brûlées chaque jour dans des crématoriums et l’Occident rogne contre les supplices des animaux qui sont applaudis et des manifestations homosexuelles interdites en pays arriérés.

Une amie m’a conjurée un jour d’arrêter avec cette paranoïa de voir de l’anti-juifs de partout. Il est probable qu’elle ait eu raison car les 6 millions de juifs brûlés n’ont pas suffi pour provoquer une révolution mais ils n’étaient pas les seuls. Les 5 millions de Tziganes, d’homosexuels, de noirs, de communistes et d’autres minorités partis en fumée parce qu’ils étaient, par choix ou par nature, dans la mauvaise ligue, n’ont pas reçu beaucoup plus d’échos. Dans ce cas, je ne devrais pas m’étonner que les milliers de Syriens ne reçoivent que quelques heures de couverture médiatique. Les gens de conscience éparpillés dans le monde sont beaucoup trop occupés.

Dans de telles conditions, il ne me reste plus qu’à hurler. Et à vomir.

Ne venez pas me parler de morale occidentale ni de pitié chrétienne. Ne me parlez pas de justice internationale ou de conventions intergalactiques. Arrêtez de me faire pleurer de rire lorsque vous voulez me faire croire que vous êtes préoccupés du bien-être des Palestiniens, ou inquiets quant au droit international bafoué selon vos dires.

Vous n’aviez pas de compassion, ni de morale et ni de droits à faire valoir lorsque la machine de mort allemande des années quarante a brûlé des millions d’êtres humains, vous n’en avez pas plus aujourd’hui alors que la machine de mort islamiste brûle des milliers d’êtres humains.

Israël, approchant les 0.1 % de la population mondiale n’a pas la possibilité d’enrailler cette folie. Elle n’a pas la possibilité diplomatique d’agir sur ce terrain et elle ne peut pas même aider plus de gens qu’elle ne le fait parce qu’elle est le suppôt de Satan aux yeux des musulmans. Chaque intervention, physique ou verbale, est immédiatement pointée d’un doigt accusateur. Les milliers de Syriens soignés par l’État Hébreu sont cachés des médias occidentaux afin de laisser des images d’évènements isolés et marginaux envahir la toile. La réalité n’est plus une donnée, la vérité n’est plus une valeur.

Où sont donc les institutions internationales pour stopper cette folie ? De Gaule s’est complètement trompé. Ce machin, comme il le désignait, n’est même pas digne de ce nom. À mes yeux c’est plutôt un schmilblick.

Les hommes de bonne conscience comprendront certainement beaucoup mieux lorsque la paranoïa dictera aux Israéliens de faire attention à leurs « bonnes intentions ». Ces braves gens sont capables de laisser une population entière brûler dans des fours crématoires en réclamant à cor et à cri de cesser d’applaudir lorsque des animaux souffrent.

En découvrant, souvent avec affolement, la hargne que certains ont à l’encontre de ceux qui n’épousent pas leurs idées, je n’aurais pas été surpris de les voir adopter les méthodes des Romains qui applaudissaient lorsque les animaux étaient ceux qui maltraitaient les humains. Devant ces humains qui maltraitent des humains aujourd’hui, ils détournent simplement leur regard.