J’ignore vraiment si ce type de solution convient absolument au plus vieux conflit de notre monde mais je veux reconnaître au Président Donald Trump l’art de faire monter les enchères et de se faire désirer.

On a presque fini par croire qu’il s’agissait de l’arlésienne tant la publication de ce deal du siècle (expression qui met hors de lui l’actuel président palestinien Mahmoud Abbas) se fait attendre et fut maintes fois repoussée au vu de motifs parfois inattendus : les élections législatives en Israël, le jeûne du mois de ramadan chez les musulmans. Mais désormais, dès la fin du jeûne, on devrait découvrir ce que le président Trump et son administration ont concocté…

Mais ce président US et son gendre-conseiller ne perdent pas leur temps puisqu’ils ont organisé des fuites savamment distillées qui entretiennent le suspense.

Les grandes lignes sont connues et si tel est bien le cas, il faut noter un changement total de perspectives : au lieu de se laisser embourber par d’improbables échanges de territoires, de négociations sur le statut des villes les plus contestées (Trump considère que Jérusalem a quitté la table des négociations et reste la capitale de l’Etat d’Israël) et autres, le plan US prend le conflit par un tout autre aspect : l’économie. Cette approche n’a jamais été tentée de manière massive.

Le plan US ne parle pas des enjeux  réellement politiques (Etat palestinien, statut des réfugiés, démantèlement des implantations, etc…) il entend modifier en profondeur la vision des choses. Et notamment en mettant au tout premier plan ceci : l’amélioration des conditions matérielles des Palestiniens, tant à Ramallah qu’à Gaza…

Comment donc ? En injectant massivement des milliards de dollars dans les villes palestiniennes et la bande côtière. La deuxième nouveauté du plan US consiste à noyer le conflit entre les Palestiniens et Israël dans une solution régionale, puisqu’aujourd’hui le monde n’est plus ce qu’il était il y a cinq, dix ou quinze ans. C’est l’Iran des Mollahs qui a révolutionné la donne.

Le président Trump, redoutable homme d’affaires qui a fait fortune dans l’immobilier, veut régler à tout prix le problème d’un Iran nucléarisé et que tous ses voisins, proches ou lointains, considèrent comme un danger de premier ordre. Paradoxalement, c’est l’Iran, ennemi juré de l’Etat juif, qui a œuvré à l’amélioration des relations entre l’Etat hébreu et les sunnites modérés. Trump a décidé de quérir l’aide et les moyens des riches Etats du Golfe arabo-persique pour financer généreusement ce plan.

Parallèlement, il a décidé de serrer encore plus le carcan des sanctions qui mettent à mal l’économie iranienne, déjà chancelante et gangrénée par les Gardiens de la révolution qui brillent par leur incompétence et leur prévarication… C’est le Guide suprême en personne qui l’a laissé entendre : l’économie du pays va mal, les sanctions lui font mal et on n’a pas trouvé les bons spécialistes pour assainir la situation.

La question qui se pose désormais est la viabilité et la possibilité d’existence d’un tel plan. Déjà le chef de Ramallah a signifié son rejet de ce plan car il exige un Etat palestinien, digne de ce nom, avec des prérogat ives reconnues par tous, y compris par Israël. Pour l’Etat juif, c’est très difficile d’accéder à une telle demande, et ce pour de multiples raisons qu’il serait fastidieux d’énumérer dans cet éditorial…

Peut-on traiter un grave conflit politique par des mesures strictement économiques ? Le Moyen-Orient n’est pas l’Europe d’après-guerre, accédant à la paix et à la prospérité grâce au plan Marshall.

Mais l’idée de fond est bonne : si les Palestiniens renouent avec un semblant d’économie de paix, avec une bonne agriculture, une bonne pêche, un nouveau système de santé et d’éducation, cela devrait changer leur vision des choses. Personnellement, je crois que cela est possible, mais seulement avec le temps, avec un nouveau leader et une nouvelle approche des choses…

Est-ce une utopie ? Je le crains fort. La ligue arabe, réunie à la demande du leader palestinien Abbas a déjà rejeté le plan, alors qu’il n’est pas encore publié. Je doute que l’Autorité Palestinienne en sache substantiellement plus que nous.

Même au plan international, un ambassadeur français qui vient de quitter (bruyamment) ses fonction et craignant de tomber dans un oubli très mérité, a estimé à 1% les chances de vie ou de survie de ce plan. Ce n’est pas très généreux. Ni même simplement diplomatique…

J’ai presque envie de dire ; mais donnez donc une chance à la paix ! Il y a quelques années, le Premier ministre B. Netanyahou avait proposé un large éventail de discussions portant sur les conditions de vie des Palestiniens ; la proposition ne fut pas acceptée par les pays arabes.

Que faire ? Que va t-il se passer ? Un constat s’impose : la cause palestinienne n’est plus du tout au centre des préoccupations de la nation arabo-musulmane, et ce, pour deux raisons :

La première, déjà citée, est l’Iran des Mollahs dont les rêves d’expansion et de domination de l’islam inquiètent grandement ses voisins, l’Arabie Saoudite, en tout premier lieu. La seconde raison est la révolte des populations arabo-musulmanes qui semblent vouloir rééditer le soi disant printemps arabe, en chassant du pouvoir l’Algérien et le Soudanais dans leurs pays respectifs. Et n’oublions pas dans quel état se trouvent la Libye, la Syrie, le Liban, l’Irak et le Yemen. Ajoutez-y le danger du nucléaire iranien et vous aurez tout compris.

J’avoue que la philosophie politique des grands penseurs allemands, tels Hegel, initiateurs de la philosophie de l’Histoire, ne suffit plus à penser les crises et les changements qui se succèdent sous nos yeux. Je pense alors aux prédictions des vieux prophètes hébreux qui accordent au facteur divin un rôle de tout premier plan. Souvenez-vous des prédictions contre Babylone et ses potentats dont on prédisait la chute : Comment es-tu tombé des cieux,toi bel astre du matin (Ekh nafalta hellél ben kokhav)

Inimaginable, il y a seulement un an : Bouteflika renvoyé chez lui et El Béchir derrière les barreaux après un règne sans partage de plus de trois décennies…

Partant, le plan US peut réserver des surprises. Un de mes amis aime dire qu’on n’est pas à l’abri de bonnes surprises. Parfois seulement, hélas.