Roger Cukierman a annoncé, à l’occasion du dîner du CRIF du 7 mars 2016,  qu’il ne briguerait pas un nouveau mandat. Après une présidence de 2001 à 2007 il avait passé, pendant un intermède de six ans, le flambeau à Richard Prasquier de 2007 à 2013, pour reprendre à nouveau la présidence jusqu’en 2016. Il aura présidé le CRIF durant trois mandats.

Il a profité de son discours pour «nommer» Francis Kalifat à sa succession. Drôle de démocratie qui nous rappelle les heures sombres de l’ex-URSS où les candidats étaient adoubés par l’instance suprême et non par le peuple. Certes il y aura une élection avec un seul candidat qui se présentera à la présidence et qui sera évidemment élu. Il est vrai que le système d’élections est verrouillé et qu’il est difficile pour un nouveau venu, si prestigieux soit-il, de concourir pour ce poste. Les conditions restrictives, imposées par des membres inamovibles, sont telles que les candidats doivent passer plusieurs barrages avant de figurer sur une liste.

Où sont les autres personnages qui attendaient impatiemment leur tour ? Le bureau exécutif compte 17 membres et plusieurs «jeunes», de moins de 60 ans qui auraient pu donner un souffle nouveau à une organisation non démocratique qui a perdu sa crédibilité, voire sa raison d’être.

Le CRIF applique les méthodes d’une véritable république bananière où le Guide suprême désigne celui qui aura le droit de succéder au président actuel. Les membres, qui militent assidûment depuis plusieurs années, manquent à ce point de prétention pour ne pas aspirer à prendre la tête de leur organisation ? C’est contraire à l’esprit militant et c’est surtout contraire à l’ambition humaine. On se demande où est l’intérêt des membres du bureau exécutif à figurer dans un organigramme où ils jouent toujours le rôle de potiches.

La personnalité de Francis Kalifat n’est pas en cause mis à part le fait qu’il soit inconnu du grand public. Ce chef d’entreprise de 63 ans est un personnage respectable, éminent et intègre. Né à Oran, juif pratiquant, il est vice-président et trésorier du CRIF depuis 2013. Mais ce n’est pas un politique au sens étroit du terme alors que le CRIF doit de plus en plus s’imposer auprès des institutions nationales et même internationales dans le cadre de la situation difficile des Juifs de France.

Le CRIF n’avait pas besoin d’un «communautaire». Certes il représente l’alibi séfarade pour une organisation qui pratiquait une ségrégation de fait. Il pourrait s’agir d’un cadeau empoisonné car en étant désigné sous cette forme monarchique, il perd de sa légitimité et de sa crédibilité même si une pseudo-élection a lieu.

Il ne fait aucun doute que les membres du bureau exécutif ont manqué de courage en ne se portant pas candidats. On se pose la question à présent de l’utilité de leur présence au bureau exécutif sauf s’ils recherchent uniquement les intérêts matériels de leur fonction sans l’inconvénient d’une mise en avant politique.

Le nom de Marc Eisenberg avait circulé en 2013. Homme d’affaires figurant à la 115ème place des fortunes de France, c’est un personnage religieux qui se caractérise par son ouverture d’esprit. Il préside l’une des associations juives les plus connues dans le monde, l’Alliance Israélite Universelle. Il vient de prouver son véritable engagement désintéressé au sein de la communauté juive et israélienne en créant l’association Qualita qui vient en aide, avec ses propres deniers, aux immigrants français. Son personnage faisait consensus.

Mais le CRIF a le don de décourager les bonnes candidatures, surtout celles qui ne font pas partie du sérail. Eisenberg a été écarté en 2013 au profit d’une nouvelle candidature Cukierman qui s’est interposé pour lui barrer la route. Il voulait s’accrocher désespérément à son fauteuil en donnant une image trouble de la communauté car une bataille sourde avait donné l’occasion de démontrer la division des Juifs.

C’est pourquoi on  a voulu éviter en 2016 le drame d’une communauté déchirée en choisissant un candidat lisse. Reste à savoir s’il sera un bon orateur, un homme de tolérance et d’ouverture qui n’aura pas honte de défendre la cause sioniste. Cette désignation imposée a permis d’éviter une guerre d’egos.

Le CRIF doit se rénover et se démocratiser car il ne fédère pas des individus mais des associations.

Encore faut-il que les associations soient réelles et comportent suffisamment de membres pour devenir légitimes.

Encore faut-il que les nouvelles associations qui demandent leur adhésion au CRIF ne soient pas bloquées par la commission «Statut- Agrément-Mandat» qui impose sa loi en refusant toute association qui pourrait déséquilibrer le consensus.

Encore faut-il que des associations prestigieuses comme le Consistoire, Siona, et les Loubavich ne quittent pas le CRIF pour le réduire en peau de chagrin.

Les statuts ont besoin d’un toilettage parce que plusieurs petites associations ont perdu leurs membres vieillissants et que leurs dirigeants peuvent prétendre à un poste au sommet. Il faut permettre aux Juifs de la société civile de postuler pour la présidence. Or les statuts sont verrouillés pour rendre inamovibles certaines personnes qui participent aux instances du CRIF pendant vingt ans sans discontinuer et sans marquer le CRIF de leur militantisme. Les jeunes ne trouvent pas leur place et ils se découragent faisant du CRIF une association de retraités.

La crédibilité du CRIF est déjà sérieusement érodée dans la Communauté. Le dîner du CRIF ne doit pas faire illusion.